Petit dictionnaire de poétique

Par : Laugierandre
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Salus

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Oui, oui, tu me vois bien désolé et penaud d'avoir été si imprudent et léger...
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Salus

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...Pardonne mon outrecuidance,
mais tu prendras garde - en recopiant, donc - de ne point omettre de syllabes, afin de préserver le rythme et le travail de nos glorieux versificateurs ; ici, ce sont des octosyllabes :

À l'image Monsieur Saint Jacques,
Qui n'a d'autre rime que Pâques ;
Si d'autres rimes, je savais,
Très volontiers j'en userais,
Car quelqu'un, pour faire habile,
(On préfèrera lire : "Car quelqu'un, pour faire l'habile")
Dira que c'est une cheville ;
Et moi point n'y contredirai,
Car fort peu je m'en soucierai.

Paul SCARRON (1642)



Ce message a été édité - le 04-04-2020 à 16:43 par Salus
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Salus

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...Puis, eu égard à monsieur Chénier :

Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre
Animent la fin d'un beau jour,
Au pied de l'échafaud j'essaye encore ma lyre.

- On lira mieux, apocope autorisée par le vers régulier "encor"

(à corriger page 1, ainsi que Scarron)
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Salus

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Toujours p 1, nous réhabiliterons le premier mot de "NUIT RHENANE"

(Mon) verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
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Rickways

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Modérateur

Bonjour Salus,

je connais ta perspicacité pour la précision des vers, et le rigueur des textes originels.
Et je te remercie grandement pour toutes tes interventions.

Pour ce qui est de tes remarques dans ce topic, elles sont de grandes utilités, mais le ton que tu utilises restent moqueur, car il n'est pas celui que tu utilises à ton habitude, alors qu'André l'utilise de manière coutumière.

Bonjour André,

merci également pour tout ce partage de culture dont tu nous fait part, et merci pour la bonne humeur quotidienne dont tu fais preuve, mais attention parfois à ne pas trop en faire, car l'utilisation d'un langage très soutenue pour exprimer des compétences, sur internet, cela peut parfois donner l'impression d'être hautain, ce qui ne le serait peut-être pas dans un dialogue de vive voix.

Merci à tous les deux d'utiliser votre complémentarité à bon escient.

Eric




Ce message a été édité - le 01-04-2020 à 23:31 par Rickways
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Laugierandre

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Bonjour SALUS,

Eu égard à nos illustres poètes qui nous ont légué les merveilleux principes de la poésie classique, et te sachant si pointilleux sur la rigueur des "textes originels, comme le souligne RICWAYS, je suis assez perplexe sur cet acharnement à trouver la moindre petite occasion sur un "e" qui a été mis en moins ou en plus, (ce qui je le concède est une faute d’inattention), mais qui, en AUCUN CAS, ne remet en cause la teneur des exposés et de l'enseignement des procédés pédagoqiques que je traite.

Je pense que nous devons, en priorité, nous enrichir de ces paradigmes pour améliorer nos connaissances et notre propre écriture, plutôt que de dramatiser sur des détails qui sont dus à quelques lapsus sans véritable conséquence sur le "sérieux" et l'intérêt de ce dictionnaire.

Il aurait été plus simple, je crois, de me dire ANDRÉ, tu as fait une "boulette" à tel ou tel endroit en oubliant un mot ou en ajoutant un "e" là où il ne le fallait pas.

Je préfèrerai, sincèrement, que dans le cadre de ce glossaire, et dans le schéma de tes propres poèmes, tu observes davantage l'utilisation des diérèses et des synérèses (puisque tu écris en classique), ce qui me donnerait la satisfaction de savoir que tu t'intéresses davantage au contenu essentiel de ce dico que de "chicaner" sur quelques fautes que je reconnais, mais qui n'enfreignent pas la portée de l'enseignement.

Tu remarqueras que dans mes commentaires à l'endroit de tes poèmes, je ne t'ai jamais fait le moindre reproche sur ton non respect des diérèses, comme sur quelques erreurs, pourtant difficilement excusables telles que :

"cocasse" que tu fais rimer avec "Caucase

ou encore :

"retourner" avec "leste" dans Geste d’Orphée.


Ne faisons pas de la concertation une polémique qui, j'en suis certain n'intéresse personne à part ceux qui s'y complaisent. Comme disait GAUGUIN : "La vérité ne se dégage pas de la polémique, mais des œuvres qu'on a faites". C'est plus constructif.

Il n'y a non plus aucune outrecuidance dans mes propos.

Bonne journée SALUS

👋 👋 👋

ANDRÉ
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Laugierandre

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Bonjour ÉRIC,

Ceux qui me connaissent depuis longue date, et il y en a sur le forum, pourront, je pense, témoigner de mon humilité et de ma spontanéité.

Quels que soient les forums que j'ai fréquentés, je ne me suis jamais considéré que comme un simple maillon de la chaine parmi mes confrères et mes consœurs. Pas de problème d'ego, ni aucune tendance à juger autrui.

Je m'épanouis en poésie dans le plaisir du partage qui me procure une satisfaction existentielle.

Il ne faut surtout pas se méprendre sur mes compétences qui, par ailleurs, ne sont pas plus importantes ni savantes que la grande majorité des poètes qui se manifestent sur le forum, et pour lesquels j'ai une grande admiration. Si je me manifeste ponctuellement, si je prends le temps de développer, parfois, de longs commentaires, c'est parce que je ne me contente pas simplement de lire un poème, mais parce que je fais en sorte de me "mettre en situation", pour être au plus près de l'état d'esprit de l'auteur, au moment de son écriture, privilégiant bien souvent le fond sur la forme. Ce qui me paraît essentiel. Un poème doit dispenser des "images" et de "l'émotion" pour être apprécié. Et il me plait de le souligner quand cela est mérité.

