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La Fable du jour

Par : Tontonjacques

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Sylvain2023

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Que c'est bon de rire!

Posté à 19h51 le 13 déc. 25

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Vuthy

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Le lièvre et la tortue

Le lièvre et la tortue avaient fait le pari
De finir, entre eux deux, premier d’un cross-country
Auquel on attendait une foule nombreuse.
Le départ est donné, déjà l’écart se creuse ;
Quand l’une fait un mètre, eh bien l’autre en fait cent !
Et touchant presque au but le vif rongeur attend.
Pourquoi gagner si vite ? Il revient, batifole,
Il flâne tant avant de glaner l’auréole,
Que la grosse tortue et son pas assidu
Remportent ce pari que tous croyaient perdu.

Posté à 05h58 le 15 déc. 25

Édité à 03h55 le 15 févr. 26 par Vuthy

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Arielle

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La Hase et la tortue

Ils courent !

Moi, plus volontiers je musarde
je prends le temps à pas perdus
car bien plus lièvre que tortue
pour une sieste sous un arbre
j'ai des faiblesses dans le râble

Ils courent !

Moi, ni vue ni connue
n'ai sans doute ni le courage
ni les vertus de la tortue
Je m’adonne au vagabondage
en savourant entre deux bonds
entre deux trains le paysage
et n’en suis pas encor repue

Ils courent !

A folâtrer je persévère
en dilettante convaincue
qu'on passe au cou de la tortue
l'or des médailles
et leur revers
la gloire est la clé de l’enfer
moi, j'ai l'Olympie buissonnière.


Déjà posté ailleurs mais je ne résiste pas au plaisir de me glisser dans le sillage de Vuthy pour partager sa course sans revandiquer l'auréole
emot24

Posté à 11h11 le 15 déc. 25

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Tontonjacques

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L’Hippopotame et le Lapereau


Sous les palétuviers, un vieil Hippopotame
Écoutait sur la bande FM, avec délices
Car il était un peu rebelle,
« Quand j’pesais cent vingt kilogrammes »
(Texte de Mallet-Joris,
Chanté par Marie-Paul’ Belle).
Un Lapereau chétif et témoin de la scène
Se scandalisait fort de cette image obscène ;
Et s’adressant, indigné, à l’Hippo
Répandu sur les bords du fleuve Limpopo,
Lui dit : Cent vingt kilos ? Là, mon gros, tu m’étonnes :
Car tu ferais plutôt trois tonnes.
C’est pas demain que tu vas dégotter ta nixe,
Tu n’es qu’un patapouf, on dirait Obélix.
Le massif animal répondit, fort placide :
T’ai-je donc demandé, ô bestiole stupide,
Si ta grand-mèr’ fait du vélo ?
Quant à moi, je préfère
Bâfrer des moules marinières
Plutôt que des nouilles à l’eau.
Tu as mauvaise mine, et tu m’as l’air malade :
Laisse donc tomber la salade
Et le steak de tofu ; tes copains les végans
Sont certes bien sympas, mais un peu fatigants.

Moralité :
Bertolt Brecht l’exposa, en un mot magistral :
« Erst das Fressen, dann kommt die Moral. »
Prête l’oreille, et que ça te profite :
D’abord la bouffe, et la morale ensuite.

Posté à 14h09 le 15 déc. 25

Édité à 17h34 le 15 déc. 25 par Tontonjacques

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Tontonjacques

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Le Merle

Un Merle en mon jardin ce matin furetait,
Petit sylphe insolite et frileux farfadet,
Sous l’arc bouleversé d’une rose trémière.
Je ne remuais pas une paupière ;
Son costume était vif et noir comme la nuit.
Peut-être songeait-il à ses merlots enfuis ?
Il semblait familier, pourtant, et peu sauvage ;
Parfois, de son bec d’or, il lissait son plumage
Puis arpentait, inquiet, le potager défunt.
Peut-être avait-il peur, sans doute avait-il faim ;
Et je le regardais, fumant ma cigarette,
Inscrire prudemment sa présence discrète
Et sautillante, dans l’espérance d’un ver
Sur le gazon malmené par l’hiver.


