Petit dictionnaire de poétique

Par : Laugierandre
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CinquiemeVallee

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Bonsoir André ! le confinement produit parfois des comportements inhabituels, par exemple, je viens m'instruire !

Merci ! même un comme moi trouve de la bonne bectance ici !

Et encore, j'suis pas rendu à "chiasme"...

Mais j'm'en va t'essayer d'jà l'anadiplose :


Ô Muse que je ne soupçonnais pas gourmande,
Je n'attendrai donc plus que l'on me redemande
Gourmande, cette anadiplose !
Lors n'en ferai jamais plus offre de gascon
Du moment que te plait, en mon propos sans sens,
L'encens aux pétales de rose...

🤣

Sans blague, ce dictionnaire risque de faire monter le niveau ! 👋



Ce message a été édité - le 10-04-2020 à 23:54 par CinquiemeVallee
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Laugierandre

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Bonjour CINQUIÈMEVALLÉE,

Tes mots généreux sont très stimulants et je t'en remercie bien sincèrement.

Réaliser un dictionnaire de poétique n'est pas une tâche facile car il faut éviter, d'une part, des explications trop techniques souvent fastidieuses, et d'autre part, procéder à une synthèse avec le plus d'exemples possibles pour favoriser le côté "ludique" de chaque procédé.

Bien entendu, je n'ai pas la prétention d'être exhaustif, ce qui demanderait au moins le triple d'informations, et aurait tendance à devenir rébarbatif.

Je ne parle que des "techniques" et règles les plus utilisées et qui me paraissent indispensables à connaître ou à se remettre en mémoire à l'endroit des poètes intéressés par la poésie classique et néoclassique.

Comme l'a fait remarquer, à juste titre, SALUS, j'ai parfois omis une voyelle, un mot ou autre faute de frappe. Mais cela ne nuit aucunement aux explications détaillées ni à l'assimilation des exposés et aux définitions car mes sources proviennent d'ouvrages sérieux, et dictionnaires spécialisés, qui constituent ma bibliothèque.

Autre petit problème légitime qu'on pourra me reprocher : c'est l'absence de classement alphabétique. On ne peut être parfait. Mais je crois qu'il suffit simplement, pour celles et ceux qui désirent se constituer un fichier, d'imprimer ces diverses techniques de composition et de les classer pour en faire un petit livret, bien utile à consulter par la suite.

TOUTE MA CHALEUREUSE AMITIÉ ET CONSIDÉRATION.

ANDRÉ

👋 👋 👋



Ce message a été édité - le 11-04-2020 à 11:07 par Laugierandre
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Laugierandre

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L'ELLIPSE

L'ellipse (féminin du mot grec "en" qui signifie "dans, et leipein, qui veut dire "laisser là, négliger, d'où "elleipsis (manque, omission d'un mot), est une figure de construction qui consiste à supprimer des mots qui seraient nécessaires à une construction complète, mais dont l'absence n'empêche pas la clarté de sens. Un des exemples les plus connus de l'ellipse est celui de ce vers d'Andromaque :

Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle ?

qui concentre une phrase beaucoup plus développée, mais beaucoup moins puissante : "Je t'aimais alors que tu étais inconstant ; combien t'aurais-je aimé si tu avais été fidèle ?"

Le sens du contexte lève l'ambiguïté possible de l'adjectif épicène "fidèle" qui, grammaticalement, peut se rapporter aussi bien à la deuxième personne sous-entendue qu'à la première personne. Mais l'ellipse est une figure de construction très fréquente également dans la poésie moderne : ainsi dans ces deux vers d'Yves Bonnefoy :

Je nommerai désert ce château que tu fus,
Nuit cette voix, absence ton visage.


ou encore dans l'expression de Saint-John Perse, "à perte d'hommes", pour dire "des hommes en foule à perte de vue".

La phrase nominale, très fréquente dans la poésie moderne, est elle-même fondée sur l'ellipse du verbe. Voici encore un exemple d'ellipse de Jean Racine, extrait d'une scène basée sur un reproche d'Hermione à Pyrrhus :

Quoi ! sans que ni serment, ni devoir vous retienne,
Rechercher une Grecque, amant d'une Troyenne ?


Le paradoxe de l'ellipse est qu'en supprimant des éléments du "signifiant" elle peut mettre en valeur le "signifié" qui lui est associé.
____________________

À SUIVRE...
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Salus

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Marc de PAPILLON-LASPHIRE (XVIe siècle), Reste un grand poète ignoré,
Et pour le reste, eh bien, on en apprend tous les jours !