Ceux qui y verraient de la condescendance font fausse route, et j'avoue que ce serait bien regrettable...

TOUTE MA CHALEUREUSE AMITIÉ, ÉRIC.

👋 👋 👋
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Salus

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Tu as raison, André, pardonne-moi mes inconséquences, toutefois, respectons la musique des poètes,qui est faite de mots ; ils se sont donné bien du mal pour nous la servir, oui, à la virgule près.
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Laugierandre

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Mais oui, SALUS, c'est ce qui compte ! Jamais je n'utiliserai le mot inconséquences à ton endroit. Tu es quelqu'un de cultivé et il n'y a rien d'irréfléchi dans tes remarques. Elles m'ont parues un peu excessives, seulement.

Ce qui compte, avant tout, c'est ce respect et cette considération exemplaires que nous avons les uns aux autres sur le forum.

Nos échanges sont toujours restés courtois et c'est le meilleur enseignement que l'on puisse retenir. Il n'y a jamais eu ombrage sur cette Amitié que nous savons entretenir sur les "poetes.net.

Notre passion est commune : la bienveillance et la générosité l'emporteront toujours sur des petits détails dans la qualité de nos relations poétiques que nous servons avec dévotion.

MERCI, SALUS.

Toute mon Amitié sincère et ma considération.

ANDRÉ
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Laugierandre

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LES RIMES HOLORIMES ou OLORIMES

Les vers holorimes ou "olorimes" sont en quelque sorte le mariage de la Poésie et du Calembour.

Avant de s'émerveiller, le lecteur s'étonne: là où ses oreilles n'entendent qu'un seul vers, deux fois prononcé, son œil peut lire deux alexandrins composés de mots différents. Deux écrits pour un même oral: voilà qui mérite un examen approfondi.

Mieux qu'un grand nombre de définitions, quelques exemples célèbres permettront d'expliquer ce que sont ces jeux de l'écriture. Jeux très difficiles, s'ils veulent être de qualité.
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Mai chante encore et parle au tonnerre.
Les grelots des Aoûts tardent.
Las, danse et chants voilés tremblent.
O quelle âme en son aile évente
O folie
L'étoile d'aide aux Mages ?
Cédez chaleur !

Méchante en Corée, par l'automne, erre
L'aigre lot des outardes.
Là, dans ces champs vois les trembles.
Au quai l'amant sonne et, laid, vante
Aux faux lits
Les toiles des dommages.
C'est des chats l'heure.

Louise de Vilmorin.
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Elle sort là-bas des menthes,
La belle Eve à l'âme hantée
Et le sort l'abat démente.
L'abbé laid va lamenter.

Louise de Vilmorin.
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Au long des mois
Par la Savoie
Six reines, alors riant,
Paraissaient.
L'une, saoule et nue et tard, osa ces mots :
- "S'en va l'heure.

Oh ! l'onde et moi,
Parla sa voix,
Sirènes à l'Orient
Paressaient !
Lune sous les nuées, ta rose a ses maux
Sans valeur !

Louise de Vilmorin.
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L'âme est moirée par mille émois sans torts.
La mémoire est parmi les mois, Centaure.

Louise de Vilmorin.
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Lit, monde et moi
La vie d'ans vit.
Parmi le genêt aux cent ors,
Lys en cieux,
Hé là ! fiancée, file et cours, toi,
Sept ans !
Roseau d'opale, il en est temps !
Hé là ! fiancée, élancée, au beau cou élancé,
Centaure est là,
Sang d'or !

L'immonde émoi,
L'avide envie,
Par mille jeux naît au Centaure
Licencieux
Et la fille en ses filets courtois
S'étend,
Rose au dos pâle, île en étang.
Et la fille en sait, elle en sait oh ! beaucoup, elle en sait
Sans tort et, lasse,
En dort.

Louise de Vilmorin.

___________________

L'amant d'Harry n'est plus chez sa tante d'Amiens
La mandarine épluchée, ça tente Damien.

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Mains tenant l'amer, Jean d'Orléans dit : "Capet,
Maintenant la mer, j'endors les handicapés".

____________________

LE BOEUF A LA VACHE

D'où te vint
L'air boulot?
L'herbe ou l'eau?
Doute vain.

Elle sort là? bas des menthes
La belle Eve à l'âme hantée
Et le sort l'abat démente
L'abbé laid va lamenter.

O Seigneur!
Quelle panse!
Qu'elle pense
Au saigneur!

Réponse de la vache :

J'ai mi-saoule
Gémi sous le
Faix nouveau.
Aide! Grâce!
Et de grasse
Fais-nous veau

Alphonse Allais

___________________

Cet effort holorime en ce départ, à l'aile
De vains propos à blâmer sans céder ma rage,
Devint proposable à mes sensés démarrages:
C'était fort! Ô l'or immense des parallèles!

Esposito/Oulipo

___________________

Par les bois du Djinn, où s'entasse de l'effroi,
Parle et bois du Gin ou cent tasses de lait froid!

Alphonse Allais

___________________

Si Eveill - il paraît - chasselas détraqué,
Se réveille! il part et chasse, las d'être à quai.

Alphonse Allais

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Je ne joue au polo, ma Jora, qu'à Namur.
Jeune joue! O paulo majora canamus!
(En Wallon, Namur se prononce : Namus)

Alphonse Allais

___________________

AVATAR SUR GERARD DE NERVAL

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Gall, amant de la reine, à la Tour Magne à Nimes:
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Galamment, de l'arène, alla - tour magnanime -

Dans la nuit du Tombeau. Toi qui m'as consolé.
Voici le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé...
Vois si le Pô s'y lie? Paix: l'âme erre, dit Thalie.

