La théorie du rythme selon Henri Meschonnic

Par : Liva Soléa
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RommelPh

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Par contraste avec le quatrain de Jammes que j'ai cité plus haut, voici la première réplique du Don Juan de Molière :

Quoi que puisse dire Aristote et toute la Philosophie, il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre.

En principe, tout le monde entend l'alexandrin de la dernière phrase. Cela vient de ce que les syllabes naturellement accentuées se répartissent en 4 groupes ternaires (3/3/3/3):

et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre
Avec une petite astuce...
Sachant que Molière a commencé à écrire sa pièce en vers puis il l'a terminée en prose. Elle contient donc quelques alexandrins blancs.

Selon moi, le rythme résulte des éléments sonores du langage (accents toniques, coupes etc.) que le poète a placé pour créer des rapports rapports arithmétiques simples que l'oreille perçoit.

alexandrin 6/6 :
Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle? (Racine) Le balancement vient aussi du sens évidemment.

décasyllabes 4/6 :
Maître corbeau, sur un arbre perché (La Fontaine)

décasyllabe 5/5
Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères (Baudelaire)

octosyllabe 4/4 :
Mon beau navire, ô ma mémoire Apollinaire

etc.




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Gf

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...est-ce que j’ose ? ( j’arrive à peine ! )
Le rythme et la 《 musique 》,le souffle aussi -- tout ça me parle tellement... Je n’ai pas vos mots pour l’expliquer; comment je ressens tout ça... mais j’ai un poème qui décrit ( pour moi ) le Poète et la Poésie :

~ les ailes à plat sur l’autel
le cœur fou dans les dentelles
en cendres
mes arrières écorchés
je ne tremble pas
je suffoque
je suis tombé en torche
de trop de ciel ..

’GF
Voilà ce qu’est pour moi La Poésie !
( écrit au masculain, non personnalisé mais c’est bien mon ressenti )


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RommelPh

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Je reviens sur cette théorie du rythme, sujet qui me travaille depuis longtemps. On lit dans Mazaleyrat (Eléments de métrique française – Armand colin) qu’existe en français un accent de groupe qui sert à marquer le rythme du discours.
C’est-à-dire que nous ne parlons pas en prose mais en vers.
Plus précisément, nous essayons d’organiser les sons que nous prononçons en groupes de syllabes liés entre eux par des rapports arithmétiques simples.

Exemple :

Que diable allait-il fair’ dans cett(e) galèr ? (6 – 5) ou (6 – 4)

Si l’on prononce les e de Que et cette, on obtient une quasi-égalité de syllabes entre les deux groupes rythmiques. Si on ne prononce pas le deuxième e de cette, on obtient un décasyllabe aux hémistiches inversés. Le tout bien aidé par la rime intérieure en aire.

On jugera l’exemple facile et exceptionnel, mais je suis allé voir une tirade placée quelques pages avant cette réplique :

Le commencement est clairement rythmé :

Je l'ai trou tantôt tout trist, (4 – 4)
de je n’ sais quoi que vous lui avez dit, décasyllabe (4 – 6)
où vous m'avez mê assez mal à propos ; alexandrin (6 – 6)
et, (La virgule est dans le texte)
cherchant à divertir cett(e) tristess, (6 – 3) ou décasyllabe (6 – 4) si on prononce tous les e de cette.
nous nous somm’s allés prom’ner sur le port. (5 – 5)

Ensuite, il n’est plus vraiment possible de discerner des figures rythmiques :

Là,
entre autres plusieurs chos’s, fragment de 6 syllabes isolé
nous avons arrêté nos yeux sur une galère turque assez bien équipée. Fragment sans rythme

Le rythme revient :
Un jeun’ Turc de bonn’ min (3 – 3)
nous a invités d'y entrer, et nous a présenté la main. (8 – 8)

Cela se dégrade de nouveau :

Nous y avons pas ; fragment de 6 syllabes isolé
il nous a fait mill’ civilités, nous a donné la collation, Fausse égalité (9 – 8)
où nous avons mangé des fruits les plus excellents qui se puissent voir, et bu du vin que nous avons trouvé le meilleur du monde. Fragment sans rythme

Conclusion :
On trouve dans cette tirade des égalités vraies : 4-4, 6-6, 5-5, 3-3, 8-8 et une fausse 9-8 mais aussi des décasyllabes, et, enfin, des fragment isolés ou des enchaînements longs et dépourvus de structure.
Selon moi, nous parlons donc assez souvent en vers, mais non toujours, et le travail du poète consiste à construire un rythme exact et constant.