Ce message a été édité - le 11-04-2020 à 22:12 par Salus
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Laugierandre

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Bonjour SALUS,

Oui, et il fut même ignoré du bon roi HENRI, réclamant sans succès le loyer de ses vingt années de fidèle et loyal service. Pourtant comme tu le dis, il fut un brillant poète baroque, satiriste et érotique. Comme quoi, en poésie, c'est très souvent à titre posthume qu'on est reconnu.

Malgré ces fêtes un peu particulières je te souhaite néanmoins un bon week-end Pascal.

👋 👋 👋

ANDRÉ
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Laugierandre

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LE DISTIQUE

À ne pas confondre avec le dectique, appelé aussi « Sauterelle à sabre », qui est une espèce de sauterelle.

L'emploi de ce mot date du milieu du XVIe siècle. Il désigne un groupement de deux vers (du préfixe grec "di-" qui veut dire "deux", et "stikhos", qui signifie "vers" rimant ensemble et formant une unité indépendante. "Distikhon" signifie :"deux rangées".

Ce ne sont pas des strophes, si l'on s'en tient à la stricte définition. Le poème "La Loreley" d'APOLLINAIRE est composé en distiques :

LA LORELEY

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon cœur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon cœur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil



Dans les poésies grecque et latine, le "distique" regroupait un hexamètre et un pentamètre.

Dans la poésie française, le distique est un groupe de deux vers, presque toujours de même mètre, sans que ce soit une obligation, et d'une seule rime (ou assonance) sans obligation absolue non plus.

Employé seul, un distique a évidemment un sens complet ; avec ou sans titre, il constitue un poème.

Je suis un homme mort depuis plusieurs années ;
Mes os sont recouverts par les roses fanées.

Charles CROS


La coupure typographique par groupements de deux vers impose un mode de lecture qui justifie l'emploi de "distiques" par rapport à un texte d'un seul tenant en rimes suivies ; surtout lorsqu'elle propose un sens complet et autonome de chacun des distiques, que la ponctuation soit maintenue ou supprimée :

LA NUIT DE DUNKERQUE

La France sous nos pieds comme une étoffe usée
S'est petit à petit à nos pas refusée

Dans la mer où les morts se mêlent aux varechs
Les bateaux renversés font des bonnets d'évêque

Bivouac à cent mille au bord du ciel et l'eau
Prolonge dans le ciel la plage de Malo

...

Louis ARAGON


Le "distique" employé seul peut être utilisé comme une devise au fronton d'un monument, servir d'épigraphe ou d'épitaphe, grâce à son caractère à la fois ramassé, rythmé et rimé :

Bloy, Tailhade et Moréas
Ont des moustaches, trop, hélas !

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L'ÉPANALEPSE

"L'épanalepse", du grec "épanalambanein", qui signifie reprendre, recommencer, d'où "épanalèpsis" (reprise, répétition), est une figure de répétition diversement décrite selon les auteurs.

Dans le vocabulaire de la stylistique, il s'agit d'un phénomène comparable à "l'antépiphore". L'antépiphore consistant dans la répétition, en tête et à la fin d'un ensemble verbal ou poétique (par exemple une strophe).

BAUDELAIRE a maintes fois eu recours à cette figure dans ses quintils, ainsi que dans son poème "Le Balcon" :

Mère des souvenirs, maîtresse des maitresses,
Ô toi, tous mes plaisirs ! ô toi, tous mes devoirs !
Tu te rappelleras la beauté des caresses,
La douceur du foyer et le charme des soirs,
Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses !


Dans "l'épanalepse" ce peut être la répétition, à intervalles plus ou moins réguliers, de la même phrase ou du même vers, soit la reprise en fin de vers ou de phrase du mot ou de l'expression qui le (ou la) commence, comme dans ce vers d'ARAGON :

Onze ans déjà que cela passe vite onze ans.

On la retrouve aussi dans ce quatrain de CORNEILLE, à chaque début de vers :

Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore !

Il y a tout un art de l'épanalepse et Louis ARAGON l'a possédé à la perfection lorsqu'il évoquait l'obsession des images, le retour des souvenirs, en une forme qui se rapproche alors, parfois, de la chanson :

LES LARMES SE RESSEMBLENT

Dans le ciel gris des anges de faïence
Dans le ciel gris des sanglots étouffés
...
J'ai bu l'alcool transparent des cerises
J'ai bu les serments échangés tout bas
...
Il me souvient des chansons qui m'émurent
Il me souvient des signes à la craie
...
____________________

À SUIVRE...