Suis-je Amour ou Phoebus?...Lusignan ou Biron?
Ma lippe est rouge encor d'un hommage de Reine
(Mali, Pérou...J'encorde un homme. Ah! jeu de rênes...)

Et j'ai deux fois vainqueurs traversé l'Achéron,
Egrenant tour à tour à la lyre d'Orphée:
Aigre Nantes...Hourrah, Tours! Hallali...Re-dors, fée!

Patrick Flandrin.

____________________

O fragiles hébreux: allez Rebecca tombe!
Offre à Gilles zèbre, oeufs; à l'Erèbe, hécatombe!

Victor Hugo

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L'heure dure, idée, rosace à seins découverts,
Et me tue comme en ses ateliers. Eau, déborde!
Aime, tu commençais à te lier, ô Desbordes.

Max Morisse.

___________________

L'un dit : "Comment cela se mène?"
Lundi commence la semaine.

Anonyme.

___________________

Ah! Lui, Léo, vit nègre!
A l'huile et au vinaigre.

Alphonse Allais.

___________________

Je dis, mettons, vers mes passages souterrains
Jeudi, mes tons verts, mais pas sages, sous tes reins.

Alphonse Allais.

___________________

Sous Berr, en marchand, devin pâle à le porter
Soubeyran, marchand de vin, pale ale, porter.

Alphonse Allais.

____________________

Alphonse Allais d'la mer sort et pique un plongeon.
Ah! l'fond salé d'la mer, sort épique. On plonge, on...

Alphonse Allais.

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DECEMBRE.

SONNET.

Dansait puissant l'été - l'anthème et l'ancolie.
Morts ne meurent mes morts: en corromps-je? Sont mords!
Morne, me remémore; encor ronge son mors,
Dans ses puits sans Léthé, lente est Mélancolie.

Amour ira mourir aux rameaux d'Italie.
Dette n'aillent couvrir, en corps mort, leurres morts
Des tenailles qu'ouvrir encor mord le remords
A mourir âme où rire aura maudit Thalie.

Commence Hiver. Feu ronfle en bel éclair, gemmaux.
Neige l'assaut grenu que livrent des émaux.
Larme, là-bas, levant haineux ses poings, male ire.

Nai-je pas, saugrenus, que livres, dés et mots, Larmes?
L'abat le vent et ne sais point ma lyre,
Comment six vers feront flamber les clairs gémeaux.

Daniel Marmié.

___________________

REQUIEM

SONNET

Faux souvenirs quittés où Vertu, neuve hermine,
A remplacé ta morgue, est temps du pourpre puits
A rang placé t'a, Morgue, étendu pour preux puis
Fosse où venir, qui t'est ouverte, une vermine.

Tait, cher dévot, rancune à trop citer la mine
Des livres racontant ta messe. Enserrés d'huis,
Délivrent, rats qu'on tente - âme est-ce en ses réduits
Tes chairs dévorant qu'une atrocité, là, mine.

Pourrir en l'édifice, os à Dieu...Mots dira,
Pour rire enlaidi, fils aux adieux, maudira
Qu'à testament beau neveu valeureux s'alarme

Que si peu d'or en tombe; et froide y verse enfin,
Qu'atteste amant, bonne veuve à leurre sa larme,
Que si peux...dors, en ton beffroi d'hiver sans fin.

Daniel Marmié

___________________

Dès le matin s'efforcent les écrivains
D'elle, mâtin. Ses forces : les écrits vains.

Lecoutre.

___________________

Etonnament monotone et lasse
Est ton âme en mon automne, hélas!
L'âme est moirée par mille émois sans torts
La mémoire est parmi les mois, Centaure.
Elle sort là-bas des menthes
La belle Eve à l'âme hantée
Et le sort l'abat démente.
L'abbé laid va lamenter.

Le coudre.

___________________

SONNET

Les sonnets détraqués l'assènent : leur acompte,
C'était le temps des vers. L'amer art hideux vend!
Lai sot n'aidait trac, hélas...Haineux leurre à comte,
Seth hait le taon - dais vert lamé rare y devant.

Laisse au nez des traqués la scène. L'heure à conte,
C'est elle - tant Eve air - : la mère a ri devant
L'Essonne. Et d'être à quai la Seine le raque: honte.
Cette aile tendez vers la mer, aride vent!

Volant à double sens sa rime, ô chants sonores,
Vols lents tas, d'où bleu sang s'arrime aux champs s'honorent
De richesse pour sots, d'homophonie écran.

Car Eve, effaçant les rances bourdons, n'eut bile
Qu'à rêver, face à l'air en ce bourg dont nubile
D'eux rit chez ce pourceau d'homme au faux niais cran.

Esposito./Oulipo

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DEPRESSION METHEOLOGIQUE

SONNET

D'après l'avis du roi Zeus,
L'âme hors-jeu, la voix cassée:
"Âpre est la vie, dure, oiseuse;
La mort, je n'la vois qu'assez."

Poséidon l'écoutait là,
L'heureux Médée l'observait:
"Posez-donc le coutelas;
Le remède est l'eau, servez!"

Jupiter osa goûter
Ce liquide et pris mal, ah!
Jus piteux, rose, à goût thé.

"J'ai plus ton cran, roide, en fer..."
Celui qui déprime alla
Chez Pluton, grand roi d'Enfer.

Esposito/Oulipo

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Loup, lit, pomme, des os...: laid, vos tankas m'ennuient!
L'oulipo me désole et vaut tant qu'âme en nuit:
Ce jeu ne lie terre-air. Aidez à bon émoi
Ce jeune littéraire, et désabonnez-moi!

(Anonyme)

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Quatrain auto référent.

Cet effort holorime en ce départ, à l'aile
De vains propos à blâmer sans céder ma rage,
Devint proposable à mes sensés démarrages:
C'était fort! Ô l'or immense des parallèles!

