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C'est nos anciens qu'on assassine !

Par : Marcek

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Salus

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C'est un plaisir !
(et merci à l'Aurore pour son "Waouw")

Posté à 18h53 le 06 août 17

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Salus

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Avant que de recommencer à éplucher les aberrations du web, nous allons brièvement nous pencher sur de l’aberration d'auteur ! (bien plus rare, mais...)

A critiquer les morts, surtout célèbres, on ne risque pas grand chose, et surtout pas de salir leur mémoire, car la bave du crapaud, hein !...

Cependant, et m'appuyant autant sur une saine logique étayée par les recherches, plus pointues que les miennes, de ma collaboratrice Marcek, que sur un instinct poétique animal qui à déjà fait ses preuves, je vais vous présenter deux poèmes de monsieur Jules Verne, qui présentent chacun un alexandrin de treize syllabes, que j'attribue à leur auteur, lequel, aujourd'hui à 20000 lieues sous les mers, ne saurait m'en tenir grief ! (pour le second, vous êtes priés d'indiquer au moins le n° du couplet, sinon on va pas s'y retrouver)

les ceusses qui mordront au truc en levant le lièvre gagneront une épitaphe personnalisée qui égaiera leur éternité...
(et si quelqu'un est capable de prouver que Jules ne s'est pas planté, il lui sera offert une superbe croisière statique ! (cinq semaines en balcon)
Attention...C'est parti !




Vous êtes jeune et belle...


Vous êtes jeune et belle, et vos lèvres rieuses
N'ont que charmants souris tout fraîchement éclos ;
Le temps sonne pour vous ses heures folles, joyeuses
Qui vont se succédant comme les flots aux flots.

L'amour pour vos plaisirs rend plus voluptueuses
Ces langueurs qui s'en vont en de tendres sanglots ;
La fortune, les ris, et les choses heureuses,
Catinetta mia, voilà quels sont vos lots !

Quand vous prendrez le deuil d'une prompte jeunesse,
Et que vous sentirez les doigts de la vieillesse
De jours d'or et de soie, hélas ! brouiller le fil !

Quand tout vous fera mal, et le bonheur des autres,
Ces plaisirs enivrants qui ne sont plus les vôtres,
Tout, jusqu'au souvenir ? - Que vous restera-t-il ?


°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


Tempête et calme


L'ombre
Suit
Sombre
Nuit ;
Une
Lune
Brune
Luit.

Tranquille
L'air pur
Distille
L'azur ;
Le sage
Engage
Voyage
Bien sûr !

L'atmosphère
De la fleur
Régénère
La senteur,
S'incorpore,
Evapore
Pour l'aurore
Son odeur.

Parfois la brise
Des verts ormeaux
Passe et se brise
Aux doux rameaux ;
Au fond de l'âme
Qui le réclame
C'est un dictame
Pour tous les maux !

Un point se déclare
Loin de la maison,
Devient une barre ;
C'est une cloison ;
Longue, noire, prompte,
Plus rien ne la dompte,
Elle grandit, monte,
Couvre l'horizon.

L'obscurité s'avance
Et double sa noirceur ;
Sa funeste apparence
Prend et saisit le coeur !
Et tremblant il présage
Que ce sombre nuage
Renferme un gros orage
Dans son énorme horreur.

Au ciel, il n'est plus d'étoiles
Le nuage couvre tout
De ses glaciales voiles ;
Il est là, seul et debout.
Le vent le pousse, l'excite,
Son immensité s'irrite ;
A voir son flanc qui s'agite,
On comprend qu'il est à bout !

Il se replie et s'amoncelle,
Resserre ses vastes haillons ;
Contient à peine l'étincelle
Qui l'ouvre de ses aquilons ;
Le nuage enfin se dilate,
S'entrouvre, se déchire, éclate,
Comme d'une teinte écarlate
Les flots de ses noirs tourbillons.

L'éclair jaillit ; lumière éblouissante
Qui vous aveugle et vous brûle les yeux,
Ne s'éteint pas, la sifflante tourmente
Le fait briller, étinceler bien mieux ;
Il vole ; en sa course muette et vive
L'horrible vent le conduit et l'avive ;
L'éclair prompt, dans sa marche fugitive
Par ses zigzags unit la terre aux cieux.

La foudre part soudain ; elle tempête, tonne
Et l'air est tout rempli de ses longs roulements ;
Dans le fond des échos, l'immense bruit bourdonne,
Entoure, presse tout de ses cassants craquements.
Elle triple d'efforts ; l'éclair comme la bombe,
Se jette et rebondit sur le toit qui succombe,
Et lé tonnerre éclate, et se répète, et tombe,
Prolonge jusqu'aux cieux ses épouvantements.