Ce message a été édité - le 12-04-2020 à 11:29 par Laugierandre
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Jacques AADLOV - DEVERS

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Poème « à cent faute(s) » chanté à l’aphone

Motto :

Ce n’est pas faute de Vous le dire, j’Admire ! Sincère, j’ai essayé…
Il sorti un beau délire, l’accord d’une lyre, désaccordée
Ma Muse, s’excuse, dans sa confuse, elle voulut seulement s’amuser
Et de sa trop simple rimaille, subtile trouvaille, écrire (ici) un vrai sonnet !
Et voilà la suite, mon cœur palpite, saurais- je en être pars donné?


Si j’avais su tout ça André
O, Mon Dieu que suis-je bête !
N’aurais-je mis le feu au clavier
Jamais… o plus jamais, «poète »

Qu’il est immense cet océan !
A boire cette mer de la technique…
De la technique poétique
En goutte par goutte, qu’on s’applique
Mer de grande taille (pour l’humain… )

Et puis c’est qui ce beau vilain
Qui me murmure ses quantiques ?
Qui me murmure ces quantiques
Qui me réveille chaque matin ?

Qui me réveille chaque matin
M’enivrant dans ses pas poèmes ?
Si Dieu est bienveillance, sourire
Si il ne faut pas en dire, je…
« Je t’aime » faut l’dire en pingouin ?

Il faut aussi qu’on me l’explique
C’est qui le trop sérieux, au loin ?
Au loin, d’antan, semblant maudire
Les sons, les enfantines délires
Les vols des oiseux oniriques
Les irrespectueux comiques

Sa Majesté Sournoise « Cent Ans »

Je voudrais, au grand dictionnaire
Q’il m’explique les grandes aires
Que mon cœur en solitaire
Croit chanter dans son élan

Qu’on m’explique aussi ces larmes
Si leurs rimes rythme et charme
Peuvent laver tout l’océan…

J’ai commis…en symbolique
Les cent fautes des prosodiques
(Peut être aussi de grammatique)

L’Energétique qui m’inspire
Mon Dieu, respire, il est vivant !

Je sais que ce n’est pas science
Ce n’est qu’une transe
Étonnamment !

Et le Poète, c’est une antenne…
Un décodeur
Qui la croit sienne
Cette « pas poésie », un bref instant…

Et qu’est que c’est la Poésie ?
Une harmonie
Où l’âme raisonne (même aphone…)
Dans un Bonheur
Resplendissant !


P.S

Avec tout mon admiration pour ce Merveilleux travail, André !


- Et nos sublimes ignorances… ?!
J’ai une excuse : je m’amuse
Même si je vis… cette belle transe
D’une joie immense
Que mon Cœur Pense
Réellement !


😉



Ce message a été édité - le 12-04-2020 à 18:51 par Attention
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CinquiemeVallee

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Bon dimanche d'assonances pascales, André!

J'ai toujours du retard à l'école, me léchant à la traine les babines aux senteurs de rimes babébines...

Peut-être ne doit-on pas badiner avec les rimes babébines

Mais...


Comme Monsieur Jourdain
N'étant dans la combine
Marin dévergondé
Ma prose se haubanne

Soudain voile mondaine
Déhanchée au néant...
Lors ma plume applaudit
Piquant du nez dedans :

Bon sang la mer est bonne !
Bel air, dis-je Candide
Profitons de l'aubaine !

Requin sent la sardine
Le grand cacatois grogne :
-"Ventrebleu de Sardaigne" !

Ah j'oubliais , nous sommes au carré magique de la poésie classique, où les pompons rouges ne sont pas admis !

C'est vrai qu'Eric et ses volontaires
pourraient venir ici extraire
leur dictionnaire,
pour que l'on n'y piétine pas comme je viens de faire...

🤣



Ce message a été édité - le 12-04-2020 à 19:12 par CinquiemeVallee
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Laugierandre

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Bonjour ATTENTION,

Ils font du bien à lire des messages comme celui-ci, car il est satisfaisant de savoir que ces quelques petits "tuyaux", postés sans prétention, peuvent apporter un certain bénéfice à plusieurs d'entre nous. Y compris les poètes expérimentés qui peuvent se remettre en mémoire des procédés plus ou moins négligés.