Moralité :

Les temps sont durs et froids, vieux Père Merle,
Sans les câlins joyeux de Mère Perle.

Posté à 11h49 le 16 déc. 25

Édité à 13h55 le 16 déc. 25 par Tontonjacques

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Tontonjacques

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La Merlette

Plus tard, en musardant, j’aperçus la Merlette
Qui voletait, pitoyable et seulette ;
On la reconnaissait à son plumage brun
Et à son bec chagrin.
M’approchant, je la vis qui pillait la mangeoire
Tout comme un sans-logis bâfre aux Restos du Cœur.
Elle arborait un petit air moqueur,
Le sort de son mari lui semblant accessoire
Car elle avait tiré un trait sur le passé :
Pas de doute possible, ils avaient divorcé.

Moralité :

Ah ! que l’Amour est une douce chose !
Mais sa fin est amère ;
Il dure moins que ne durent les roses
Ou que fuit la Chimère.

Posté à 15h53 le 16 déc. 25

Édité à 15h54 le 16 déc. 25 par Tontonjacques

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Arielle

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Mésange, mon ange

Goutte d’arc en ciel sur fond de bourrasque
entre vitre et pluie elle tambourine
ardemment son pain de Végétaline

masquée d’un loup noir sous son béret bleu
des sombres desseins d’un hiver grincheux
rien ne lui échappe

Le jais de son œil
flèche les nuées de mauvais augure
repousse frondeur l’avenir en deuil
avec la gaîté de l’instant comblé

Il en faut si peu
pour qu'elle festoie
que ça m'est un jeu
de la mettre en joie

Du petit bonheur de cette mutine
j'ai nourri mon cœur en noyant mon spleen

Posté à 17h08 le 16 déc. 25

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Vuthy

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Le loup mal-aimé

« Ah ! se disait le loup, que ma race est cruelle !
J’aimerais pour qu’aucun ne la découvre telle
Ne jamais plus tuer, me suffire d’un rien,
Renoncer à la chair pour le végétarien.
Il le fit quelque temps, mais un jour ce reproche
Fut troublé quand il vit les bergers mettre en broche
Un mouton et deux porcs. Le loup se dit alors :
« Pour eux tout est permis, car ils sont les plus forts. »
Cette fable nous dit que la vie est plus dure
Pour tous ceux désirant renier leur nature.

ou
Quand intellectuelle est votre honnêteté,
Il reste à réfléchir sur son utilité.


Posté à 05h07 le 17 déc. 25

Édité à 05h10 le 17 déc. 25 par Vuthy

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Tontonjacques

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Fable de Noël

J’allais ce matin porter quelques graines
Aux oiseaux transis qu’assaillait l’hiver ;
Cadeau peu coûteux, modestes étrennes
D’où procéderaient d’ailleurs quelques vers.
Mais voici que soudain, fléchissant des rotules,
Tout pâle et tout tremblant, hésitant, incrédule
Devant le râtelier,
Que vis-je, horrifié ?
Ô sort impitoyable, ô mortelle amertume !
Un peu de sang et quelques plumes.
Assis, tranquille, dans son coin
Et arborant un air chafouin,
Comme un vivant tableau de la ruse féline,
Le Chat me regardait, se léchant les babines.
Il semblait dire « ça, c’est fait »
Et paraissait fort satisfait.
Eh quoi, dit l’animal, faut-il une épitaphe ?
N’est-ce pas ce qu’ici vous appelez « mangeoire » ?
Sans remettre à plus tard, d’un seul coup de mâchoire,
J’ai bouffé le piaf.

Moralité

La fin n’est pas toujours celle
Que l’on avait prévue.
La charité n’est pas universelle :
Tout dépend parfois de l’angle de vue.