(Anonyme)

___________________

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EL DOLORIMADO (Le Déshérimé)

SONNET

C'était toi le sombre homme et l'odieux solitaire,
Désastreux Aquitain tant grisé d'aise et rites.
Cette étoile sombre : Ô mélodieux soli taire
Des astres à qui teint en gris et déshérite.

Tombeau lisse et marron, douce âme arrêtée hier,
Oh! rends ton eau de mer et veux-tu geler vite!
Ton beau lys est ma ronde où s'amarraient théières,
Or en tonneau de mes rêves tus; je lévite.

Je crois être éternel - en fer - et, laquais rond,
C'est ainsi, Reine m'a brûlé dans ses rapports.
S'éteint Sirène, ma bru laide en ces ras ports.

Je croisais, très terne, et l'Enfer et l'Achéron,
En modulant mes chants - comme Orphée peut sa lyre -
En mots du lent méchant qu'aux morts fait peu salir.
Gillet Esposito Farèse.

___________________

L'émirat dort
L'émir adore
Les miradors.

Haddock

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L'heureux médecin,
Le remède sain,
Guère ici d'avarice, Perry paie si tu meurs,
Guérit sida, varices, péripéties, tumeurs.

Christian Reigneau

___________________

A Hervé Buisson (mon dentiste)

Docteurs es Crocs (mais pas escroc)
Hôte qui, staff requis et la santé m'aidant,
Ôte kyste affreux qui hélas hantait mes dents.

Christian Reigneau

___________________

Mains tenant l'amarre, Jean d'Orléans dit: "Capet,
Maintenant la mer, j'endors les handicapés".
L'amant d'Harry n'est plus chez sa tante d'Amiens
La mandarine épluchée, ça tente Damien.

Christian Reigneau

___________________

Les rides se creusèrent, la jeunesse passa
L'air hideux, ce creux air, l'âge n'est-ce pas ça?

Christian Reigneau

___________________

Treize universitaires allaient saucissonner
Très unis vers Cythère ah les sots si sonnés!

Christian Reigneau

___________________

Oh Lydie scie mes triques tous ces bouts de bois
Au lit dissymétrique tousse et boude, bois.

Christian Reigneau

___________________

Désert aride sur la mer.
Paquebot.
Des airs à rides sur l'amer
Pas que beau.

(Anonyme)

___________________

HELLEDHI ET LAPRE

SONNET

La prêtresse écoutait dans le parc aux iris
Au bord d'un étang, molle ailette où Lapré tresse...
Lapré tresse et coud taie dans la barque...Osiris!
Aube ordonnée. Temps mol! Elle est tout, la prêtresse.

Or là mourrait, en gémissant, trépas léger
Un ami de Lapré, saoul des parfums de menthes;
Or l'amour est danger: m'y sens très pâle et j'ai
Une âme délabrée, soudée par feinte amante.

Elle dit, sans fond: "Cet ami, nuit dans l'âme". Or,
Helledhi s'enfonçait à minuit dans la mort...
Oh! mat! Un son fit se fissurer la villa...

Lapré tresse posa: "C'est demain, sur l'âme!" Horte,
Au matin, son fils, se fit sûr et la vit là...
La prêtresse posa ses deux mains sur la morte...

André Duvignac.

___________________

Ah! vois au point du Loing! De là, vogue en mer Dante!
Have oiseau, pondu loin de la vogue emm.......

Alphonse Allais

___________________

Michel Laclos, dans ses "Jeux de lettres, jeux d'esprit" a composé ces vers holorimes consacrés à l'oeuvre d'un poète persan, dont il fait les louanges, tout en en laissant entrevoir la paix de l'âme à ses croyants :

Ah! L’Iran maudit vint à l'heure et, rêve ailé
A lire en mots divins, t'a le "Vrai" révélé.
Comment déjà, d'Islam à La Mecque fidèle
Commandait jadis l'âme, Allah, mais que fit d'elle?

Ainsi tentait de voir en versets te citer,
Incitant tes devoirs envers cette Cité.
Là, c'est décrit cent fois, le regard d'Allah perce,
Lassé des cris sans foi, l'heureux garde la Perse.

Cher, Cher athée errant, seul ivre d'aise, irai
Chercher à Téhéran ce livre désiré.
Ah! par une aide à l'âme est, dit-on le message
Apparu, né d'Allah. Méditons-le mes sages.

Michel Laclos.

___________________

L'abbé niais, sourd, ici erre...
La baie n'y est souricière.

ANDRE

___________________

L'amant table surtout : "aimez-moi !"
Lamentable sur tout! Eh ! mais moi ?

ANDRE

___________________

Dix huit tasses valent ces trois neuves!
10, huit, as, valet, sept, trois neuf.

ANDRE

___________________

Roi XVIII ne valait pas ses Dames.
Roi, 10, huit, neuf, valet, as, sept, Dame.

ANDRE

___________________

Dix Dames de Troie ne valent pas ces six huit royales.
10, Dame, deux, trois, neuf, valet, (p)as, sept, six, huit, Roi. (Royal n'est-ce pas?)

ANDRE

___________________

Dans ces bois automnaux, graves et romantiques,
Danse et bois aux tonneaux, graves et rhum antique.
Net et vibrant, le chant d'une bergeronnette
Naît et vibre en le champ d'une bergère honnête.
Heredia lisant Verlaine - Ah joli don !!
Erre et dit à Lise en vert lainage : « Oh! lis donc. »
Saoul, l'heureux gars Raimu descend, pas sans dangers,
Sous le regard ému des cent passants d'Angers.

