Une indigestion virtuelle à partager entre Violette et Guy !
Plus difficile, maintenant, et contre le gain d'un billet perdant de la Noterie Lationale, il faudra trouver deux erreurs dites "d'apocope" dans ce poème que le site attribue, à mon avis indument, à Louise Labé, camouflée sous le nom de Victor Brodeau ; or je ne sache pas (mais je ne sache pas tout) que Louise eût jamais signé Victor, lequel exista bel et bien, et je possède même un recueil de "blasons", avec le poème en question, sous un titre plus long, signé Victor Brodeau ; pour moi, l'affaire est claire, c'est une erreur du site, ce sont des choses qui arrivent, mais je laisse à notre enquêtrice en chef, si elle le juge utile, ou à quiconque pouvant citer ses sources, le soin d'éclaircir ce mystère...
- les miennes, de sources : "Les blasons du corps féminin" édition "les libraires associés", club des libraires de France, année 1963 (3500 exemplaires) - Blason de la bouche - Victor Brodeau, page 51.
(D'ailleurs, je détiens aussi les "Œuvres complètes" de Labé, chez Flammarion, et ce texte n'y figure pas...)
La Bouche
Bouche belle, Bouche bénigne,
Courtoise, clere, coralline,
Doulce, de myne désirable.
Bouche à tous humains admirable,
Bouche quand premier je te vey
Je fuz sans mentir tout ravy,
Sur le doulx plaisir et grand ayse
que reçoit l'autre qui te baise :
Mais après que t'ouy parler,
Je pensoye entendre par l'air
Les dictz de Juno la seconde
Et de Minerve la faconde :
Parquoy je dy, ô bouche amye,
Bouche à qui tu veulx ennemye,
Bouche qui faict vivre ou mourir
Tous ceulx qu'elle peult secourir,
Bouche amyable, bouche entière,
Non variable , non legiere.
Bouche se mourant d'un baiser,
Pour toute douleur appaiser,
Bouche riant, plaisante bouche,
Qui baille devant qu'on la touche.
Bouche vouldrois tu emboucher
Celui qui vouldroit te boucher ?
Bouche où git le mien repos,
Bouche pleine de bon propos,
Bouche seulle d'où doit sortir
Ce qui peult mon feu amortir.
Bouche rondelette et faitisse,
Bouche à bien parler tant propice
Que plus on t'oyt, plus on te veult,
Et moins on t'a, plus on s'en deult,
Ne souffre point que ta beaulté
Desdaigne ma grande loyauté,
Mais, ô Bouche heureuse et honneste,
cy recoy, entend ma requeste.
Bouche vermeille, Bouche ronde,
Bouche au dire et faire faconde
Autant, ou plus, qu'autre qui vive.
Bouche digne, de grace vive,
Bouche garnie par dedans
De deux rateaux de blanche dents.
Bouche sans nulle tache noire,
Blanche, dy je, plus que l'ivoire,
Bouche à qui fuz autant fidelle
Comme elle est amiable et belle,
Bouche où n'y a chose à redire,
Sinon d'accorder, et me dire :
Amy je suis Bouche pour toy,
Puis que tu as le cueur pour moy :
Et veuil pour ton mal appaiser
Que de moy sentes un baiser.
Dy bouche, Bouche, en me baisant
Ce que tu dis en te taisant,
Lors auray le bien que mérite
Le mal que pour moy me herite
En esprit, en ame et en corps
Sans tel espoir : si scauray lors,
O Bouche à bien parler propice,
Que mieulx encore fais l'autre office,
Donnant en fin le demourant
Qu'on ne prend jamais qu'en mourant.
(Victor Brodeau, alias Louise Labe – Blasons)