La poésie sur internet
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Par : Pierre Lamy
Et hop!, Allons-y pour Olympe.
Posté à 10h53 le 09 avril 22
J'ai hâte de voir qui il va rencontrer!
Posté à 23h34 le 10 avril 22
Merci Miouz et Aviateur
Quinze jours plus tard, il m'expédia ce mail :
« Ton appareil est au point. Mais 1793 est une période bien trop périlleuse pour y vivre un baptême de chronoscaphe. Ce serait infiniment plus cool à Lucé sous le règne de François Premier. Je retiens donc ta première proposition. Auparavant, je tiens tout de même à rencontrer Olympe de Gouges pour essayer de la soustraire à la guillotine. J’ai provoqué la mort de Cohn-Bendit, je peux bien sauver la vie de la première des féministes. Mais je vais le faire en solo. »
Je n’ouvris ma messagerie que le soir, en rentrant du taf et saisis mon portable pour lui souhaiter bon voyage. Mais il était injoignable.
J’en déduisis qu’il s’était déjà engouffré dans les couloirs du temps après l’expédition de son mail. Comme il était probable que sa virée durât quelques jours, il me suffisait d’attendre.
Ce n’est qu’une semaine et demie plus tard que je réalisai que, quelque soit la durée du séjour, le chronoscaphe était programmé de telle sorte que son absence du Présent ne durait que quelques dizaines de minutes. Il aurait donc dû être rentré le jour même de son départ.
Un coup de fil à la Sorbonne m’apprit qu’il n’y avait pas mis les pieds depuis une quinzaine.
Le professeur Spinec était lui aussi sans nouvelles et partageait mon inquiétude.
Selon la concierge de son immeuble, il avait pris un taxi vers 15 heures. La direction de la compagnie me confirma la chose et accepta de me mettre en relation avec le chauffeur :
— Je me souviens très bien de ce client. Ce n’est pas la première fois que je l’ai pris en charge. Il était habillé comme dans l’ancien temps et m’a dit se rendre à une soirée costumée.
— C’est lui !
— Je l’ai déposé devant l’Église d’Auteuil.
Je remerciai chaleureusement la bignole et le chauffeur avant de m’engouffrer dans le premier bistro rencontré pour y gamberger devant un demi sans faux-col.
En 1793, les Montagnards avait mis en place un Comité de Salut Public. Cette initiative avait radicalement simplifié la Justice. Nul besoin de preuves, il suffisait d’être accusé par un « bon citoyen » pour être emprisonné, jugé sans avocat et guillotiné. Les Girondins, jugés trop modérés, bénéficièrent de cette procédure. Olympe de Gouges, pourtant elle-même Montagnarde, en fut horrifiée et le fit savoir à Robespierre.
Depuis la publication de sa « Déclaration des droits de la femme », l’écrivaine n’était pas en odeur de sainteté auprès des Révolutionnaires de sexe masculin. Elle aggrava son cas en publiant l’affiche des « trois urnes » où elle préconisait qu’on atteignît les objectifs de la Révolution par la voix démocratique. Robespierre sauta sur l’occase pour la faire emprisonner. Féministe et ouverte d’esprit, c’en était trop. Elle fut jugée sans avocat par le délicieux Fouquier-Tinville et décapitée le lendemain.
En tentant de la soustraire à ce funeste destin, il n’est pas impossible que ce preux chevalier d’Isidore se soit interposé lors de l’arrestation et qu’un vertueux sans-culotte en eût profité pour l’occire.
Une variante serait qu’il fut seulement délesté de cet accessoire vestimentaire particulièrement suspect que devait à leurs yeux le gilet-chronoscaphe. Privé de son véhicule devenu pièce à conviction, mon vieux pote n’aurait pu s’enfuir de sa geole ni échapper à la guillotine.
On ne peut exclure néanmoins qu’Isidore se soit simplement fait dérober son ustensile par quelque malandrin peu soucieux de servir la Patrie. Auquel cas il serait sain et sauf, mais incapable de rejoindre le Présent. À bien y réfléchir, cette hypothèse est celle qui correspond le mieux au profil de mon meilleur ami.
Sa faculté d’adaptation étant hors normes, je l’imagine bien voguant vers vers les cieux plus cléments d’Outre-Alantique avec la belle Olympe.
Ce message a été édité - le 11-04-2022 à 20:35 par Pierrelamy
Posté à 18h35 le 11 avril 22
Ah la veuve Aubry morte à peine un mois après Marie-Antoinette à qui elle avait adressé sa "déclaration des droits de la femme" et dont le seul fils est mort outre-Atlantique en Guyane de la fièvre Jaune, j'espère qu'elle ne subira pas la même sort
Posté à 09h54 le 12 avril 22
Super. Merci
Posté à 10h27 le 12 avril 22
Quel suspense !