Cassave

___________________

Voici, à présent, plusieurs séries de phrases permettant toutes de reconstituer le nom du héros de Rostand:

Sire, en eau de Berre, j'erre aqueux.
Six rats, nos deux berges raclent.
Cire, anneau de bergère à queue.
Sciera nos deux bers, je raque.
Syrah, note Berger, arak.
Si radeau Heudeubert, jeu rac.

Anonyme

___________________

Alexandre Dumas, répondant à Henry Becque qui avait écrit une satire par rapport à son oeuvre.

Si ce coup de bec de Becque t'éveille
Ô Thomas Corneille en l'obscur tombeau,
Pardonne à l'auteur qui baye aux corneilles
Et songe au public qui bâille aux "Corbeaux".

Alexandre Dumas. (Ce n'est pas, à proprement parler, une holorime, mais l'esprit y est.

___________________

SONNET

Oh! Ahana : « Si elle apparaissait plus tôt ? »
C'est en fendant son temps qu'atterrit dans les cieux
Cette enfant. Dansons tant qu'athée ridant les yeux :
On a Anna, ciel ! À part : « Essaie plutôt

De maintenir le cou pour la mettre en auto.
Mais ne les déçois (Ferme : à l'air t'es sourd !) si eux
Mènent l'aide; et sois ferme, alerte et sourcilleux. »
Demain : tenir le coup, pour l'âme être en hôte haut.

Ce sot n'essaiera la morsure aux piranhas :
Outré, je ne fiais tes sens et ton bémol
À ces maternités-hospices, aux sanas

Où très jeune fillette est censée tomber molle.
Assez, mâts ternis, thé, os pisseux... Hosanna :
Ce sonnet serra la mort sûre au pire, Anna !

Gilles Esposito-Farèse (Sonnet pour Anna)

___________________

À Nîmes, aile des seings,
Annie mêle desseins ?
Ah, nie ! Mais elle des seins
Anime, hèle, des saints !

Bernardo Schiavetta

___________________

Aidé, j'adhère au quai. Lâche et rond, je m'ébats.
Et déjà des roquets lâchés rongent mes bas.
Alphonse Allais.

___________________

Si mon fils, ton tutu raccommodé part.
Simon, fiston, tu tueras comme au départ.

Alphonse Allais.

___________________

Par ses charmes appas, ris, et du Pacha beauté,
Parsé charma Paris dupa Chat Botté.

Alphonse Allais

__________________

Moine (Oscar) de Victor ramona...J'étranglais
Moi, Nauscarde Victor, à mon âge, être Anglais!

Alphonse Allais.

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Dans son site sévère assistant sa prestance
Danton cite ces vers, stance après stance.
Lucien Reymond.

___________________

Ah! quitte ainsi ta tante et va, l'heure est amère.
A qui t'incitas tant, à leurrer ta mère.

Lucien Reymond.

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A Lesbos, à Tyr, l'évangile est appris.
Ah! laisse, beau satyre, l'Eve en gilet t'a pris.

David Massot

___________________

As et saouls vantent au Lycée Janson de Sailly;
Assez souvent au lit ces gens sont de saillie.

David Massot

___________________

Appelons Nicéphore aux attraits ordonnés
A Paul honni, c'est fort, osa trésor donner.

David Massot

___________________

SONNET

Je t'attends samedi, car, Alphonse Allais, car
A l'ombre, à Vaux, l'on gèle. Arrive. Oh! la campagne!
Allons - bravo! - longer la rive du lac, en pagne;
Jette à temps, ça me dit, carafons à l'écart.

Laisse aussi sombrer tes déboires, et dépêche!
L'attrait : (puis, sens!) une omelette au lard nous rit,
Lait, saucisse, ombres, thé, des poires et des pêches,
Là, très puissant, un homme l'est tôt. L'art nourrit.

Et le verre à la main - t'es-tu décidé? Roule
Elle verra, là mainte étude s'y déroule.
Ta muse étudiera les bêtes et les gens!

Comme aux Dieux devisant, Hébé (c'est ma compagne)...
Commode, yeux de vice hantés, baissés, m'accompagne...
Amusé, tu diras: "L'Hébé te soule, hé! Jean!"

Jean Goudezki

___________________

Que la mélancolie
Que là met l'ancolie
Résonne au creux du coeur.
Raisonne, ocreux, d'Ukeur! (marquis)

De Montesqiou

___________________

L'heure dure, idée, rosace à seins découverts,
Et me tue comme en ses ateliers. Eau, déborde!
Aime, tu commençais à te lier, Ô Desbordes.

Max Morise

___________________

Sous le vent, la mort descend, écho! Maint Corse erre
Soulevant l'âme lors des sangs et comme un corsaire
L'ire du poète aurait voulu tes vachers,
Lyre dupe, ô étau, rêve où luttait Vaché.

Max Morise

___________________

Hérédia lisant Verlaine - Ah joli don!
Erre et dit à Lise en vert lainage: "Oh! lis donc."

Cassave.

____________________

Net et vibrant, le chant d'une bergeronnette
Naît et vibre en le champ d'une bergère honnête.

Cassave.

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Sceaux d'hommes égaux morts
Seaux d'eau, mégots morts.

Prévert

___________________

Lolo rime
L'holorime
Sa muse
S'amuse.

Anonyme.

___________________

L'imperator si lent lève l'avis odieux
L'impair a tort s'il enlève la vie aux dieux.

Anonyme

___________________

La chemise
Lâche mise
L'abaisse
L'abbesse
Sa fesse
S'affaisse.

Marcel Hérault

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Ah! ce qu'on sert de faux ré
A ce concert de Fauré.
Lucienne Desnoues

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La masurka de Chopin t'honora
dans
La masure qu'a, de chaux, peinte l'Honorat.

