Curiosités du vers

Par : Salus
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Tontonjacques

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C'était bien, sauf "cession", plutôt session, je pense, non ? 😎
A propos de "veux-tu nous en aller", je me suis dit que c'était peut-être un peu du langage parlé local, voir Rimbaud :
Tout bas : » Sens donc, j’ai pris ‘une’ froid sur la joue… «

(La Maline)
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Salus

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"session", bien sûr ! (moi l'hortografe)

"veux-tu nous en aller", de toutes façon, c'est très beau !
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Pierre Lamy

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Me suis gouré de topic
Désolé







Ce message a été édité - le 29-01-2025 à 15:43 par PierreLamy
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Tontonjacques

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Ha ! J’ai vu passer plus haut un poème de Verlaine que je connais, puisque j’en ai fait un « décalque » rimé. L’original s’appelle « Mains » et commence ainsi :

« Ce ne sont pas des mains d'altesse,
De beau prélat quelque peu saint,
Pourtant une délicatesse
Y laisse son galbe succinct. (...) »

J’ai donc logiquement intitulé ma version « Pieds » et je vous la livre, comme ça au moins je récolterai peut-être l’un ou l’autre lecteur :

Pieds

Ces pieds ne sont pas de déesse,
Ni de héros, ni d’assassin.
Mais tels qu’ils sont, ces pieds paraissent
Si beaux que l’on dirait des seins.

Ces pieds ne sont pas socialistes,
Ils n’ont pas l’accent du Midi ;
Pas non plus d’ambition cycliste,
Mais ils sont plutôt dégourdis.

Car ces deux pieds touchent par terre,
C’est ce qui fait leur agrément ;
Et quand ils bottent un derrière,
C’est toujours successivement.

De plus, ces pieds ne sont pas bêtes
Comme seraient ceux d’un rappeur,
Ou d’un rimeur analphabète :
Non, ils sont fins, brillants, moqueurs.

Si le canard doit à ses palmes
Son élégance et son maintien,
Et si le crabe est podophtalme
— Ce qui le distingue du chien,

Ces pieds raffinés symbolisent
Un caractère équilibré,
Comme l’énonce leur devise :
« Aller en paix sans transpirer ».

Certains, parmi leurs congénères,
Vont trépigner dans les rumbas :
Ces deux-là, sagement, préfèrent
Vaquer, paisibles, ici-bas.

J’en connais bien qui se dépêchent
De les cajoler, empressés,
Et obséquieusement les lèchent
Sans souci de les déchausser.

Mais ils font fi de ces grimaces
Et se gaussent de ces bouffons,
Bien à l’abri dans leur godasses
En sillonnant les paillassons.

Ils traînent parfois sur la table
Après un dîner copieux :
Ça leur paraît plus confortable,
N’y voyez rien de séditieux.

Ou bien, au couchant, ils s’ébattent
Dans l’eau qui court sous les tilleuls,
Et plaignent fort les culs-de-jatte
À demi-voix, quand ils sont seuls.

Pour se promener, ils s’élèvent
L’un après l’autre, gracieux.
Ils ignorent le marche ou crève :
Ces pieds ne seront jamais vieux.

Vous constaterez, si vous en avez la patience, que non seulement la forme et la longueur sont respectées, mais qu’en plus les rimes correspondent. (J’avoue qu’après ça, je suis allé me jeter un gorgeon).
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Jim

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Je relis un peu ce topic et je tombe là-dessus:
"Mais j’aime trop pour que je die
Qui j’ose aimer,
Et je veux mourir pour ma mie
Sans la nommer."
Surpris que vous êtes par ce qui n'est pas une transgression, mais bien le subjonctif tel qu'il était écrit et dit au Moyen-âge, à savoir "die" pour "dise". Musset s'octroie le bon privilège d'user du françois en profondeur.

A propos des vers cités d'Aragon, on appréciera la rime enjambante - en gras -, délice qu'il renouvelle ailleurs, en notant aussi la rime interne soulignée:
"Morts à demi Je suis le chemin d’aube hélice
Qu
i tourne autour de l’obélisque et je me risque"

Ce faisant, Loulou introduit, en lieu et place de la pause renforcée par le retour à la ligne, la continuité entre deux vers qui se suivent; ça, c'est de l'eau d'As !



Ce message a été édité - le 29-01-2025 à 17:39 par Jim
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Pierre Lamy

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Tonton
Déesse et paraissent ne riment pas
pas plus que
élèvent et crève
ébattent et cul-de-jatte
Un verbe au pluriel en ent ne rime qu'avec un homologue :
dépêchent/lèchent est OK



Ce message a été édité - le 29-01-2025 à 17:21 par PierreLamy
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Tontonjacques

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ARMANDE.
Faites-la sortir, quoi qu'on die,
De votre riche appartement.
     
Que riche appartement est là joliment dit !
Et que la métaphore est mise avec esprit !

PHILAMINTE.
Faites-la sortir, quoi qu'on die.
     
Ah que ce quoi qu'on die est d'un goût admirable !
C'est, à mon sentiment, un endroit impayable.

ARMANDE.
De quoi qu'on die aussi mon cœur est amoureux.

BÉLISE.
Je suis de votre avis, quoi qu'on die est heureux.

ARMANDE.
Je voudrais l'avoir fait.

BÉLISE.
Il vaut toute une pièce. (...)

(Molière, les Femmes Savantes, III, 2)
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Tontonjacques

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@Pierrelamy Ça, c'est de la rime pour l’œil, je ne suis pas Malherbe ! Et je parie bien qu'on peut trouver des quantités de poèmes faisant rimer bien pire.

Par exemple, Cocteau :

"Mademoiselle Marie
Vous êtes grosse
, dit l’ange,
Vous aurez un fils sans mari ;
Pardonnez si je vous dérange.


Cette façon d’annoncer
Les choses par la fenêtre,
Étonne un peu la fiancée
Qui son amour voudrait connaître.

L’ange s’en va, comme fonte
Des neiges, vers l’inhumain.
La petite a un peu honte
Et se cache dans ses mains."

"Marie" ne rime pas avec "mari", ni "annoncer" avec "fiancée"; de plus, "inhumain" est au singulier, "mains" au pluriel. Cocteau fait donc pire que moi. XD



Ce message a été édité - le 29-01-2025 à 17:41 par Tontonjacques
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Jim

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Rien à redire, Tontonjacques, à ton pastiche, et je m'y suis bien marré !
Je suis partisan de la rime pour l'ouïe.
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Tontonjacques

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Ou Aragon :

"Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé (...)