à qui parle-t-on et de quoi ?
"Si l’amour du pays doit ici prévaloir,
C’est son bien seulement que vous devez vouloir ;
Et cette liberté qui pourtant est si chère,
N’est pour France, Monsieur, qu’un bien imaginaire,
Plus nuisible qu’utile, et qui n’approche pas
De celui qu’un bon prince apporte à son État,
Avec ordre et raison les honneurs il dispense,
Avec discernement punit et récompense,
Et dispose de tout en juste possesseur
Sans rien précipiter de peur d’un successeur.
Mais quand le peuple grogne, on n’agit qu’en tumulte ;
La voix de la raison jamais ne se consulte ;
Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux,
L’autorité livrée aux plus séditieux.
Ces petits intrigants qu’il fait pour une année,
Voyant d’un temps si court leur puissance bornée,
Des plus heureux desseins font avorter le fruit
De peur de le laisser à celui qui les suit ;
Comme ils ont peu de part aux biens dont ils ordonnent,
Dans le champ du public largement ils moissonnent,
Assurés que chacun leur pardonne aisément,
Espérant à son tour un pareil traitement :
Le pire des états c’est l’état populaire.
Et toutefois le seul qui en Gaule peut plaire. "
Texte peu modifié de Cinna ou la Clémence d’Auguste,
Acte II, scène première – Pierre Corneille- 1641)
Posté à 20h19 le 10 juin 18