Haïkus

Par : Machajol
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Machajol

Posts: 6284

Membre

Dans le cosmos noir
légèreté de l'écharpe
étoiles filantes

Une année de plus
l'enfant rit gateau bougie
comme un saut de puce


Dans le vent rosé
bruissent fleurs de cerisiers
gracieux confettis

Pruniers enlacés
léger mon pas dans le parc
brumes parfumées






Ce message a été édité - le 24-03-2025 à 19:30 par Machajol
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

Le 3ème me plaît assez, malgré l'aspect un peu trop "rimé", que j'aurais essayé de casser (par exemple : "gracieux confettis" à la 3ème ligne, ou qqch dans le genre ? L'expression "vent rosé" en tout cas me semble très bien venue.
Avatar

Arielle

Posts: 1079

Membre

Pelouse tondue
viens courons au débotté
pieds nus sous l'averse


(du vécu tout frais)




Ce message a été édité - le 25-03-2025 à 09:39 par Arielle
Avatar

Machajol

Posts: 6284

Membre



Haïku

Anthologie du poème court japonais
Corinne Atlan et Zeno Bianu
Gallimard
Avatar

Jim

Posts: 5233

Membre

Dans la casserole
l'eau pure part en fumée
l'enfant crie J'ai faim

*****

La vague déferle
le crabe quitte l'écume
le sable impassible

😊



Ce message a été édité - le 25-03-2025 à 01:44 par Jim
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

@Machajol

Oui, je l’ai aussi (mais je préfère « Haiku » de Munier).

Couvert de papillons
l’arbre mort
est en fleurs !
(Issa)


(Je ne sais pas ce que valent les traductions, mais je suis un peu inquiet quand je lis :

Vieil étang
au plongeon d’une grenouille
l’eau se brise
(Bashô)


Je ne sais pas où ils ont vu que l’eau se brisait, pour moi, « mizu no oto » signifie « bruit de l’eau », point.)


@Jim
Le premier n’évoque pas grand-chose pour moi (surtout l’eau qui part en « fumée » ?), le second davantage, et j’aime bien l’allitération dans « sable impassible ») (1). Me gêne un peu la répétition de la syllabe « le » : « déferle / le ». J’avais écrit quelque chose un peu dans le même genre :

Plage humide à l’aube
s’éveiller, courbaturé ‒
pincé par un crabe !


Suite à l’indifférence révoltante dont témoigna mon frangin à la lecture de mes derniers essais, j’en suis arrivé par ailleurs à la conclusion suivante :

« rigolo, ton truc »
après tant et tant d’efforts
maigre récompense



(1) Erich Fried a écrit, dans son poème intitulé "Meer" (Mer) :

(...) Wenn man den Sand sägen hört
und das Schlurfen der kleinen Steine (...)


que j'ai traduit par :

(...) Lorsqu'on entend le bruit de scie du sable
et le frottement des graviers (...)



P.S. J'allais oublier Arielle : oui, j'aime bien, et ça me semble proche de l'esprit du haïku. A propos, j'embauche pour tondre ma pelouse.



Ce message a été édité - le 25-03-2025 à 15:44 par Tontonjacques



Ce message a été édité - le 25-03-2025 à 15:44 par Tontonjacques
Avatar

Assonance

Posts: 810

Membre

Printemps de lumière —
absorbé par un rayon
l'oiseau disparaît


俳句


En nues le ciel bleu
se métamorphose au soir —
un papillon flâne


俳句


L'écureuil aux branches
en acrobaties agiles
aussi fait son sport


俳句


L'amour en ce coeur
vient éclore tous les ans
comme une fleur bleue


俳句


Le soleil se meut
jusqu'à la fenêtre close
il cherche l'entrée


俳句


Temps de la bonté —
le bon goût bon chic bon genre
à bon escient

Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

Le 1er ("Printemps...") et le 5ème ("Le soleil...) me paraissent pas mal.