Posté à 01h14 le 13 avril 22
Merci Miouz, Aviateur et Kerdrel
Je l’imaginais au mieux filant le grand amour avec Olympe en Nouvelle-Angleterre, au pire cotoyant André Chénier dans la fosse commune de la rue Picpus. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis la trombine d’Isidore s’afficher sur mon smartphone.
— Alleluia ! Tu n’imagines pas à quel point tu m’a fichu la pétoche. En ne te voyant pas réapparaître, j’ai cru que tu avais été guillotiné. T’es Où ?
— Devant l’Église d’Auteuil. C’est de là que j’avais pris mon envol.
— Ton chauffeur de taxi m’a mis au parfum. Parait que tu t’étais attiffé pour te rendre à un bal costumé.
— Tiens, le voici justement qui se pointe. Passe me voir à l’appart dès que tu es disponible. J’ai plein de choses à te raconter.
— J’y serai dans une heure maxi.
— Super.
Septante minutes plus tard, il me versait un doigt de Glenfiddich. Non seulement mon pote n’avait pas perdu la tête, mais il pétait la santé.
— Alors, raconte.
— Comme tu le sais, le compteur du chronoscaphe ne tient compte que de la durée de son trajet dans les couloirs du temps. Ce qui explique que je retrouve le XXIème le jour même où je l’ai quitté. Cette fois-ci, il a comptabilisé le temps passé en 1793. Il y adsu avoir un bug dans le système informatique.
— Ça vient peut-être de l’appairage avec le mien, de chronoscaphe.
— C’est l’hypothèse la plus probable. J’aurais du le tester sur un clebs avant de le réutiliser.
— Tu es de retour c’est l’essentiel. Alors Olympe ?
— Une bombe atomique. Mais je n’en voudrais pas à la maison.
— À ce point ?
— Une vraie tête de pioche qui traitait Marat d’« avorton de l'humanité » et envoyait paître Robespierre.
— On comprend aisément que ces braves lui en veuillent.
— Mais elle gagne à être connue
— Dans toutes les acceptions du terme ?
— Surtout dans celle que tu sous-entend.
— Tu m’en apprends de belles.
— Je ne vais pas m’étendre sur le sujet. J’ai tout noté sur cette clef USB. Fais-en bon usage. Sinon, que s’est-il passé au XXIème siècle pendant mes vacances sous la Terreur ?
De retour at home, je m’empressai de prendre connaissance du contenu de la clef.
Le vendredi 12 juillet 1793 en début d’après-midi, cinq minutes après son départ, Isidore atterrit près de l’ancienne Église d’Auteuil.
Il la trouva plus belle que le prétentieux édifice romano-byzantin qui l’avait remplacée au XIXème siècle. Le cadre en était aussi bien plus enchanteur. Les effluves des moteurs à explosion y avaient laissé place à celles plus écolos de la gent chevaline. Des volées de moineaux se régalaient de ces odorants monticules. Hirondelles et martinets se disputaient élégamment le monopole de l’Azur. Isidore ressentit la même allégresse que lors de son premier voyage, dans le Paris de 1868 et c’est en fredonnant qu’il s’acheminea dans la paisible rue du Buis.
Olympe de Gouges y résidait au numéro 4, dans une grande bâtisse qui respirait l’aisance. Il s’y présenta comme un mathématicien féru de belles lettres. Enthousiasmé par les écrits de la noble citoyenne et ses convictions humanistes, il était désireux, entre deux théorèmes, de lui consacrer une thèse.
Le majordome le pria d’attendre et revint avec un avis favorable. Madame venait tout juste de terminer la lecture d’un ouvrage de philosophie et consentait à le recevoir.
— Ainsi j’ai l’heur d’intéresser aussi les scientifiques ?
Bien que révolutionnaire, Olympe avait l’aisance d’une impératrice et le sex-appeal d’une star. Un mix de Catherine II et de Catherine Deneuve.
— Savez-vous que j’ai d’excellentes relations avec Gaspard Monge ? Je salue d’ailleurs ses travaux de mise au point du système métrique.
— Soyez sûre que cette nouvelle métrologie deviendra la référence pour tous les peuples de la Planète.
— Puisse-t-il en être de même pour « les droits de l’homme et du citoyen ».
— Sans oublier les citoyennes. J’ai lu et relu votre déclaration des droits de la femme et j’y souscris avec ferveur.
— Je vous en sais d’autant plus gré que la grande masse des citoyens de sexe masculin la tournent en dérision. Y compris à la Convention où j’en sais qui me traitent de virago.