Posté à 11h00 le 25 déc. 25

Édité à 11h08 le 25 déc. 25 par Tontonjacques

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Tontonjacques

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Le Corbeau, le Ragondin, la Fourmi et le Puma
(Fable déjantée)

Eh bien ! Me voilà beau. Que vais-je pouvoir faire
De tous ces animaux, de tous ces mammifères ?
On m’objecte déjà, certes, que le Corbeau
Pas plus que la Fourmi, ne font partie du lot.
Restent le Ragondin et le Puma. Voyons.
L’un serait un rongeur, grand amateur d’eau douce
Et l’autre un carnassier, tout comme le Lion.
Ne m’interrompez pas. Hé mais ! il m’éclabousse !
Ce bestiau baptisé Myocastor coypus
Par quelque savant fou. Mais voilà le Puma :
Hop ! il le bouffe, et voilà l’animal
Bien au chaud dans son estomac.
Ça, c’est réglé, et ce n’est pas un mal.
Le Corbeau à présent. Gaffe ! celui-là vole.
Bah ! Un coup de pétoire, et hop, il dégringole,
Il ne volera plus. Et quant à la Fourmi,
Elle se débina quand le Puma dormit.
D’ailleurs, laissons-le roupiller
Sous les araucarias ou sous les groseilliers,
C’est juste du bon sens, et non de l’irrespect :
Pendant qu’il pioncera, il nous foutra la paix.

Moralité

Si vous voulez, Ami, concevoir une Fable,
Mollo sur les protagonistes !
Des acteurs trop divers, nombreux, voire improbables
Rendront la chose irréaliste.

Posté à 17h21 le 04 janv. 26

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Vuthy

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La métamorphose des cloportes
Bestioles quatorze fois exécrables

Un cloporte vivant sous un plant de tomates,
Au milieu des vers,
Désirait se servir de ses quatorze pattes
Pour trousser des vers.
Tout ignoble que soit l’image qu’on nous prête
Elle peut abriter
Un cœur pur et sensible ou l’âme d’un poète
Prêts à nous enchanter.
Mais sa veine lyrique étant encor confuse,
Il restait au rimeur à découvrir sa muse.
Or, dans le potager, sous un épais paillis,
Une jeune isopode
Lui fit penser au doux et tendre gazouillis
Que pousse le rhapsode.
Alors, pour la bénir, il mit dans son carnet
Toujours vierge de notes,
Par quatorze menottes,
Sa flamme, son désir, sous forme de sonnet.
Ce fut soudain le choc dans le cœur de la belle
Qui comprit en tremblant ces vers tout remplis d’elle :
« Ah ! Je me sens faillir !
Sachez que nul cloporte
Ne parle de la sorte
Et ne fait tant frémir ! »
Ainsi, promis tous deux à ramper dans la prose,
Les crustacés, dans leurs amours,
Subirent par la rime une métamorphose
Faisant fleurir deux troubadours.


Posté à 00h28 le 05 janv. 26

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Vuthy

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La licorne rose invisible

Rivale du pastafarisme, ou Doit-on croire aux fables ?

Pour ceux qui découvrent


D’un Olympe ignoré, régnait sur tout vivant
Ainsi que toute chose,
Comme un dieu vénéré par un culte fervent
Une licorne rose :
Équidé fabuleux
À la corne d’ivoire,
Déesse pour tous ceux
Qui voulaient bien y croire.
Or, parmi le clergé de ses adorateurs,
S’intègre un jour, iconoclaste,
Un perfide sophiste aux arguments trompeurs,
Et leur influence néfaste :
« Notre divinité nous charme de son teint,
Mais cela peut dépendre,
Car je n’ai jamais lu dans notre Livre Saint,
S’il était pâle ou tendre. »
Aussitôt on objecte, on jase, on contredit,
On cherche un esprit de sagesse,
Un docte à qui pouvoir accorder du crédit
Sur la roseur de la déesse.
Le ton monte et le ton se perd dans le débat
Quand le sophiste,
Récidiviste,
Demande innocemment dans le feu du combat :
« Mais comment le savoir, puisqu’un verset de Bible
Nous dit qu’elle est pour tous à jamais invisible ? »

Posté à 03h59 le 15 févr. 26

Édité à 04h03 le 15 févr. 26 par Vuthy

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