Si ces quelques informations sont de nature à faciliter les arcanes de la poésie classique pour certains d'entre nous, c'est la plus belle récompense que je puisse recevoir, en toute humilité.

Je suis très heureux que cela ait déclenché, chez toi, cette propension à commettre ces vers que je viens de lire avec intérêt et beaucoup d'attention.

Oui, "l'océan" des mots est immense, et nous y cherchons la "règle" de façon ludique dans ce terrain bien délimité de la versification qui devient alors un arbitre.

MERCI pour ce partage, ATTENTION. Comme tu le dis en début de ton commentaire : ""J'ai essayé..." Et ça a apporté ses fruits puisque, comme on dit, il n'y a pas d'évolution sans liberté d'essayer.

Tu me dis : ""J’ai une excuse : je m’amuse". Mais la poésie est un jeu littéraire, et gagner sans s’amuser n’aurait aucun intérêt.

TOUTE MA CHALEUREUSE AMITIÉ ET RECONNAISSANCE.

CARPE DIEM

ANDRÉ

👋 👋 👋 👋



Ce message a été édité - le 13-04-2020 à 12:11 par Laugierandre
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Laugierandre

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Bonjour CINQUIÈMEVALLÉE,

Oh ! le retard, tu sais, ça signifie seulement qu'on n'est peut-être pas le premier venu. Je suis de ceux qui considèrent qu'avoir toujours du retard devient un signe de ponctualité.

Aussi,je te remercie vivement pour ta fidélité à fréquenter ce "Petit Dictionnaire poétique" et pour tes commentaires pertinents. Cela montre l'intérêt que tu portes sur ces définitions didactiques et sur leurs applications intéressantes à connaître. On en retire toujours quelque chose d'instructif.

Qui plus est, quand la convivialité est au rendez-vous, et plus nous sommes nombreux à partager ces échanges sympathiques, plus les liens privilégiés que nous entretenons ne peuvent que favoriser la bonne ambiance d'un forum.

UN GRAND MERCI pour ce sonnet plein de fraîcheur et jubilatoire qui met en exergue cette forme de rimes dont je ne donne pas le nom afin de laisser ceux qui fréquentent ce topic de le trouver par eux-mêmes... s'ils le lisent régulièrement.

TOUTE MA CHALEUREUSE AMITIÉ ET CONSIDÉRATION.

CARPE DIEM

ANDRÉ

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Ce message a été édité - le 13-04-2020 à 12:51 par Laugierandre



Ce message a été édité - le 14-04-2020 à 11:47 par Laugierandre
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Laugierandre

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L'HYPERBATE

"L'hyperbate" (féminin, du grec "huper", qui signifie "sur", "de l'autre côté", "au-delà", et "bainein", qui veut dire "aller"), est une figure de construction qui met en jeu une forme d'inversion : la phrase parait terminée, et l'auteur ajoute un élément, mot ou syntagme, qui est ainsi fortement mis en relief.

René CHAR en fournit un exemple dans le premier quatrain de la "Fête des arbres et du chasseur"

Sédentaires aux ailes stridentes
Ou voyageurs du ciel profond,
Oiseaux, nous vous tuons
Pour que l'arbre nous reste et sa morne patience.


Le groupe "et sa morne patience" ainsi mis en "hyperbate" au lieu d'être directement coordonnée à l'arbre en un groupe sujet compact, isole d'une part la "personnification" de l'arbre par attribution d'un sentiment humain, d'autre part le sujet abstrait dans un contexte concret, enfin, métriquement, un deuxième hémistiche d'alexandrin plus ou moins inattendu après les trois vers brefs qui ouvrent le quatrain.
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Ce message a été édité - le 13-04-2020 à 17:39 par Laugierandre
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Laugierandre

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LA SYNECDOQUE

La "synecdoque" (du grec "sunekdokhè"), signifie "inclusion", "compréhension" au sens logique du terme. Comme la "métonymie" elle est une "figure de contiguïté,", mais qui, elle est fondée sur un rapport d'inclusion.

Toutes les définitions tiennent compte de cette notion d'inclusion. Elle désigne un objet par le nom d'un autre objet avec lequel il forme un ensemble, un tout ; l'existence ou l'idée de l'un se trouvant comprise dans celle de l'autre. L'exemple classique de la "synecdoque" est celui de "voile" pour navire ou vaisseau dans ces vers du CID :

"Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles".


