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Isidore Mévout

Par : Pierre Lamy

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Aviateur

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Merci pour le lien !
Ca charge...

Une question m'empêche de dormir...
clindoeil
Disons qu'Isidore voyage dans le passé.
Disons qu'une fois dans le passé, Isidore retourne dans le présent MAIS: sa machine bug et le présent dans lequel il retourne n'est pas celui d'où il vient. C'est le "présent" d'un "univers parallèle", issu d'une modification du passé faite par Isidore (par exemple un Monde où Olympe de Gouge aurait survécu ou où Daniel Cohn Bendit serait mort en 1968).
Comment Isidore gérerait-il la situation ?
Salut

Posté à 04h07 le 20 avril 22

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Pierre Lamy

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Excellente idée Aviateur. On passe là dans le domaine de l'Uchronie. Je vais m'y atteler dès ce jourd'hui.

clindoeil Salut

Posté à 08h58 le 20 avril 22

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Pierre Lamy

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— Et donc tu n’as rien pu faire pour lui éviter la guillotine ?

— De toute façon, même si j’avais réussi à lui sauver la peau, ce n’eût été que dans un Univers parallèle, comme le décès accidentel de Cohn-Bendit en mai 68.

— Ce n’est pas faux.

— Séchons nos pleurs et levons nos verres en l’honneur de la belle Olympe et à son éventuelle panthéonisation.



Cette aventure m’avait mis l’eau à la bouche et le cœur au bord des larmes. Je brûlais de me rendre sur place afin de voir l’héroïne en chair et en os. Sur mon insistance mon vieux copain me confia son chronoscaphe afin que je puisse me propulser près de l’église d’Auteuil le samedi 20 juillet 1793. En solo.

La manipe était aussi simple que celle d’une lampe de poche d’entrée de gamme. Il n’y avait qu’une touche, porteuse de l’idéogramme on/off qui en l’occurence déclenchait l’aller et le retour.

Un taxi nous conduisit à pied d’œuvre.

— Bon voyage Isidore. Et à dans dix minutes, un quart d'heure. Le temps pour moi de feuilleter un magazine devant un petit noir au Café d’en face.
— C’est parti mon kiki, m’exclamai-je en pesant sur l’unique bouton.

Instantément, je fus plongé dans le noir absolu cependant qu’un vent glacial sifflait à mes oreilles. Cinq minutes plus tard je m’en mettais plein les mirettes.

En ce 2 thermidor de l’an II, qui comme chacun le sait tombait un duodi, l’azur était splendide, la nature verdoyante et la place de l’Église résonnait du grincement des calèches et du pas des chevaux. Un siècle plus tôt, Nicolas Boileau avait dit pis que pendre des embarras de Paris. À Auteuil on était bien loin d’atteindre ce niveau sonore.

Le cœur en fête et les narines emplies de senteurs écologiques, je m’acheminai rue du Buis. J’y repérai très vite l’immeuble d'Olympe au numéro 4. Loin de moi l’intention de me manifester auprès de l’hôtesse des lieux. Je n’ai ni l’entregent ni la vivacité d’esprit d’Isidore et elle m’aurait traité comme un laquais venu proposer ses services. Ma première idée était de me mettre en planque dans une encoignure, ainsi que font les poulets dans les séries policières. Mais je préfèrai baguenauder alentour. Le peloton de sans-culottes ne pouvait passer inaperçu dans ce quartier carrément chicos.

Vers 17 heures, alors que je flânais devant son domicile, Olympe de Gouges en sortit pour prendre le fiacre qui venait d’y stationner.

Aucune des archives ne précisait l’heure du passage des sans-culottes. Mais il est fort à parier qu’ils auraient choisi de passer dans la matinée. Je poursuivis quand même ma planque jusqu’à 18 heures avant de me rendre à l’évidence : le Comité de Salut Public n’avait pas (ou pas encore) ordonné l’arrestation d’Olympe.