Un peu plus loin, mais frémissant encore
Dans le ciel noir l'orage se poursuit,
Et de ses feux assombrit et colore
L'obscurité de la sifflante nuit.
Puis par instants des Aquilons la houle
S'apaise un peu, le tonnerre s'écoule,
Et puis se tait, et dans le lointain roule
Comme un écho son roulement qui fuit ;

L'éclair aussi devient plus rare
De loin en loin montre ses feux
Ce n'est plus l'affreuse bagarre
Où les vents combattaient entre eux ;
Portant ailleurs sa sombre tête,
L'horreur, l'éclat de la tempête
De plus en plus tarde, s'arrête,
Fuit enfin ses bruyants jeux.

Au ciel le dernier nuage
Est balayé par le vent ;
D'horizon ce grand orage
A changé bien promptement ;
On ne voit au loin dans l'ombre
Qu'une épaisseur large, sombre,
Qui s'enfuit, et noircit, ombre
Tout dans son déplacement.

La nature est tranquille,
A perdu sa frayeur ;
Elle est douce et docile
Et se refait le coeur ;
Si le tonnerre gronde
Et de sa voix profonde
Là-bas trouble le monde,
Ici l'on n'a plus peur.

Dans le ciel l'étoile
D'un éclat plus pur
Brille et se dévoile
Au sein de l'azur ;
La nuit dans la trêve,
Qui reprend et rêve,
Et qui se relève,
N'a plus rien d'obscur.

La fraîche haleine
Du doux zéphir
Qui se promène
Comme un soupir,
A la sourdine,
La feuille incline,
La pateline,
Et fait plaisir.

La nature
Est encor
Bien plus pure,
Et s'endort ;
Dans l'ivresse
La maîtresse,
Ainsi presse
Un lit d'or.

Toute aise,
La fleur
S'apaise ;
Son coeur
Tranquille
Distille
L'utile
Odeur.

Elle
Fuit,
Belle
Nuit ;
Une
Lune
Brune
Luit.



Ecrit par Jules VERNE (le procédé fut inventé par le père Hugo, dans "Les Djinns" (Les orientales)

Posté à 17h20 le 17 août 17

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Ancienmembre

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le temps sonne pour vous ses heures folles joyeuses

Posté à 17h59 le 17 août 17

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entoure presse tout de ses cassants craquements

Posté à 18h01 le 17 août 17

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Marcek

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Violette au regard perçant a détecté les vers boitant ! Vraiment, bravo !
Non pas à Verne, mais à ce beau regard perçant !

Posté à 21h16 le 17 août 17

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Salus

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chose due :

"Ci-gît, sous le tapis, Circé,
Dont le persan regard hersé
Fixe à jamais ce vers qu'elle aime,
Et dont sa magie est l’emblème !"

Posté à 23h13 le 17 août 17

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Ancienmembre

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il suffit de lire et l'on sent tout de suite où ça boite
merci
oreille muette

Posté à 09h09 le 18 août 17

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Salus

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Violette, fine lame, est en train de rafler tous les prix !

Profitons de cet entracte pour dénoncer un autre de nos petits camarades, le marcéloïde Proust, qui, dans "Je contemple souvent", perd un décasyllabe dans une forêt d'alexandrins, et utilise, à quatre vers d'intervalle, diérèse et synérèse pour le même mot ! (précieux)
hou les cornes et je vous le passe, ce n'est pas si mauvais :





Le temps efface tout comme effacent les vagues
Les travaux des enfants sur le sable aplani
Nous oublierons ces mots si précis et si vagues
Derrière qui chacun nous sentions l'infini.

Le temps efface tout il n'éteint pas les yeux
Qu'ils soient d'opale ou d'étoile ou d'eau claire
Beaux comme dans le ciel ou chez un lapidaire
Ils brûleront pour nous d'un feu triste ou joyeux.

Les uns joyaux volés de leur écrin vivant
Jetteront dans mon coeur leurs durs reflets de pierre
Comme au jour où sertis, scellés dans la paupière
Ils luisaient d'un éclat précieux et décevant.

D'autres doux feux ravis encor par Prométhée
Étincelle d'amour qui brillait dans leurs yeux
Pour notre cher tourment nous l'avons emportée
Clartés trop pures ou bijoux trop précieux.

Constellez à jamais le ciel de ma mémoire
Inextinguibles yeux de celles que j'aimai
Rêvez comme des morts, luisez comme des gloires
Mon coeur sera brillant comme une nuit de Mai.

L'oubli comme une brume efface les visages
Les gestes adorés au divin autrefois,
Par qui nous fûmes fous, par qui nous fûmes sages
Charmes d'égarement et symboles de foi.

Le temps efface tout l'intimité des soirs
Mes deux mains dans son cou vierge comme la neige
Ses regards caressants mes nerfs comme un arpège
Le printemps secouant sur nous ses encensoirs.