La "voile" est bien un constituant du navire, et l'emploi du mot "voile" dans le trope ne désigne pas la seule voilure, mais l'ensemble du bateau. On remarquera d'ailleurs que la synecdoque opère un choix qui n'est pas sans signification dans les éléments du tout à désigner : on dit "voile", on ne dirait pas "coque" dans un tel contexte. Le terme de "coque" peut s'employer comme synecdoque pour le bateau avec une connotation de dérision à laquelle s'ajoute une métaphore : on trouvera ainsi : "une coque de noix".

Le processus de la synecdoque peut s'inverser, et désigner non l'ensemble par l'un de ses éléments (synecdoque particularisante), mais un élément par le nom de l'ensemble (synecdoque généralisante) ; c'est le cas lorsque Georges BRASSENS dans "LE GORILLE" emploie le terme de "quadrumane", nom générique des singes, pour désigner l'animal.

On distingue plusieurs types de synecdoques selon le mode d'inclusion, qui peut s'abstraire en lien de nécessité ; on a vu le rapport partie/tout, le rapport genre/espèce, il existe aussi le rapport "matière/objet" (le fer pour l'épée), le rapport "qualité/objet (un rond pour une pièce de monnaie), singulier/pluriel, ainsi "les ruisseaux" pour "le ruisseau", dans ces vers d'ARAGON, extraits du "MOUVEMENT PERPETUEL" :

"Elle s'arrête au bord des ruisseaux Elle chante
Elle court Elle pousse un long cri vers le ciel
Sa robe est ouverte sur le paradis [...]"

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LE VERS LÉONIN

Dans la versification décrite à la fin du Moyen-Âge, on appelait ainsi un vers qui possédait une rime intérieure, c'est-à-dire la même rime à la fin de chacun des hémistiches (cas de l'alexandrin) ou chacune des deux parties d'un vers (cas du décasyllabe coupé à 4 + 6) :

Au soir brunit, c'est donc bien peu de chose !
L'homme propose ; en après Dieu dispose.
Faisons donc pose à tous mondains délits ;
Laissons jardins, roses, fleurons et lis.


Jean LEMAIRE DE BELGES (1498)

ou encore:

"Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée".

On entend dans le poème de subtils échos de rimes, comme dans cette épître de Lyon JAMET à Clément MAROT :

"Tout clairement, dis-moi comment
Tant et pourquoi tu te tiens coi"



De nos jours, certains poèmes recherchent encore cette forme stylistique un peu "précieuse" d'écriture. Ça sonne très bien à l'oreille à condition que les césures à l'hémistiche soient bien marquées.
____________________


LE VERS MONOSYLLABE

On appelle vers monosyllabe un vers qui ne comporte qu'une syllabe (en grec : "monos",qui signifie "seul"). Il se trouve très rarement en isométrie, sauf cas de prouesse technique, tel le sonnet de Jules de RESSÉGUIER sur "La mort d'une jeune fille" :

Fort
Belle
Elle
Dort

Sort
Frêle !
Quelle
Mort !

Rose
Close
La

Brise
L'a
Prise


Le vers monosyllabe est la plupart du temps employé en "hétérométrie", comme dans "le vers-écho", où la reprise instantanée de la rime reproduit un effet semblable à celui de la "rime couronnée".

Le terme de vers monosyllabe ne doit pas être confondu avec celui de "vers monosyllabique" qui désigne un vers composé de mots monosyllabiques, tel que le vers de "Phèdre" :

"Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur."

usage dont l'esthétique est en principe condamnée par les classiques.

La difficulté n'a pas empêché des poètes soucieux d'exercer leur virtuosité de s'essayer à l'utilisation plus ou moins acrobatique de ce vers, sans trop contraindre la grammaire. Voici encore un sonnet attribué tantôt à Charles CROS, tantôt à Léon VALADE :

MONOLOGUE DE L'AMOUR MATERNEL

Qu'on
Change
Son
Lange !

Mange
Mon
Bon
Ange.

Trois
Mois
D'âge !

Sois
Sage :
Bois.

____________________

À SUIVRE...




