Catriane
Voilà qui tombe bien … J'ai oublié tout-à-l'heure un point essentiel pourtant. Je l'avais à l'esprit, puis je l'ai zappé (c'est rageant), et j'y ai repensé après déconnexion (c'est encore plus rageant).
Le voici donc, ce point :
Il est vrai que l'embryon est de dimensions très petites, cinq millimètres et un gramme à la quatrième semaine comme tu le rappelles, et pourtant cela ne change pas sa nature. Je m'explique : Dès qu'on a dit cela, il se trouve qu'il a déjà grandi, ce qui prouve qu'une force, un dynamisme, est là, celui de la vie, tout simplement. Depuis la conception, puis la division en cellules, c'est le même dynamisme qui agit, et l'embryon, si petit soit-il, est bel et bien celui de l'être qui naîtra neuf mois plus tard, un humain.
Les étapes de son développement se succèdent et ne changent pas sa nature, et sa taille infinitésimale n'est donc pas un argument en faveur de l'avortement.
On est horrifié, et avec raison, devant les cas d'infanticide et/ou de maltraitance sur des enfants. Pourquoi ne ressent-on pas la même horreur devant la suppression d'embryons et de fœtus ?
J'avoue demeurer perplexe devant cette complexité de la psychologie humaine …
Je profite de mon intervention pour revenir sur l'accouchement sous X. La réalité est là, c'est un fait, il y a bel et bien des femmes qui accouchent sous X, mais ce que je voulais dire est qu'on n'en parle pas. C'est mal vu. Il semble peser sur ces femmes un relent de culpabilité que nos sociétés dites modernes ne parviennent pas à "arracher".
Ce que tu dis au sujet de l'adoption est vrai, hélas ! Trop de couples candidats se montrent exigeants et se croient autorisés à poser des conditions. Vaste sujet de l'enfant "sur commande" … Cependant, il n'en demeure pas moins vrai que le parcours administratif avant de se voir confier un enfant est long et éprouvant, et que de surcroît les couples prêts à adopter un enfant né à l'étranger doivent séjourner dans le pays d'origine de l'enfant, ce qui est contraignant et coûteux …
Je suis d'accord avec toi sur ce point : si une famille d'accueil "temporaire" doit laisser repartir un enfant alors que des liens se sont créés, c'est un véritable crève-coeur. Et que dire du traumatisme subi par l'enfant ainsi "forcé" à repartir de zéro ? …
Je comprends par ailleurs que dans un cas extrême comme un cancer, un viol … ainsi que tu l'évoques en fin d'intervention, la décision de garder l'enfant et de le mettre au monde relève carrément de l'héroïsme, et qu'on ne puisse pas l'exiger. Loin de moi l'idée de juger ou de condamner les femmes qui se tournent vers l'avortement dans de telles situations.
Il faut cependant garder à l'esprit qu'à un premier traumatisme (je pense surtout là au viol, mais la maladie grave n'en est pas exclue) s'ajoute un second, car le syndrome post-abortif frappera, si j'ose dire, tôt ou tard. Cela se produit parfois trente ans plus tard, comme me l'a confirmé un médecin psychiatre de ma connaissance.
Cela ajoute à la complexité du problème et interdit toute leçon de morale à l'encontre des femmes qui ont avorté, évidemment.
En ouvrant ce topic, je tenais à insister sur cette réalité : on a affaire à un humain à part entière, en la personne (j'ose le mot "personne") de l'embryon et du fœtus. Il ne s'agit pas d'une chose dont on peut disposer ni d'une excroissance qu'on peut enlever sans se poser de questions. Et justement, c'est bien pour cela que le problème de l'avortement est si douloureux et, je le répète, complexe.
La loi Veil visait à une dépénalisation, et non pas, du moins dans ses termes, à une banalisation. Il était nécessaire, en effet, qu'on change de regard sur les femmes, qu'on ne les laisse pas seules devant une telle tragédie. Mais aujourd'hui je déplore que beaucoup de nos concitoyens considèrent (et ce de bonne foi) l'avortement comme un droit, et même une avancée pour les femmes.
Ce qui serait une réelle avancée, ce serait la libération envers la culpabilité, la mise en place des structures d'aide et d'accueil, afin de garantir les conditions … du "non-avortement", car ce serait cela le meilleur pour l'enfant en premier, mais aussi pour la mère.
J'insiste enfin sur un point : Tant qu'on opposera le bien des femmes à celui des enfants non encore nés, on ne parviendra pas à entrevoir de solutions qui ne soient pas un poids pour les premières ni la mort pure et simple pour les seconds.
Il nous faut donc un profond changement de mentalités …
Vaste chantier, puisqu'il ne concerne pas seulement cette question, mais tant d'autres, dans les domaines les plus variés …