Le bonjour à toutes et tous ; je vais ici vous parler d'un des meilleurs poètes contemporains qu'il m'ait été donné de lire.
Il fit sur notre site de très brèves apparitions dues à une autre grande poétesse, qui parfois signa ses textes de son nom, avec, m'a-t-elle dit du temps de notre amitié, son consentement, ce que je veux bien croire, même si le procédé me déplait, car Alain Auriat, aujourd'hui hélas décédé, ne pratiquait pas la Toile et paraissait insensible à ce genre de "détail".
Cette poétesse, dont nous reparleront, a sévi sur les colonnes des "Poètes.net", nous offrant les preuves de son génie, oui, le mot n'est pas trop fort, elle se nomme Marine Laurent, et j'ai toujours regretté que son égocentrisme et son caractère délétère m'aient poussé à rompre tout rapport avec elle...si jamais elle lit ceci, qu'elle sache que je défendrai sa littérature jusques au bout.
C'est d'ailleurs par son truchement qu'il m'a été donné de rencontrer Alain Auriat, immense versificateur "classique" dont la place, aux côtés de Marine et de quelques autres, devrait être dans les programmes des universités littéraires et dans les plus grandes maisons d'édition...
J'avais demandé à Marine de bien vouloir, à la mort d'Alain, me faire parvenir tous les textes écrits par ce dernier dont elle disposait, afin d'ajouter une (petite) chance à la sauvegarde de son œuvre ; elle a préféré m'insulter, tant pis, mais quel dommage de garder de si beaux vers par devers soi, quand leur diffusion serait un bienfait pour notre littérature déclinante...
Je possède quelques rares textes de ce monsieur, avec qui j'ai jadis échangé une courte relation épistolaire, je vous en recopie un (sans titre) :
Eh quoi ! Trouveriez-vous à ce point anormal
Qu'un auteur épanchât son cœur en encre noire ?
Moi, je serais fâché qu'il me le chantât mal
Or, s'il m'enchante bien j'aime son exutoire !
Aucun sujet, jamais, n'est étranger à l'art
Quand la nécessité de s'exprimer s'impose ;
Mais il faut rejeter l'artifice d'un fard
Qui masquerait la vie en la peignant en rose.
Qu'il rime ce qu'il aime ou qui lui fait tourment,
A son gré ! Seul importe au Poète de dire
Et puis, s'il le dit bien, quoi qu'il dise vraiment,
Quiconque n'a le droit de mépriser sa lyre !
C'est au fond de son "moi" que puise un créateur
Que l'expressivité retient seule en survie ;
Et si de la souffrance il a fait le moteur
Bellement de son art, je la prends en envie !
J'aime les mots flambants et les traits pleins d'ardeur,
L'esprit qui se révolte en un corps qui s'attriste ;
J'aime toute beauté qui n'a plus d'impudeur
Que le nu sublimé par la main de l'artiste.
Moi-même, en écrivant, n'ai-je porté mes pas
En cette poésie ? Et j'en sais le courage
Qui peut se résumer par "en avoir ou pas"...
Or, j'eusse voulu bien en avoir davantage !
Jamais des vieux clichés le goût ne m'a séduit,
Qui gomment telle audace, arrondissent tel angle,
Quant l'Art, a dit Rouault, est "un cri dans la nuit,
Un sanglot qui s'étouffe, un rire qui s'étrangle" !
Alors, quel morne esprit saurait, au demeurant,
Préférer le banal à la grandeur fertile :
Domergue à Picasso, Saint-Aubin à Rembrandt ?
Peut-on sacrifier Rimbaud à du Delille ?
Ainsi me serait-il une insigne faveur
De dégorger ma vie en un style admirable
Et je cracherais bien mes tripes et mon cœur
Si j'avais ce talent de force formidable !
...Il l'avait, ce talent ! Repose en paix, Alain, et que tes vers puissent perdurer, malgré l'incurie des temps.
Ce message a été édité - le 28-04-2024 à 11:51 par Salus