Dans le 3ème ("L'écureuil..."), je pense que l'idée n'est pas mal du tout, mais j'essaierais de le formuler autrement.

Mais le 4ème et le 6ème me semblent hors sujet, ou hors genre en tout cas.

En tout cas, personnellement j'aime bien quand c'est formulé simplement, naturellement, tout en comportant ce petit "quelque chose" qui fait qu"on s'y arrête...
Avatar

Machajol

Posts: 6284

Membre

D'un corps alangui
premiers rayons du soleil
la lumière d'or
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

Ce qu’il y a d’intéressant, dans le bouquin d’Atlan et Bianu, c’est qu’ils ne se contentent pas de citer des haïkus classiques, ils en publient aussi des contemporains, ou quasiment (mais tous japonais). On peut ainsi se faire une idée, au moins partielle, de l’évolution du genre.

Sur le premier journal de l’année
gueule ouverte
un canon me vise
(Kuribayashi Issekiro, 1894-1961)


Adapté en français sous la forme 5 / 7 / 5, ça pourrait donner quelque chose de pas mal du tout, mais déjà là, c’est frappant.

Matin du premier jour
dans le poêle
quelques braises de l’an passé
(Hino Sôjô, 1901-1956)


Voilà, c’est tout simple, mais ce n’est pas plat, ni précieux, c’est évocateur, et juste. Je ne sais pas comment ça se dit en japonais, mais ça me paraît constituer un haïku parfait. (A noter que pour les Japonais, la période du Nouvel An constitue en quelque sorte une « cinquième saison », distincte des autres).

J’avais un jour tenté deux haïkus à la jonction de deux années :

Peintre fatigué
le dernier soleil de l’an
colore le mur

Premier jour de l’an
un petit bout de soleil
mortelle fatigue


(Excès de boissons fermentées, peut-être ? Me souviens plus). Le premier contient une métaphore, ou une personnalisation, ce qui n’est sans doute pas très classique, mais ça reste modéré à mon avis).
Avatar

Assonance

Posts: 810

Membre

平和


Marche solitaire
accompagné d'une étoile
en sollicitude


平和


S'écoutent les chants
des premiers oiseaux de l'aube —
le ciel parolier


平和


Dans le blanc des cieux
regard va et se rappelle
l'étoilé jasmin


平和


Le soleil lumine
se confondant en ce soir
aux belles de nuit

(La belle de nuit est une fleur très délicate et esthétique qui s’ouvre en fin d’après-midi et qui fane le lendemain.)


平和


Montée de la sève
le magnolia éclos
de printemps se gorge


平和


Douceur de printemps
même le vent tient au calme
de la saison belle


平和


Aux arbres murissent
les premiers feuillages verts —
neuves silhouettes


平和


Ecrin de la nuit
le ciel endiamanté
rivière de rêves


平和




Ce message a été édité - le 26-03-2025 à 17:27 par Assonance
Avatar

Assonance

Posts: 810

Membre

Tontonjacques,

J'avais beaucoup aimé ce haïku de votre cru traitant du nouvel an:

"31 décembre
qui donc se souvient des vœux
de l’année passée ?"


Bel écho aux résolutions que chacun tente de prendre, profond et paradoxalement, tout en légèreté.

C'est ce que j'aime dans les haïkus, des traits d'esprit laissant une trace parmi l'éphémérité des images.

Ce haïku y parvient et est très réussi, je trouve.
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

Merci ! On peut se demander parfois ce qu’il est intéressant de lire aujourd’hui à propos du haïku : il y en a des tonnes, et c’est bien difficile de faire le tri. Outre Munier, Coyaud, Etiemble, etc., il y aurait par exemple Philippe Costa, « Petit manuel pour écrire des haïkus », pas inintéressant mais quand même très orienté vers les procédés de rhétorique (valables aussi pour d’autres genres) à mon avis – et surtout, les haïkus signés du nom de Costa ne m’emballent pas vraiment. Il cite abondamment, aussi bien des haïkus japonais classiques que des œuvres occidentales récentes (dont les siennes).