Ce dysfonctionnement temporel ne pouvait que résulter du passage d’Isidore. Je brûlais de le mettre au parfum de la nouvelle. Mais dussai-je rester des semaines en 1793, je réintègrerai mon siècle 10 minutes après mon départ. Il n’y avait donc pas le feu au lac.

Il y avait de fortes chances pour que la non-arrestation de l’écrivaine eut pour origine sa non-dénonciation. Même à son insu, le passage d’Isidore aurait donc porté ses fruits. Pour le vérifier, aussi discrètement que possible, il fallait que j’approche la fille de l’imprimeur. En tout bien tout honneur, bien entendu.


Une fois la belle localisée, j’y allais au culot :

— Bonjour citoyenne et pardon de te déranger. Un de mes très proches amis, prénommé Isidore, m’a dit grand bien de toi. Depuis trois jours il n’est plus à son domicile. Je commence à être inquiet. L’as-tu vu récemment ?
— Bonjour citoyen. Notre dernière rencontre remonte à 3 jours. Il m’avait semblé très épris.
— Il l'est en effet. Avez-vous parlé politique ?
— Indirectement. Il m’a dit avoir lu récemment « la déclaration du droit des femmes » d'Olympe de Gouges et que ça l’avait fait réfléchir.
— Tu avais déjà lu ce texte ?
— Je viens seulement d’en prendre connaissance.
— Et ?
— En tant que femme, je suis bien entendu tout à fait d’accord avec la personne qui l’a rédigée.
— Bien que de sexe masculin, je le suis tout autant.
— Vous ne devez pas être bien nombreux.
— Hélas, j’en ai bien peur. Tout ça ne me dit pas ce qu’est devenu mon ami. Il n’empêche, citoyenne, que je suis ravi d’avoir fait ta connaissance. Elle confirme qu’en matière de femme, Isidore a le goût très sûr.
— Je constate citoyen, que tu es plus direct que ton ami et que tu sais parler aux femmes.

C’est sur un éclat de rire que nous prîmes congé. Tout laissait à penser qu’instruite de la « déclaration des droits des femme », la fille de l’imprimeur aurait chassé la moindre tentation de dénoncer Olympe. Il me tardait d’annoncer la nouvelle à Isidore.

Ce à quoi je m’employai vingt minutes plus tard devant un expresso, non loin de l’église d’Auteuil.





Ce message a été édité - le 21-04-2022 à 13:09 par Pierrelamy

Posté à 11h02 le 21 avril 22

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Pierre Lamy

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C’est peu dire que la nouvelle enchanta mon vieux pote.

— J’ai en effet cité « la déclaration des droits des femmes » à la fille de l’imprimeur, mais sans m’y attarder de crainte de lui mettre la puce à l’oreille.
— C’était finement joué. Bravo l’artiste.
— Il ne nous reste plus qu’à nous propulser quelques années plus tard pour prendre des nouvelles de la belle Olympe.
— Hélas non. Elle évolue désormais dans un univers parallèle. Le temps doit s’y écouler au même rythme que celui dans lequel nous vivons. On peut néanmoins y faire un tour dans quelques mois pour voir si elle a vraiment survécu.
— Si tel est le cas, il est fort à parier qu’elle fasse parler d’elle dans l’Histoire qu’elle en train de vivre.
— Il me tarderait presque de vieillir pour aller le constater.
— Il n’est pas interdit d’imaginer que dans huit mois et quelques elle accouche d’un petit gars qui te ressemble comme deux gouttes d’eau.
— May be.
— On pourrait peut-être y aller pour faire un prélèvement et faire un test ADN au retour.
— Pas con.

(à suivre debut janvier 2023)
Salut

Posté à 11h20 le 22 avril 22

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Aviateur

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Aha, j'aime toujours autant la légèreté et la complicité des deux acolytes !

La suite en janvier 2023 alors ?
Soit, j'attendrai !
Salut

Posté à 05h07 le 25 avril 22

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