— Ce sont autant de béotiens. La Science nous apprend qu’homme ou femme, les homo-sapiens sont dotés du même organisme et du même cerveau. La différence ne concerne que les parties génitales qui n’ont pour objectif que la reproduction de l’espèce.
— Les Montagnards veulent l'égalité et la vertu. L’égalité pour les hommes, la vertu pour les femmes, qui doivent rentrer dans leur foyer et s'occuper, comme il sied, de leur ménage et des enfants.
— Et l’on vous prête cette sublime réplique : « La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. »
Ravie d’être enfin comprise, Olympe n’en pouvait plus de félicité
— On vous prête aussi cette assertion : « Le sang, même des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les Révolutions ».
— Elle visait l’ignoble Marat qui figure au premier rang de mes ennemis.
Isidore savait que le lendemain, le vilain bonhomme se ferait occire dans sa baignoire par Charlotte Corday, mais se garda bien de jouer les augures
La mécanique lancée, Olympe fut intarissable et retint Isidore à dîner. Comme en 1874 auprès d’Adélaïde, notre chrononaute préféré lui sortit le grand jeu.
Il savait que des sans-culottes armés de piques viendraient le 20 juillet pour arrêter la dame. Il lui restait 8 jours pour la convaincre de jouer la fille de l’air.
Ce message a été édité - le 14-04-2022 à 09:05 par Pierrelamy
Posté à 08h59 le 14 avril 22
L'intérêt du lecteur ne faiblit pas.
Posté à 10h31 le 14 avril 22
Cet Isidore ressemble fort au Docteur Emmett Lathrop Brown, de retour vers le futur
Posté à 10h48 le 14 avril 22
J'suis en train de tout relire, ça donne une meilleure vue d'ensemble que le fractionné. Un régal !
Posté à 15h38 le 15 avril 22
Isi dort. Mais v'où ?
Posté à 08h53 le 16 avril 22
Merci Miouz, Kerdrel et Jim
Le Comité de Salut Public n’attendait qu’un prétexte pour entôler Olympe de Gouges qui commençait à les leur « briser menu ». La trublionne le leur offrit avec son « affiche des trois urnes ».
Dans un registre ultra-littéraire, ostensiblement allégorique, elle y donnait la parole à « Toxicodindronn » un voyageur aérien soucieux du sort de la Patrie. Isidore l’avait incluse en totalité dans la clef USB.
https://lespoetes.net/forumvoirtopic.php?t=19519
Soucieux de ne pas endormir le lecteur, je n’en cite ici que les points essentiels.
« …..
Il sera enjoint à tous les départements de former la convocation des assemblées primaires : trois urnes seront placées sur la table du Président de 1'assemblée, portant chacune d'elles cette inscription : Gouvernement républicain, un et indivisible, Gouvernement fédératif ; Gouvernement monarchique.
……
Le gouvernement qui obtiendra la majorité des suffrages, sera précédé par un serment solennel et universel de le respecter, et ce serment sera renouvelé sur l’urne, pour chacun des citoyens individuellement. Une fête civique accompagnera cette solennité et ce moyen, aussi humain que décisif, calmera les passions, détruira les partis... Les rebelles se dissiperont ; les Puissances ennemies demanderont la paix ; et 1'Univers, aussi surpris d'admiration qu'il est attentif depuis longtemps aux dissensions de la France, s'écriera : Les Français sont invincibles !
Oui, citoyens, j'aime comme vous la Patrie et l'Egalité ; je vivrais avec délices sous un gouvernement vraiment républicain ; mais ce gouvernement, vous le savez, veut être régi par des hommes vertueux et désintéressés.
Il faut un prompt remède à tant de maux ; il faut que le vœu national soit enfin solennellement prononcé, et qu'il n'y ait plus à revenir sur cette décision, afin que les révoltes ni les puissances étrangères ne puissent plus dire que la majorité des Français veut une monarchie, ou tel autre gouvernement. »
N’importe quel lecteur de bonne foi aura compris que l’urne destinée au gouvernement monarchique n’est prévue que pour mettre l’accent sur son rejet. Mais ce faisant, elle se mettait en contravention avec la loi de mars 1793 relative à l'interdiction des écrits remettant en cause le principe républicain.
Loi qui elle-même contre-disait l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Déclaration dont manifestement les haineux personnages du Comité de Salut Public se fichaient comme d’une guigne.
À l’instar de toutes les lois votées par la Convention entre mars 1793 et juin 1794, elle n’avait qu'un but : empêcher les accusés de se défendre et les conduire vers la mort sans autre forme de procès.