Ce message a été édité - le 14-04-2020 à 11:46 par Laugierandre
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Laugierandre

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LE MÉTAGRAMME

Le métagramme, du grec "meta", qui signifie "en remplacement", et "gramma", qui veut dire "lettre", est une forme d'apophonie par laquelle la variation paronomastique se fait sur un seul phonème, à une place identique : (femme/fane) :

"Vous gardez ce lieu forclos à tout rire de femme,
À tout sourire qui se fane."

SENGHOR, "Chants d'ombre".


C'est également ce qui rapproche "délace" et "délices" dans ce verset de Robert DESNOS :

Tu t'en iras quand tu voudras
Le lit se ferme et se délace avec délices comme
un corset de velours noir [...]

Fragment de "Il fait nuit", in Corps et biens
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Laugierandre

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PARAGOGE

Il s'agit d'un mot féminin, tiré d'un mot grec qui signifie "addition". Ce terme désigne en fait l'ajout d'une lettre ou d'une syllabe à la fin d'un mot.

Cette appellation renvoie, en poésie, à un procédé pratique pour ceux qui s'accordent des facilités leur permettant de trouver une syllabe manquante dans le mètre du vers. On dit aussi qu'il s'agit
d'un métaplasme. Autrement dit : l'action de "modeler autrement" (du grec "metaplassein") signifiant littéralement "transformer".

Cette licence poétique reconnue permet d'écrire, par exemple : "avecque" en lieu et place de "avec", afin de gagner uns syllabe dans le décompte métrique.

De même, on peut écrire "jusques" et "grâces à" en ajoutant un "S" à la fin de ces mots. Les "licences poétiques" sont des autorisations que se sont données les poètes de ne pas respecter, dans certains cas, les règles habituelles de l'orthographe et de la grammaire.

On peut penser que l'interdiction de faire rimer un "pluriel" avec un "singulier" s'était étendue à l'écriture qui, paradoxe à nos oreilles, semblait plus importante que la sonorité à l'audition (mais le "s" du pluriel s'était entendu jadis dans la prononciation). On n'aurait pas fait rimer, par exemple , "je vois" et "moi", même si le "S" ne s'entendait pas. On aurait donc supprimé ce "S" dans l'écriture pour tourner la difficulté. La licence, ici, était au service d'une règle plus importante , celle de la rime.

Exemple de retrait d'une lettre dans ce distique de RACINE, extrait d'ANDROMAQUE :

Quelle horreur me saisit ? Grâce au Ciel, j'entrevoi...
Dieux ! quels ruisseaux de sang coulent autour de moi !


Autre exemple plus récent de LAMARTINE, dans "LA CHUTE D'UN ANGE" :

...
Jeune étranger, dit-il, approchez-vous de moi !
Depuis des jours bien longs, de bien loin je vous voi.


Dans ces deux exemples de "métaplasme", les "S" de "j'entrevoi" et de "je vous voi" ont été volontairement supprimés grâce à la "licence poétique".

Exemple de paragoge : "encore" avec un "S" à la fin :

- Qu'encores aujourd'hui éteinte sous la lame
Me réchauffe, en pensant qu'elle fut sa clarté.

RACINE


Bien que ces pratiques soient peu fréquentes de nos jours, certains poètes les utilisent "encor". C'est parfaitement accepté, et elles ne peuvent être considérées comme des fautes de prosodie ou d'orthographe.

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Laugierandre

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LA DILATATION

Rien à voir avec l'augmentation de la longueur ou du volume d'un corps par élévation de la température.

En poésie ce procédé pseudo-littéraire consiste à prendre un texte et à l'agrandir par des ajouts plus ou moins habiles.

On parle aussi "d'amplification" ou "d'expansion". Tristan DERÈME l'a pratiquée avec "humour" à partir d'un poème de Théophile GAUTIER : "Premier sourire du printemps",dont il a transformé les octosyllabes en alexandrins.

Voici un extrait du texte original de Théophile GAUTIER :

- Tandis qu'à leurs œuvres perverses
Les hommes courent, haletants".



Et maintenant la "dilatation" imaginée par Tristan DERÈME :


- "Tandis qu'autour de nous, à leurs œuvres perverses,
Les hommes se dédient et courent haletants".



Marcel BÉNABOU et Georges PÉREC, dans un exercice qu'ils intitulèrent "L.S.D. poétique" (pour : "La Littérature Sémo-Définitionnelle" ont appliqué cette même méthode à des vers de RACINE. Ils arrivent à un nouvel énoncé auquel ils ont donné une forme à peu près versifiée, malgré un alexandrin très approximatif :


- "La clarté qu'à la Terre a donné le Soleil
N'a rien qui la vicie, l'altère ou la corrompe
Non plus que de l'organe au cœur de ma poitrine,
mémoire des sentiments et des ressentiments
La partie opposée aux glaces du devant
Où les champs sur lesquels s'exaltent les figures.
"


On peut préférer RACINE.

