C'est quoi pour vous la "Poésie Poétique" ?

Par : Stenanais
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Vuthy

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En cherchant bien, j'ai trouvé que la poésie poétique pouvait simplement être une oeuvre poématique.
J'espère avoir fait avancer le schmilblick !
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Stenanais

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Bonjour Vuthy, vous m'avez fait découvert un mot que je ne connaissais pas : "poématique" 😊 que j'avais d'abord lu "problématique" 😣 !!!
Mais en cherchant sa définition j'ai trouvé un article qui essaye de définir la poétique ici:
https://www.fabula.org/lht/10/jouve.html

Mais j'avoue que je ne l'ai pas lu en entier...

C@t
alain l.
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Pierre Lamy

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Merci Vuthy de m'avoir fait découvrir ce mot
On appelle didactique un poème dans lequel il est évident que l'idée existait avant la forme que le poète lui a donnée. Il a fait miracle, pourtant, logeant l'idée dans l'étroite mesure, et la bornant par la rime à point nommé. Mais le vrai poète est celui qui trouve l'idée en forgeant le vers. Alain,Propos, 1921

Je faisais de la poèmatique sans le savoir 😀
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Stenanais

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Exactement Pierre

"Mais le vrai poète est celui qui trouve l'idée en forgeant le vers."

Il me semble que Célestin Freinet a défini cela comme le "tâtonnement expérimental" 😀

Perso c'est la méthode que j'applique depuis bien des années pour mener à bien mes projets et tant pis si ça donne une impression d'organisation un peu "foutraque" 😐...

C@t
alain l.

😂 PUB: Et c'est bien sûr le cas aussi pour "Lecturbulences à Nans... "
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Tontonjacques

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Il n'était pas bête, cet Alain, même si on pourrait tout aussi bien dire le contraire.

Ce qui me frappe, dans tous les discours sur la "poéticité", c'est que, quasiment jamais, on ne prend en compte la "rimaillerie". On parle toujours du (grand) Poète, et de ses Lecteurs, jamais des petits bricolos qui constituent pourtant la grande masse des "poètes". A mon avis, la dichotomie n'est pas aussi tranchée, il existe toute une gamme intermédiaire.

La première chose à faire, me semble-t-il, serait de repérer, dans la masse des textes, les défauts ultra-classiques et répétitifs, et de tâcher d'y remédier (si c'est possible). Après cette première épuration, on pourrait commencer à discuter de la poésie.

En tout cas, ne jamais laisser un poète définir la poésie, il n'est pas qualifié pour cela. Il vous produira juste du baratin (pseudo-)"poétique".

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Pierre Lamy

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Alain prend le contrepied de ce qui apparait comme une évidence chez la plupart des rimeurs. Ils partent d'une idée, souvent une émotion et s'efforcent de la loger dans le moule d'une forme poétique.

Il en est cependant qui partent d'un ou plusieurs vers qui leur chantent dans la tête et en usant de la métrique et de la rime ils essaient de forger un poème au quart de poil.
Le thème apparait au fur et à mesure.
😀
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Stenanais

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Bonjour Tontonjacques: "On parle toujours du (grand) Poète, et de ses Lecteurs, jamais des petits bricolos qui constituent pourtant la grande masse des "poètes"...😉 ... Perso je préfère le terme de "poète spontané" comme les qualifie François Migeot:

"L’insatisfaction est un moteur nécessaire à l’élévation et à l’apprentissage. Cela s’apprend aussi :

[...]
Le même vide, que tu imagines infranchissable entre poètes « officiels » (— rassure-toi s’ils le deviennent c’est qu’ils sont morts et embaumés —) et poètes « spontanés », est à franchir chaque fois qu’on cherche à faire un poème.
Des idées, des images viennent d’abord, spontanément. C’est la matière première. Après il y a le travail d’élagage et de mise en résonance qui voudrait que l’émotion porte au-delà d‘elle même et de son ressenti privé. Il faut élaborer pour que le cri soit entendu, sinon il n’est qu’un cri qui dure ce que durent les cris ou les éternuements. Tout poète est un éternel amateur qui doit traverser l’émotion spontanée qui, pour luire de nouveau dans le poème, doit chercher la forme juste (qui n’est jamais donnée — pas de recettes!—) qui se cache et s’esquive comme les truites du Lison. L’idée, ton idée, de réunir des poètes, plus ou moins confirmés, par leur parcours est très bonne et généreuse. Elle peut faire le pari que c’est en se frottant les uns aux autres que la conscience aigüe de la justesse se développe. Flatter un premier jet et le narcissisme naïf qui peut l’accompagner n’est pas un service à rendre et c’est mépriser son auteur en l’assignant à une place qu’il ne saurait dépasser. L’insatisfaction est un moteur nécessaire à l’élévation et à l’apprentissage. Cela s’apprend aussi. Le spontané et l’anecdotique non dégrossi ne suffisent pas. Tout commence là. La passerelle peut donc fonctionner à condition qu’elle soit traversée. Il n’y a pas lieu de se décourager."


[...]