Il y aurait sans doute Pascale Senk, grande connaisseuses des termes techniques japonais, mais qui juge malheureusement indispensable d’assortir les haïkus cités (qu’il s’agisse des siens propres ou de ceux d’autres auteurs) de commentaires sentencieux « à deux balles » (à mon avis) très orientés « psychologie (féminine) » ou équivalent. Pourtant elle ne se débrouille pas mal.

Le meilleur que j’aie trouvé à ce jour est sans doute Dominique Chipot, un vrai connaisseur, qui sait rester simple tout en expliquant bien. Son ouvrage, « Le haïku en 17 clés » me semble précieux, et je lui dois beaucoup, même si je l’ai découvert longtemps après le genre lui-même.

Le Breton Kervern est sans doute un autre spécialiste du genre, mais je n’aime pas le style de ce qu’il produit (de ce que j’ai pu en lire). Il est vrai que la sensibilité personnelle joue un rôle non négligeable, mais quand même… quel que soit le genre, on ne peut pas faire tout à fait n’importe quoi, à moins de changer l’étiquette (c’est pareil pour le fromage). Quant aux haïkus de Kerouac, qui lui n’était pas du tout un théoricien… mouais. C’est américain.

J’ai été quand même impressionné par certains haïkus d’un Japonais contemporain, qui signe Ban’ya Natsuishi (ce n’est pas son vrai nom), et notamment par celui-ci, qui a donné son titre au recueil : « Cascade du futur » (A Future Waterfall). Dans la traduction française de Jean Antonini et Keiko Tajima, ça donne :

Du futur
un vent est venu
fendre la cascade


C’est certes mystérieux, et ça ne semble pas avoir grand-chose à voir avec le haïku traditionnel, et pourtant ça me paraît frappant. Toutefois, 1/ en japonais, le schéma 5 / 7 / 5 est respecté (mirai yori / taki o fukiwaru / kaze kitaru, comme nous l’indique intelligemment le recueil, qui donne, outre la traduction, l’œuvre originale en caractères japonais, puis dans notre écriture), 2 / l’ordre des mots, même quand il n’est pas induit par la syntaxe, ne semble pas respecté dans la traduction. Après de longues et pénibles recherches (quand on ne parle pas japonais…), j’ai fini par élaborer ma version propre :

Surgi du futur
pour éclater la cascade
un grand vent arrive


Ça me semble meilleur, la seule chose qui me turlupine un peu est la présence du mot « pour », indiquant une finalité, qui semble absente du haïku originel. C’est toujours aussi mystérieux (le recueil fournit un commentaire de l’auteur à ce sujet, mais faut-il un commentaire à un haïku ?), pourtant il me semble que ça « sonne » mieux. Le reste est un peu du même style, pas classique en tout cas, mais Ban’ya Natsuishi indique quelque part qu’il souhaite renouveler et internationaliser le genre. Ça ouvre des horizons en tout cas, mais seulement dans un 2ème temps, une fois qu’on a plus ou moins assimilé ce qu’est le haïku traditionnel.
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

Je viens de recevoir, par mail, le numéro 47 de « L’Ours dansant », petit périodique de haïkus, gratuit et sans prétention, dirigé par Dominique Chipot. Le thème principal était « Les fêtes », donc ça parle beaucoup de Noël – Nouvel An, époque à laquelle les réponses lui sont parvenues. On remarque d’abord que c’est relativement international (quoique uniquement en français) : France, mais aussi Belgique, Québec, Roumanie, même Italie ou Portugal. Chipot dit avoir effectué une sélection parmi 252 textes émanant de 88 personnes.

