Neige blanche épaisse
des pas gravent leur histoire
le chat saute et passe
On se rapproche, là, Sancta Simplicitas n’est pas loin. J’aurais juste souhaité un peu plus d’originalité de la part du chat...
Voici une haijin contemporaine dont j’aime bien les œuvres (je ne la connais évidemment ni des lèvres, ni des dents), elle s’appelle Mélanie Bosc. J’aime ses haïkus peut-être parce que c’est un peu ce que j’essaie de faire, nos styles sont voisins parfois.
temps incertains
je suis le chemin
des orchidées sauvages
réveil soudain
le vent tire à lui-même
la couverture du ciel
ligne d’horizon
des éoliennes
portent le ciel
sous les nuages
l’eau des nuages
rouille d’automne
jachère
les fleurs sauvages cultivent
des papillons
un train passe
au ralenti ‒
dimanche d’été
chemin du littoral
le vent lisse les nuages
et la mer au loin
Etc. Ça, à mon avis, ça parle vraiment au lecteur, c’est juste, et c’est vraiment poétique quoique simple et parfois (légèrement) humoristique. Rien d’emprunté, de précieux, de grandiloquent, de lourd, de plat, de torturé, d’énigmatique. C’est rare de tomber ainsi sur de bons haïkus actuels.
(Bien entendu, les commentaires, sur les réseaux sociaux, sont affligeants, genre « très beau, superbe, merveilleux, admirable, magnifique, délicat, quel bonheur, oh que c’est joli, cœur cœur cœur, bravo bravo, gnagnagna... » De toutes façons, on leur donnerait n’importe quelle soupe, ils réagiraient pareil. Elle mérite quand même mieux, à mon avis.)
Allez, pour se défouler un peu, voici un haïku « humoristique » de moi (l’humour n’étant toutefois qu’une des options possibles dans le haïku) :
Comme d’un canon
jaillit ce chat rondouillard
quel projet grotesque ?