Lucienne Desnoues

___________________

Eprise, hélas, Eve nue offrit son bec à Satan
Et prise, et lasse, et venue au frisson, bécasse attend.

Jules Laforgue.

___________________

Cosette, hautaine, hardie, écrin touchant
Causait aux Thénardier crainte ou chants.

Claude Koenig

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C'est l'acacia, l'invitation
C'est là, qu'assis, Alain vit à Sion.

Claude Koenig

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Deux générales déjeunaient
De jeunes râles des genêts.

Victor Hugo

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La mort s'est éprise, c'est tôt, de Luc Etienne.
L'amorce était prise: cette ode, Luc, est tienne

Nicolas Graner.

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_ NOTA : La plupart de ces holorimes ont été extraites du livre "Au bonheur des mots" de Claude Gagnière, du "Dictionnaire poétique" de M. Aquiem et du "Dossier Luc Etienne" par Nicolas Garaud et Pascal Sigoda". Bibliothèque Municipale de Reims. (1998)


À SUIVRE...








Ce message a été édité - le 10-04-2020 à 12:22 par Laugierandre
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LA CONTRAINTE

C'est un élément du système que doit se donner un poète dans son écriture, soit qu'il l'invente, soit qu'il applique une ou plusieurs règles de la versification traditionnelle. D'une façon générale, il n'y a pas de poème sans contraintes, puisque la poésie utilise les mots en les s'assemblant autrement que dans le langage courant.

Les "contraintes" sont essentiellement formelles. Tous les poèmes à forme fixe respectent une contrainte globale. La versification traditionnelle a défini une série de contraintes dont les principales sont le "mètre", la "rime", les "accents", les "coupes", le "rythme", la "disposition des strophes. Ces contraintes sont liées à la fois aux réalités de la langue française et aux conventions de la tradition.

L'apparition des vers libres à la fin du XIXe siècle est un élément de la révolte contre les contraintes, essentiellement par la suppression des rimes et du mètre régulier. Mais un poème apparemment libéré des contraintes traditionnelles a besoin d'établir une structure de rapports moins visibles mais réels pour accéder au statut de poème. En fait, on peut souvent retrouver dans les vers libres une utilisation atténuée des contraintes traditionnelles, comme un écho des rimes ou assonances, des mesures et des mètres.

Face invisible ! je t’ai gravée en médailles
D’argent doux comme l’aube pâle, D’or ardent comme le soleil, D’airain sombre comme la nuit ; Il y en a de tout métal,
Qui tintent clair comme la joie,
Qui sonnent lourd comme la gloire,
Comme l’amour, comme la mort ;
Et j’ai fait les plus belles de belle argile Sèche et fragile.

Henri de REIGNIER ("Les Médailles d'argile")



Les adeptes du "n'importe-quoi-n'importe-comment" ne se reconnaissent qu'une contrainte, ô combien légère, celle d'aller à la ligne arbitrairement pour donner l'impression d'écrire en vers.

Dans la seconde partie du XXe siècle, des écrivains excédés par l'abandon anarchique de toute structure mais souhaitant également s'affranchir de la versification traditionnelle à l'occasion, ont créé "L'OULIPO" qui a inventé de nouvelles contraintes, ou repris d'anciennes formes contraignantes.

La notion de contrainte n'est évidemment par propre à la poésie : "L'art naît de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté", remarquait André GIDE. C'est la même certitude qu'il affirme près d'un demi-siècle plus tard : "L'art commence à la résistance ; à la résistance vaincue, et le poète s'abuse qui croit exceller sans effort".

Les poètes sont soumis à deux tentations dans leur versification : d'un côté l'attrait des contraintes dont ils ont besoin, ne serait-ce que pour le plaisir de la difficulté vaincue, quitte à s'inventer des contraintes de plus en plus exigeantes ; d'un autre, le refus de toute contrainte qui donne une sensation totale de liberté, mais risque de conduire leurs écrits vers l'informe, le bavardage, l'arbitraire d'une prose masquée.

SOURCE : "Dictionnaire de la poésie française". Jacques Charpentreau. Fayard. 2006
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L'ANAPHORE

L'étymologie de l'anaphore provient du grec "pherein", signifiant "porter" et "ana", qui veut dire "de bas en haut ; de nouveau ; en arrière", ce qui peut se traduire comme "ce qui renvoie en arrière".

Une anaphore est une figure de style dédiée à la répétition, qui consiste en une répétition de mots en tête de phrase, de vers ou de proposition, ce qui engendre un effet de symétrie et de renforcement.

Quelques exemples :

"J'étais enfant, j'étais petit, j'étais cruel… " (Victor Hugo)

" Mon juge est mon amour, mon juge est ma Chimène" (Corneille)

"Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir." (Corneille)

"Marcher à jeun, marcher vaincu, marcher malade." (Victor Hugo)

"Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer (...)
Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer (...)" (Pierre de Marbeuf)


On peut donc dire qu’elle est un procédé d'insistance sémantique et de création rythmique. Dans sa poésie Rimbaud a utilisé fréquemment l’anaphore. Dans "Le Bateau ivre", par exemple, les vers sont largement structurés par l'anaphore des verbes à la première personne contribuant à la dimension épique du poème tout en donnant du relief à chaque mètre. Le but est d’attirer l’attention sur un passage bien spécifique. Elle soulignera donc un mot, une obsession, provoquant un effet musical, tout en communiquant plus d'énergie au discours ou renforçant une affirmation. Elle peut servir aussi à un plaidoyer, ou à suggérer une incantation, une urgence.

