Un haïku (presque) de saison :
Traversant le rêve
du vieux cerisier en fleur
passe un chat tout blanc
Normalement, un haïku se passe de tout commentaire, il se suffit à lui-même. Si j’ajoute ici quelques notes, c’est uniquement à visée pédagogique :
- « en fleur » : oui, c’est au singulier, j’ai vérifié. Comme le dit « La Croix » par exemple : « la formule prend le pluriel lorsqu’il s’agit de différentes espèces de fleurs. Ainsi, l’exemple donné est-il explicite : « Une prairie en fleurs. » En revanche, « en fleur » est au singulier lorsqu’il s’agit des fleurs de la même espèce, l’expression désignant alors le temps de la floraison : un pommier en fleur. » Bon, je ne l’ai pas inventé.
- le haïku se base comme d’habitude sur une observation réelle (donc pas de tyrannosaures ni d’autre grandiloquence en vue), mais il évoque aussi (de loin) ce film de Kurosawa que j’avais beaucoup aimé,
Rêves, et qui pour une raison incompréhensible, ne passe
jamais à la télé, ni ne repasse en salles d’ailleurs. Ce n’est pas un vrai film, c’est une collection de saynètes, très "japonaises". J’avais adoré, et j’espère le revoir au moins une fois dans ma vie…
- on pourrait dire qu’ici, c’est encore une fois une « phrase repliée », sans césure. Si vraiment on tenait à le rendre plus conforme, on pourrait le reformuler légèrement, par exemple pour mieux séparer le rêve du cerisier du passage du chat. Bah, je le préfère comme cela. Mais dans d’autre cas je respecte la césure, ça dépend :
Éclipse de lune
le cri voilé de l’effraie
court sur la forêt
Cette histoire de « césure » me turlupine un peu, pour moi, s’il y a deux idées, deux concepts, c’est bon, pas besoin de respecter strictement la forme (ponctuation, interjection, rupture syntaxique etc.) D’ailleurs je me suis parfois cantonné à une idée unique ; mais là, ce sont des questions de style et d’angle de vue je pense. Tout cela se discute.