La présentation « économique » (une trentaine de haïkus par page) ne favorise sans doute pas une lecture sereine, mais bon, c’est gratuit, donc il n’y a pas à se plaindre. Pas de coquilles ni de mastics à première vue en tout cas. En complément, il y a des recensions, des notes de lecture, des haïkus extraits de la revue japonaise « Haiku International ». Rien de grandiose sans doute, mais c’est plutôt intéressant à lire, et instructif. On y note différents styles :

- le « coup d’œil » à tendance humoristique :

la fête s’achève
le chat finit le saumon
lui les cacahuètes
(Olivier Gabriel Humbert)


- le « clin d’œil jeu de mots » :

des queues de langouste
l’année ne finira pas
en queue de poisson
(Claude Dominique Santoni)


- la note plus ou moins nostalgique, mélancolique (parfois tragique) :

Le vent fait grincer
le manège sans enfants
des fêtes d’antan
(Jean Gennaro)

24 décembre
un sapin solitaire
à prix cassé


- (ou autre) :

voisins festifs
la mince cloison
du samedi soir
(Manon Tessier)


- avec le cas échéant une figure de style (dont j’ai oublié le nom) (mais discrète) :

Noces de diamant
dans leurs yeux pétille
le champagne
(Suzanne Marais)

après les fêtes
des bulles de silence
volent dans la maison
(Slatka Timenovva)


- la réflexion socio-politique :

Vague d’immigration
Incontrôlée
De lutins made in PRC
(Véronique Valette)

la tente a disparu
un homme est mort
Place des Fêtes
(Delphine Lebahan)

31 décembre
à Gaza gamelles vides
ici on ripaille
(Josette Pellet)


Etc. Cette dernière catégorie appelle plus particulièrement l’attention (Véronique, pas de majuscules à la 2ème et 3ème ligne, bon dieu !!!), car elle montre comment le sujet peut être traité « à la manière haïku », c’est-à-dire sans pondre l’habituelle tartine larmoyante bourrée de bons sentiments : bien vu, bref, efficace.

Il est plus difficile de porter une appréciation sur les haïkus japonais (problèmes de traduction et de culture) : certains semblent très classiques (« Comme toute la famille / est en liesse ! / un cyclamen », Harada Shizuko), d’autres sans doute plus spécifiquement japonais (« Un masque de lion / mordant la tête des gens / des offrandes enveloppées, aussi », Miyoshi Makiko) ; ils semblent souvent moins « spirituels » que les nôtres : on ne se refait pas…

Il y a en outre un supplément, consacré cette fois-ci au « Groupe haïku de Baie-Comeau » (Québec). Ils y expliquent ce qu’ils font (notamment les « kukaïs », rassemblements de haijins qui en profitent pour écrire des haïkus), et c’est fort intéressant. Ici, les membres proposent en outre chacun quelques haïkus de leur cru, comme celui-ci, classique :

silence dans la tourbière
juste le vent frais
sur mon visage
(Véronique Gendron)


parfois lié à la culture locale :

bottes de cowboy
et bedaine à l’air
été des Indiens
(Géralda Lafrance)



ou celui-là, plus ancré dans l’actualité :

guerre en Ukraine
les heures de vol vers le Japon
plus longues
(Kazumi Furukawa)


ou tel autre, qui m’a impressionné par son non-dit :

sans but précis
épingler la carte du monde
au-dessus du lit
(Ksénia Tsypina)


ou encore celui-ci, qui m’a bien fait rire :

miction nocturne
somnolent et sans lunettes
j’arrose le chat
(Gérard Pourcel)


Pauvre bête. En tout cas, quelle que soit l’orientation retenue (et la forme exacte), on reste dans le genre (je suppose que Chipot y veille). Des fois qu’on aurait oublié.

Je n’ai pas de lien particulier avec eux, mais au cas où ça intéresserait quelqu’un, pour s’abonner, c’est gratuit et facile, voir : www.100pour100haiku.fr/abonnement.html

(Corrigé, car le lien ne marchait pas)




Ce message a été édité - le 28-03-2025 à 14:50 par Tontonjacques
Avatar

Jim

Posts: 5233

Membre

Ride entre deux gouttes
La grande aube est arrêtée
Pourtant l'aile bat