Les effets de l'anaphore sont variés et dépendent de l'intention du locuteur. Ils sont avant tout proches de ceux recherchés dans le phénomène du "refrain" ou de la répétition suscitant la surprise, l’énumération, la symétrie de forme (lorsque la localisation des mots répétés est toujours la même, en début de vers par exemple, comme dans les chansons), litanie et incantation dans la littérature religieuse ou solennelle. Le sentiment recherché est aussi, et surtout en poésie, la mélancolie ou la tristesse, telles que nous retrouvons ces figures de style dans les œuvres de Joachim du Bellay ou encore de Paul Eluard et d’Aragon. Le procédé a également été largement exploité dans "Les ballades du Moyen Âge" qui usent souvent des anaphores pour imprimer un rythme jovial au poème (Christine de Pisan, par exemple).

À force de répéter un mot, ce mot s'ancrera dans l'esprit de l’individu pour finalement influer sur son existence. C'est le principe de la propagande. Une idée répétée maintes et maintes fois apparaîtra comme vraie à force d’être imposée. Ce procédé est utilisé pour la publicité ou dans les discours politiques, par exemple, de nos jours.

Elle demeure une des plus anciennes figures de la rhétorique, et a été utilisée par les grands orateurs en premier lieu. Une des plus célèbres anaphores est sans contexte celle du Général de Gaulle :

"Paris ! Paris outragée ! Paris brisée ! Paris martyrisée ! Mais Paris, libérée !" (Extrait du discours du 25 août 1944, suite à la libération de Paris).
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HOMONYMIE

L'homonymie, provient du grec homoios, qui signifie "semblable" et de onoma, qui veut dire "nom". Elle réside dans la totale ressemblance phonétique de deux mots différents, qui peuvent être tout à fait dissemblables et par l'orthographe et par le sens. Le procédé est assez souvent utilisé dans les comptines, pour créer des parallélismes ou des rapprochements qui enrichissent les relations sémantiques. La rime a toujours fait un grand usage de l'homonymie. On estime, dans la langue française, qu'il existe au moins un millier de mots ayant la même prononciation. Ils sont, évidemment, utilisés pour les rimes.

Exemple :

Il était une fois
Un marchand de foie
Qui vendait du foie
Dans la ville de Foix.
Il se dit : "Ma foi,
C'est la dernière fois
Que je vends du foie
Dans la ville de Foix.


La poésie moderne joue beaucoup sur l'homonymie. Ce peut être une homonymie entre des mots explicitement écrits dans le texte, comme entre "et" et "est" dans ces vers extraits de : "Je me coucherai sur le divan" de Raymond QUENEAU :

Et mon amour
qui doit être puni
mon amour et mon innocence
mon amour et ma patrie
mon amour est ma souffrance
mon amour est mon paradis.

In : "Chêne et chien".Gallimard.


On retrouve un quatrain dans lequel VERLAINE utilise l'homonymie dans une de ses poésies figurant dans : "Jadis et naguère" :

Ce soir je m'étais penché sur ton sommeil
Tout mon corps dormait chaste sous l'humble lit
Et j'ai vu, comme un qui s'applique et qui lit
Ah ! j'ai vu que tout est vain sous le soleil.


Les notions d'homonymie et de polysénie posent surtout problème au lexicographe. On parle de polysémie lorsque deux mots présentent dans leurs signifiés des traits communs et, inversement, on parle d'homonymie quand l'étymologie des signifiés ne fait pas apparaître de traits communs. Ainsi, le mot "mine" est-il polysémique pour : "mine de crayon" et "mine d'or", car ils ont la même étymologie gallo-romaine : "mina". Mais la "mine" [du visage] (étym. "breton "min", "bec", "museau") n'a pas la même étymologie que la "mine d'or" : ce sont des homonymes.

Le lexicographe réserve donc deux entrées différentes pour permettre la distinction de ces deux [signifiés[/u]. De même : "le mousse" et "la mousse" sont des homonymes ; mais "la mousse" (végétal) et "la mousse" (écume qui se forme à la surface des vagues marines) appartiennent vraisemblablement de la polysémie, car la seconde (écume) est formée à partir de la première (végétal) par analogie.

De même "l'œillet" (fleur) et "l'œillet" (d'une boutonnière) ont la même origine étymologique : "œil".

Comme on peut le remarquer, pour certains termes, l'étymologie reste douteuse. Il est difficile de distinguer, par exemple, l'homonymie de la polysémie pour le mot : "coque" puisqu'il présente plusieurs occurrences :

- coque [de noix]
- coque [d'un bateau] , coquillage marin.
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LA RÉPÉTITION

La répétition fait partie de ces phénomènes essentiels de la poésie, ce que R. Jakobson soulignait en ces termes, dans son fameux ouvrage de référence : "Question de poétique" :

- "À tous les niveaux de la langue l'essence, en poésie, de la technique artistique réside en des retours réitérés".

La répétition peut prendre plusieurs formes :

Il y a les répétitions de sons ou de lettres (allitérations, assonances, homéotéleutes, rimes et homophonies diverses, tautogrammes).

S'ajoutent aussi les répétitions de mètres (vers, constances rythmiques)

Puis, les répétitions de mots totales (épizeuxe, antanaclase, gémination) ou partielle (paronomase, dérivation, polyptote),

Sans oublier toutes les répétitions de mots ou de syntagmes à certaines places (anaphore, anadiplose, épiphore, symploque)

Les répétitions peuvent aussi concerner les vers (refrain, antépiphore). Certaines formes fixes, comme la villanelle, le pantoum, le rondeau, le triolet, le virelai sont fondées sur la répétition des vers.

Enfin, il convient de ne pas oublier les répétitions dites de structures (chiasme, parallélisme, strophe).

Bien entendu, les "professeurs de beau style" ont tendance à pourchasser les répétitions qui, d'après eux, alourdissent un poème, alors que les poètes ont compris toute leur valeur et savent fort à propos les utiliser.