Mais il faut avouer que ce procédé peut offrir de jolies perspectives dans le cadre de jeux poétiques où les participants, sans changer le fil conducteur d'un poème, peuvent à partir d'un texte en six ou en huit syllabes, lui conférer cette "dilatation". Des vers bien construits seront à même de donner une "dimension" plus descriptive et éloquente à un poème original.
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L'HOMÉOTÉLEUTE

Malgré sa ressemblance à consonance médicale, ce terme n'a rien à voir, de près ou de loin, avec l'homéopathie.

Du grec "homoios", signifiant "semblable", et "teleutè", qui veut dire "la fin", l'homéotéleute est un fait d'homophonie finale entre deux mots qui figurent dans une même phrase ou un même membre de phrase, dans un même vers ou verset également, les rimes étant un cas particulier d'homéotéleute.

Le but est de créer des effets sonores sensibles à l'oreille. Les mots qui se succèdent doivent appartenir à la même catégorie grammaticale (noms, adjectifs, verbes, adverbes, etc.)

Dans le verset ci-dessous, de Paul CLAUDEL, l'auteur use d'un cas d'homéotéleute pour passer d'un mot à l'autre, comme le regard passe "d'un point à l'autre" :

- "Les abîmes, que le regard sublime
Oublie, passant audacieusement d'un point à l'autre"
.

L'homéotéleute est ici relayé par des "effets phoniques" d'allitération (abîmes - sublime) auxquels s'ajoute "oublie", combiné avec les "i" des mots précédents.

Il en est de même pour les vers suivants, de Guillaume APOLLINAIRE, avec les mots : "avenir" et "souvenir" :

- "Un air qu'on ne peut définir
Hésite entre son et pensée
Entre avenir et souvenir



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LA SYNCOPE

Non, mes Ami(e)s, en poésie, la "syncope" n'a aucune rattachement de près ou de loin avec cette perte de connaissance brutale et de brève durée due à la diminution momentanée de la circulation cérébrale.

Ce mot est tiré du grec "sunkopè", qui signifie "raccourcissement", ou, plus spécialement "retranchement de syllabes ou de lettres au milieu d'un mot". Comme l'annulation prosodique d'un "E" caduc à l'inférieur d'un mot, ce qui entraîne la disparition d'une syllabe dans le décompte.

Il s'agit d'un phénomène relativement courant dans la poésie depuis l'apparition du vers libéré, ainsi dans cet alexandrin d'APOLLINAIRE :

- "Ô belle Lorely aux yeux pleins de pierr(e)ries".

La proximité des phonèmes [r] rend cette syncope d'autant plus aisée. Le phénomène de la syncope est souvent lié à un effet de connotation populaire ; il peut alors être intégré dans la graphie des mots, comme "tell'ment" et "cur'dent" dans ce quatrain d'alexandrins de Raymond QUESNEAU, fragment de "Je crains ça pas tellement", où ils vont dans le même sens que l'emploi de la négation seule dans "je crains pas" et la tonalité générale de désinvolture affichée face à l'angoisse de la mort :

- "Mais je crains pas tellment ce lugubre imbécile
qui viendra me cueillir au bout de son curdent
lorsque vaincu j'aurai d'un œil vague et placide
cédé tout mon courage aux rongeurs du présent".


Plus généralement, on appelle également "syncope" un métaplasme qui supprime un phonème ou une syllabe à l'intérieur d'un mot, phénomène lui aussi fréquent dans la langue populaire et que reproduit Jean TARDIEU en écrivant "rin" au lieu de "rien" dans le poème "La Môme Néant". Dans la chanson, la syncope est très fréquemment indiquée par des apostrophes :

- "Et s'app'lait les Copains d'abord
Les Copains d'abord"
.

(G. BRASSENS).

Voici un autre exemple de VERLAINE, dans "Invectives" :

...
"Que l'apocope se pavane
Comm' drapeau fier dans le fier choc
Sur les rangs fermes comme roc
De la grande école romane !

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À SUIVRE...




Ce message a été édité - le 15-04-2020 à 11:07 par Laugierandre