Japonaiserie

Par : Jim
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Mimmo

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Tu cites des haïkus "libres", ne respectant pas le 5/7/5
J'osais pas en parler mais je les aime beaucoup, ils sont en général plus courts encore, et pourtant parfois plus faciles pour saisir et transmettre "l'instant"..
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Tontonjacques

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Oui, respecter la forme n'est plus très à la mode... Je pense qu'il y a une part de paresse là-dedans, toutefois je préfère un bon haïku ne respectant pas le 5 / 7 / 5 à un mauvais haïku bien formé. Évidemment, l'idéal pour moi, c'est l'esprit + la forme...
Pour les traductions, c'est un peu normal que ça ne fasse pas 5 / 7 / 5 (même si c'est le cas dans l'original). Là encore, une part de paresse sans doute.
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Pierre Lamy

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Qu'est-ce qu'un mauvais haïku bien formé ???
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Tontonjacques

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Ben c'est simple, c'est quand il n'y a rien à redire à la forme, mais que le poème ne constitue pas un haïku (dans l'esprit), ou comporte un ou plusieurs des nombreux défauts que l'on peut trouver aussi dans d'autres formes poétiques. Par exemple, un haïku peut être cucul, un sonnet aussi peut être cucul ; un haïku peut être bourré de fautes d'orthographe, de syntaxe, et autres approximations ; un rondeau aussi. Etc.

(En me relisant, je viens d'inventer une nouvelle forme poétique : le haïcucul).
😉



Ce message a été édité - le 10-05-2025 à 14:01 par Tontonjacques
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Pierre Lamy

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Pour les défauts propres à tout texte (fautes d'orthographe ou de syntaxe, etc) Ok
Mais qu'est-ce qu'un haïku "dans l'esprit" ?
Si la contrainte de forme éveille la créativité, autant la contrainte d'esprit serait plutôt paralysante.

Le sonnet, qui joue dans une toute autre catégorie que le haïku, peut être sentimental, descriptif, philosophique, burlesque, etc...

Pourquoi cette ouverture d'esprit serait-elle interdite à un simple tercet en mètres impairs ?




Ce message a été édité - le 10-05-2025 à 14:24 par PierreLamy
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Tontonjacques

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Mais justement, ce n'est pas "un simple tercet en mètres impairs", et ceux qui aujourd'hui écrivent des haïkus en s'affranchissant de la forme, qu'on apprécie ou non, nous le font bien comprendre.

C'est vrai qu'on ne peut pas le comparer au sonnet, car ici l'esprit est fondamental, alors qu'il est très ouvert dans le sonnet. Je me suis longuement étendu sur la question dans "Le haïku actuel en français" (https://lespoetes.net/forumvoirtopic.php?t=24239), mais d'autres l'ont sûrement fait mieux que moi. En tout cas, attribuer l'étiquette "haïku" a n'importe quel poème respectant simplement la forme n'a pas de sens, à mon avis.
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Machajol

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Une feuille vole
à l'automne mordoré
âme solitaire
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Pierre Lamy

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À Nagasaki
un voyou d'Okinawa
se saoule au saké


Au mois de décembre
un skieur en parapente
au Fujiyama



Sur sa bicyclette
un escargot de trois ans
siffle un air de jazz

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Tontonjacques

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Pas mal, celui-là. Le thème de la feuille d'automne (emportée par le vent...) est sans doute très classique, mais on peut essayer de le renouveler. Ici, c'est le mot "âme" qui apporte un peu de surprise.

Par curiosité, j'ai recherché ce que j'ai pu écrire sur le thème des feuilles d'automne, mais je n'ai rien trouvé de génial. J'ai parfois essayé de jouer sur les sonorités :

La foule des feuilles
dans l'air affligé s'affole
faut-il fuir encore


(un peu trop "occidental" à mon goût, au moins concernant la 3ème ligne)

Aurore de glace
le pommier découragé
renonce à ses feuilles

(je ne sais pas pourquoi, mais le pommier semble toujours en retard sur les autres arbres, qu'il s'agisse de perdre ses feuilles ou de les retrouver)

La feuille indécise
glisse entre les nénufars
et s'immobilise


(oui, "nénufar" écrit avec un f ; ici, on a une rime, pas forcément voulue au départ, mais qui s'est trouvée là : qu'elle y reste).

La couleur des feuilles
que le sol digère, est-elle
encore couleur ?


(peut-être plus ambitieux, et sans doute moins "poétique" ?)