SOURCE: Poètes à l'Unisson... Épilogue



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Tontonjacques

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Non, je pense qu'il n'y a pas lieu de se décourager a priori, après tout, il n'y a pas de mal à se faire du bien... Apprendre, c'est toujours intéressant, et on n'en finit jamais, mais certains se refusent tout simplement à apprendre quoi que ce soit. Et généralement, ce sont ceux-là qui ornent le plus d'enluminures le P majuscule qu'ils mettent à Poète (quand il s'agit d'eux, en tout cas). Je pense que plus on en apprend, plus on devient humble, et plus on a tendance à remplacer le mot Poète, avec un grand P, par "amateur de poésie" par exemple. Avec un petit a.
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Tontonjacques

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@Pierre Lamy C'est mon opinion aussi, toutefois je ne pense pas qu'elle s'applique systématiquement à tous. Certains (disons Hugo, par exemple) partent effectivement d'une idée et arrivent à faire quelque chose qui tienne la route au final. Chacun son truc, en somme. En plus, on n'est pas obligé de faire soi-même toujours de la même façon.

Je pense que l'une des (nombreuses) choses qu'il faut éviter, c'est de vouloir à toute force parler de soi, de son expérience propre : là, ça devient documentaire, et non plus poétique. Si on le fait, il vaut mieux le faire en termes suffisamment généraux, imagés, elliptiques ou à double sens, etc, pour que tout le monde puisse se l'approprier. Les problèmes du voisin, en général, nous intéressent peu.
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Pierre Lamy

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Une nuit je me suis réveillé avec cet octosyllabe en tête :
Un éléphant insectivore

Je l'ai noté aussi sec et me suis ré-endormi.
Au point du jour je lui ai trouvé une rime :
vêtu d'un slip multicolore

Je l'ai noté sur mon ordi et j'ai cherché une rime masculine qui contraste avec ore.
J'ai choisi ub, comme club et noté un troisième vers :
Pintait au bar d'un whisky club


J'ai fini par gribouiller ceci :
https://www.lespoetes.net/poeme.php?id=23903&cat=pl

J'ai conscience d'être aux antipodes de la "Poésie poétique"
mais vu que ça respecte les règles c'est bel et bien de la "poésie poèmique"
😂

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Tontonjacques

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Non, ça se tient, et les deux premiers vers sont excellents en tout cas (le contraste phonique entre les rimes, aussi). Queneau ou Desnos, entre autres, ont dû faire des trucs dans le genre. L'essentiel, c'est justement de bien comprendre dans quel genre on officie, et de s'y tenir (rester cohérent, fût-ce dans l'absurde - en tout cas pour un texte donné).

(Sinon, il y a les dictionnaires de rimes, on gagne du temps. Mais c'est une excellente idée de noter immédiatement ce qui passe par la tête, ça évite que ça se perde - je me demande si ça existe encore, des "dictaphones" ? ou équivalent ?)
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Vuthy

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Stenanais,

En allant au bout du lien : fabula on peut lire en conclusion :

"Finalement, le problème de la poétique, ce n’est pas la poétique. Un instrument n’est qu’un instrument. La vraie question est de savoir ce qu’on veut faire avec les textes littéraires. Mais c’est là, sans doute, un autre débat."

Voilà une leçon, propre aux universitaires, expliquant comment fermer et ouvrir les portes aux discussions sans fin.
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Tontonjacques

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Il y a une vérité profonde que j'ai découverte il y a quelques temps : le sentiment poétique n'est pas le même pour tout le monde, n'importe où et à n'importe quelle époque.

Regardez, un exemple : Rupi Kaur a 4,2 millions de "followers" sur Instagram. Oui oui, j'ai bien dit, plus de quatre millions. Ça laisse rêveur, non ?
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Kerdrel

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Extrait de lait et miel

« tu me dis de me taire parce que

mes opinions me rendent moins belle

mais je n’ai pas été faite

avec un feu au creux du ventre

pour être éteinte

je n’ai pas été faite

avec une légèreté sur la langue

pour être facile à avaler

j’ai été faite lourde

moitié lame moitié soie

difficile à oublier

et pas facile à comprendre »

Rupi Kaur (poétesse indienne du Penjab)
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Tontonjacques

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De ce que j'ai pu voir d'elle, je retiens surtout que c'est une sorte d'influenceuse à la mode, qui prend des poses et fait des mines, ce qui sûrement lui assure une bonne part de sa clientèle. (J'ai vu une fois une vidéo d'elle déclamant, c'était à hurler de rire). Elle est bien entendu centrée quasi exclusivement sur son nombril, qu'elle a sûrement charmant.

Piochons au hasard, voici "quelques poèmes de Rupi Kaur" (traduits en français), parmi ceux qui ont "le plus plu" au bloggeur:

"je me languis
de toi
mais tu te languis
d’une autre
je refuse celui
qui me désire
parce que j’en désire un autre

– la condition humaine"

ou encore :

"tu dois te sembler bien dépourvu de valeur
si tu trouves que je vaux moins
après que tu m’as touchée
comme si tes mains sur mon corps
te magnifiaient
et me réduisaient à rien

– la valeur n’est pas transférable"

Abrégeons. C'est sûrement génial, et bien dans l'esprit du temps. Moi, ça me fait bâiller, et parfois rigoler.