En compulsant les archives, Isidore avait découvert qu’Olympe n’avait pas signé l’affiche et que l’imprimeur avait refusé de la placarder. Il en avait d’ailleurs témoigné au procès. L’affiche n’ayant pas été affichée, quelqu’un (ou quelqu’une) avait mangé le morceau. Cette quelqu’une était la propre fille de l’imprimeur.
Pour sauver Olympe, il suffisait donc de décourager cette jeune patriote de passer à l’acte. Ce n’était pas gagné d’avance. Mais nul mieux qu’Isidore pouvait s’acquitter de cette tâche. À l’essentielle condition d’anticiper et de s’attirer les faveurs de la demoiselle avant qu’il ne soit trop tard.
Quelques heures lui suffirent pour la localiser. Sans être un canon, la fille de l’imprimeur était une ado standard, ni laide ni farouche. Isidore s’y prit de manière à ce qu’elle fit les premiers pas. Il excellait dans le rôle du soupirant un peu gauche, trop heureux qu’une demoiselle aussi charmante puisse s’intéresser à lui.
Le soir même elle fit verdir de jalousie ses copines en exhibant son trophée au bal du samedi 13 juillet.
Isdore ne la connut bibliquement que le lendemain dans la chambre d’hôtel qu’il avait louée dans un quartier calme. La fille de l’imprimeur avait déjà vu le loup, mais jamais d’aussi délicieuse façon. Elle se promit de tout faire pour pérenniser sa relation avec un tel virtuose.
Ce message a été édité - le 17-04-2022 à 08:09 par Pierrelamy
Posté à 13h29 le 16 avril 22
Le lundi 15, la demoiselle reprit le travail à l’imprimerie cependant qu’Isidore se prenait la tête au jardin des Tuileries.
Il avait croisé suffisamment de filles politisées pour les identifier assez vite. Surtout dans les partis extrêmes, lointains héritiers des Montagnards. La fille de l’imprimeur n’en avait aucunement le profil. Elle ne mouchardait probablement que pour arrondir son pécule et/ou par inclination pour celui (ou celle) qui recevait ses confidences.
Le soir même, Isidore lui offrit un repas bien arrosé. Entre la poire et le fromage il profita de sa volubilité post-prandiale pour l’interviewer en douce. Après avoir multiplié les questions pièges, force lui fut de reconnaître que l’affiche des trois urnes serait l'objet de sa première délation et qu’elle ignorait encore l’existence de ce document.
Certes, il l’imaginait mal lire jusqu’au bout ce pavé pour le moins indigeste. Mais son papa avait repéré le passage qui mettrait le Comité de Salut Public en fureur et prudemment refusé de le placarder. Il avait mis au parfum sa gamine. Il n'était pas impossible qu'elle jugeât Olympe arrogante et méprisante à son endroit. Dans un accès de détestation, elle n'aurait pas résisté à la tentation de lui nuire.
Devant cette haine de classe, qui ne devait rien à l’idéologie mais tout au ressentiment, Isidore se sentait désarmé. Quand bien même il arriverait à persuader la fille de l’imprimeur de ne pas dénoncer l’affiche, convaincue d'avoir été manipulée, elle s’empresserait de le faire dès que chrononaute aurait réintégré son siècle.
Tout bien examiné, Olympe était la seule à pouvoir enrayer son funeste destin. Il suffisait, soit qu’elle renonce à cette affiche, soit qu’elle l’ampute de la référence au pouvoir monarchique. Mais ça, nul ne pouvait l’en convaincre, à fortiori un obscur mathématicien de Province.
— Et donc tu n’as rien pu faire pour lui éviter la guillotine ?
— De toute façon, même si j’avais réussi à lui sauver la peau, ce n’eût été que dans un Univers parallèle, comme le décès accidentel de Cohn-Bendit en mai 68.
— Ce n’est pas faux.
— Séchons nos larmes et levons nos verre en l’honneur de la belle Olympe et à son éventuelle panthéonisation.
Ce message a été édité - le 17-04-2022 à 15:32 par Pierrelamy
Posté à 08h21 le 17 avril 22
J'ai ajouté ce chapître à mon opuscule virtuel
Il se feuillette comme un vrai bouquin.
https://www.calameo.com/read/0024375458972095d39ed
Cet épisode est sur la fin du bouquin
Bonne lecture
Ce message a été édité - le 18-04-2022 à 16:46 par Pierrelamy
Ce message a été édité - le 14-03-2025 à 16:10 par PierreLamy
Posté à 09h27 le 18 avril 22
Chapeau pour la documentation.
Cet Isidore, quand même ! Quel fin stratège !
Je feuileterai l'opuscule dans Calaméo plus tard.
Merci pour tout :-)
Ce message a été édité - le 18-04-2022 à 18:22 par Miouz
Posté à 18h22 le 18 avril 22
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.