D'autres, les yeux pourtant d'une joyeuse femme,
Ainsi que des chagrins étaient vastes et noirs
Épouvante des nuits et mystère des soirs
Entre ces cils charmants tenait toute son âme

Et son coeur était vain comme un regard joyeux.
D'autres comme la mer si changeante et si douce
Nous égaraient vers l'âme enfouie en ses yeux
Comme en ces soirs marins où l'inconnu nous pousse.

Mer des yeux sur tes eaux claires nous naviguâmes
Le désir gonflait nos voiles si rapiécées
Nous partions oublieux des tempêtes passées
Sur les regards à la découverte des âmes.

Tant de regards divers, les âmes si pareilles
Vieux prisonniers des yeux nous sommes bien déçus
Nous aurions dû rester à dormir sous la treille
Mais vous seriez parti même eussiez-vous tout su

Pour avoir dans le coeur ces yeux pleins de promesses
Comme une mer le soir rêveuse de soleil
Vous avez accompli d'inutiles prouesses
Pour atteindre au pays de rêve qui, vermeil,

Se lamentait d'extase au-delà des eaux vraies
Sous l'arche sainte d'un nuage cru prophète
Mais il est doux d'avoir pour un rêve ces plaies
Et votre souvenir brille comme une fête.

Recueil : Poèmes

Posté à 16h07 le 18 août 17

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Aurorefloreale

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Comme c'est beau à lire et relire !

Posté à 16h24 le 18 août 17

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Ancienmembre

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qu'ils soient d'opale ou d'étoile ou d'eau claire

Posté à 16h38 le 18 août 17

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Aurorefloreale

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Oh oui douce Violette, bises!

Posté à 16h44 le 18 août 17

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Ancienmembre

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ils luisaient d'un éclat précieux et décevant

clartés trop pures ou bijoux trop précieux

Posté à 16h46 le 18 août 17

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bisou aurore

Posté à 16h47 le 18 août 17

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Salus

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Plus dur...

Bien, bien, je devine les foules en liesse se presser au guichet du "topic utopique", où l'on peut gagner, mais oui, jusqu'à cinq cents fois son propre poids en billevesées diverses !
Et sous la poussée quasi tectonique de notre lectorat assoiffé du vin capiteux de l'exactitude poétique, comme affamé par le besoin toujours plus urgent de déceler la moindre variation dans la retranscription de ce patrimoine culturel qui fait la fierté de nos académies et l'angoisse de nos potaches, nous sommes en mesure de vous présenter (page 20 des "Poésies d'hier), deux textes de Philippe Desportes, légèrement salopés par un accent aigu, en surnombre dans le premier, en souffrance dans le second, et qui, dans le premier, va jusqu'à fausser la métrique, et dans le second, la césure !

La ou le découvreur de ces couacs, subtils mais patents, se verra attribuer le grand prix des enculouches de mages, dédicacé par le rect...hum, par le recteur de la Faculté !




Ô mon coeur plein d'ennuis, que trop prompt j'arraché


Ô mon coeur plein d'ennuis, que trop prompt j'arraché
Pour immoler à une, hélas ! qui n'en fait conté !
Ô mes vers douloureux, les courriers de ma honte,
Dont le cruel Amour ne fut jamais touché !

Ô mon teint pâlissant, devant l'âge séché
Par la froide rigueur de celle qui me dompte !
Ô désirs trop ardents d'une jeunesse prompte !
Ô mes yeux dont sans cesse un fleuve est épanché !

Ô pensers trop pensés, qui rebellez mon âme !
Ô débile raison, ô lacs, ô traits, ô flamme,
Qu'Amour tient en ses yeux trop beaux pour mon malheur !

Ô douteux espérer ! ô douleur trop certaine !
Ô soupirs embrasés témoins de ma chaleur !
Viendra jamais le jour qui doit finir ma peine ?


Recueil : Les amours d'Hippolyte

Ecrit par Philippe DESPORTES



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Le tens leger s'enfuit sans m'en apercevoir




Le tens leger s'enfuit sans m'en apercevoir,
Quand celle à qui je suis mes angoisses console :
Il n'est vieil, n'y boiteux, c'est un enfant qui vole,
Au moins quand quelque bien vient mon mal deçevoir.

À peine ai-je loisir seulement de la voir
Et de ravir mon ame en sa douce parole,
Que la nuict à grands pas se haste et me la volle,
M'ostant toute clarte, toute ame et tout pouvoir.

Bien-heureux quatre jours, mais quatre heures soudaines ?
Que n'avez-vous duré pour le bien de mes paines ?
Et pourquoy vostre cours s'est-il tant avancé ?

Plus la joie est extrême et plus elle est fuitive ;
Mais j'en garde pourtant la memoire si vive,
Que mon plaisir perdu n'est pas du tout passé.



Recueil : Cléonice

Ecrit par Philippe DESPORTES

Posté à 19h26 le 18 août 17

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Ancienmembre

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Clarté

Posté à 20h58 le 18 août 17

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