Quelques autres encore... On doit pouvoir trouver mieux. Ça ne vaut pas le haïku de Yaha, dans la version de Munier :

Quand le jardin
fut balayé de frais
tombèrent des fleurs de camélia


@Pierre Lamy : le troisième ("Sur sa bicyclette") me paraît intéressant, surtout le mot "escargot" ; mais il est inutile, à moins d'habiter au Japon, de vouloir à tout prix inclure des noms ou des mots japonais : le quotidien "d'cheux nous" !)




Ce message a été édité - le 10-05-2025 à 16:56 par Tontonjacques
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Pierre Lamy

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Avec son allitération en f qui simule le vent, le premier est super

Le dernier (de Munier) relève du foutage de gueule.





Ce message a été édité - le 10-05-2025 à 17:54 par PierreLamy
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Tontonjacques

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Munier n'a pas cherché à mettre en forme, toutefois ici :
- ce n'est pas "le vent" qui a balayé le jardin, plutôt un être humain
- ce ne sont pas n'importe quelles fleurs, mais les fleurs "de camélia", c'est plus précis... Les fleurs de camélia sont assez lourdes, ce ne sont pas des myosotis.

L'idée est que les fleurs sont tombées après que le jardin eut été balayé, comme si elles s'étaient retenues, c'est à la fois un peu ironique et poétique (on les entend presque tomber, dans le silence revenu).

(Evidemment, Wikipédia se singularise en écrivant "Camellia" (alors que tout le monde écrit Camélia), histoire de montrer qu'ils sont plus cultivés).
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Pierre Lamy

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La forme 5/7/5 étant facultative on
peut en envisager d'autres tout en faisant référence au temps qu'il fait

La forme ultime est bien sur1/1/1

Il
Fait
Beau


ou

Crotte
Il
pleut

Mais on peut, sans honte, risquer le 1/2/1

Il
Fera
Beau


ou (soyons fous) le 2/1/2

Demain
Il
Pleuvra





Ce message a été édité - le 10-05-2025 à 18:45 par PierreLamy
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Tontonjacques

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J’ai trouvé, après m’être donné un mal de chien, le haïku originel de Yaha (qui s’appelait aussi, entre autres, Shida Yaba… bref). Ce serait quelque chose dans le genre de :

はき掃除/ してから椿 / 散にけり

Haki sōji / shite kara tsubaki / chi nikeri


(et sauf erreur, la dernière séquence ne fait que 4 syllabes apparemment).

Nous voilà bien avancés. Mais poursuivant plus avant mes investigations, j’ai cru comprendre qu’en gros ça voulait dire :
« Après avoir balayé, alors les camélias se sont éparpillés »

ce qu’un site japonais glose en « Après avoir nettoyé le jardin, les camélias ont commencé à se disperser [s'éparpiller]. Alors que je me détendais après avoir nettoyé le jardin, une seule fleur de camélia est tombée. Une perte de temps et d'efforts. »

Mais donc il n’y aurait pas le mot « jardin » dans l’original, ni de « je » d’ailleurs, ni l’expression « balayé de frais » (et je ne sais pas où ils ont trouvé « une seule fleur »). On peut supposer qu’il s’agit bien d’un jardin (japonais, donc probablement les allées ou les parties minérales, parce qu’on ne voit pas bien qui s’amuserait à balayer l’herbe), puisqu’il y a des fleurs de camélias qui tombent. En tout cas le sens général reste, c’est bien ce que j’avais pressenti. Mais « une perte de temps et d’efforts » me semble, quoique juste, un peu limité quand même dans l’interprétation.

(J’ai un de ces mals de tête, moi…)
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Pierre Lamy

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Quand le jour se lève
on entend chanter le coq
le hibou se tait


Prenant à la lettre
en mai fait ce qu’il te plait
Bill gifla un flic


Foin de la métrique
Alfred pond des haïkus
n’importe comment


Mais c’est déjà l’heure
il me faut prendre le bus
pour aller au taf


Foin des scrogneugneu
il faut que le haïku
se démocratise


C’est un éléphant
vraiment nul en orthographe
il signe éléfant




Le haïku ne serait pas la première forme fixe à être détournée de son esprit. Le rondeau qui était à l'origine conçu pour chanter et danser en rond (d'où son appellation)a fini par devenir un outil de conversation en alexandrins.
😊



Techniquement je suis d'accord à 100 % avec Tontonjacques :
Le haïku doit pouvoir se lire comme un phrase en faisant les liaisons. Quand un vers se termine sur un e muet, le suivant doit commencer par une voyelle. On doit veiller à ce que les sonorités ne gênent pas l'oreille.




Ce message a été édité - le 11-05-2025 à 11:08 par PierreLamy
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Lau

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Deux jambes au ciel

un escarpin finit l’une

un seul oeil jouit

(Haïku, Lau ; 2001, Lau dit : c'est de l'espace !)