Bien employées, les répétitions sont loin d'être des maladresses, comme on pourrait le penser. Il s'agit, en fait, de subtiles figures de style qui produisent un effet d'intensité, comme, par exemple, les imprécations de Camille où la répétition accumule des griefs qui finiront par exaspérer son frère :

Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore !

CORNEILLE



La répétition peut être si resserrée que le même mot, comme une suite d'échos, en vient à former un seul vers dans la régularité d'un rythme, comme, ci-dessous, dans ce quatrain extrait des "Yeux d'Elsa" d'Aragon :

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa.


Un autre exemple, extrait des "Contemplations" de Victor Hugo :

Paix à l'Ombre, Dormez ! dormez ! dormez ! dormez !
Êtres, groupes confus lentement transformés !
Dormez, les champs ! dormez les fleurs, dormez les tombes !
Toits, murs, seuils des maisons, pierres des catacombes.



On l'aura compris, chaque auteur possède ses thèmes récurrents (privilégiés) que l'on retrouvera dans chacune de ses œuvres. Proust avait bien vu et analysé, dans son écriture, l'importance de ce phénomène répétitif.
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L'UNANIMISME

Il s’agit d’une doctrine poétique née d’une école littéraire essentiellement représentée par Jules Romains et Georges Chenneviève.

L’unanimisme se caractérise par un système assez complexe, redéfinissant tout autrement les rimes masculines et les rimes féminines, retrouvant l’assonance avec des rimes mixtes, rimant par augmentation ou par diminution, grâce au subtil emploi des finales muettes. Les poèmes couverts par cette désignation présentent des innovations techniques dans leur versification, comme il vient d’être souligné.

Jules Romains publia de nombreux recueils d’une grande qualité poétique évoquant la rue, le théâtre, l’église, les soldats, cherchant à susciter un esprit commun à des milliers d’individus, jusqu’aux dangereux envoûtements des régimes totalitaires. Il y avait dans son unanimisme un sentiment d’appartenance à un grand tout qui, pour être une masse humaine, n’en touchait pas moins à une mystique à une espèce de mystère profane plus ou moins proche du sacré.

Il est difficile de mesurer l’influence de l’unanimisme sur la poésie du XXe siècle, mais il marque, dès avant Apollinaire et Cendrars, un essai de renouvellement de la poésie, dans l’esprit et dans la forme. Parmi tous les mouvements en … isme de l’époque. Il reste l’un des plus importants, sans doute grâce à la poésie de son créateur. Des poètes aussi différents que Pierre-Jean Jouve et Louis Aragon lui doivent certainement quelque chose.

Qu’est-ce qui transfigure ainsi le boulevard ?
L’allure des passants n’est presque pas physique ;
Ce ne sont plus des mouvements, ce sont des rythmes,
Et je n’ai plus besoin de mes yeux pour les voir.

L’air qu’on respire a comme un goût mental,
Les hommes
Ressemblent aux idées qui longent un esprit.
D’eux à moi, rien ne cesse d’être intérieur ;
Rien ne m’est étranger de leur joue à ma joue,
Et l’espace nous lie en pensant avec nous.

Jules Romain. In « La Vie unanime ». 1908.



L’intuition de Jules Romains correspondait à la sensibilité de l’époque. Dès la fin du XIXe siècle, Émile Verhaeren avait esquissé ce sentiment d’appartenance à un vaste mouvement collectif, en des œuvres puissantes et visionnaires, annonçant déjà, jusque dans le vocabulaire comme dans la sensation, l’unanimisme de Jules Romains :

LA FOULE

En ces villes d’ombre et d’ébène,
D’où s’élèvent des yeux prodigieux ;
En ce villes où se démènent,
Avec leurs chants, leurs cris et leurs blasphèmes,
À grande houle, les foules !

…

Tout calcul tombe et se supprime,
Le cœur s’élance ou vers la gloire ou vers le crime ;
Et tout à coup je m’apparais celui
Qui s’est, hors de soi-même, enfui
Vers le sauvage appel des forces unanimes.

Émile Verhaeren. In « Les Visages de la vie. ». 1899.

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LA GRANDE BALLADE

Elle est basée sur trois dizains de décasyllabes, suivis en principe par un quintil, telle que la célèbre ballade de VILLON, "La Ballade des Pendus".

Elle est composée de trente cinq vers sur quatre rimes, et elle est divisée en trois strophes de dix vers et d'un envoi de cinq. De ce fait, elle est moins difficile que la "PETITE BALLADE", les rimes étant mieux réparties. Là, aussi, je l'ai mise en français d'aujourd'hui ; mais certains termes n'ont pas d'équivalent dans notre langue actuelle).

LA BALLADE DES PENDUS.*

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !


*NOTA : Selon les éditions successives "merci" est orthographié "merciz" ou "mercis". "Occis" ou "occiz". "Raccis" ou "racciz". "Trenssis" ou "transis" ; etc.

La version ci-dessus est celle extraite du "Dictionnaire de la Poésie française, de Jacques CHARPENTREAU, ouvrage de référence publié avec le concours du "Centre National du Livre". Éditions Fayard.2006.


La Renaissance, marquant la fin du Moyen-Âge, puis le Classicisme triomphant furent deux époques fatales à la "ballade", comme aux formes fixes anciennes, toutes supplantées par un nouveau venu : le "sonnet". La "Ballade" faisait partie pour les poètes du XVIe siècle de ces "épiceries qui corrompent le goût de notre langue" (Joachim du BELLAY, dans "Défense et illustration de la langue française, 1549).

Un siècle plus tard, on a encore un écho de cette défaveur dans la célèbre scène de MOLIÈRE opposant Trissotin à Vadius, les deux poètes bouffons représentant avec une outrance injuste mais efficace, deux précieux : l'abbé Cotin et Gilles Ménage. Vadius vient de proposer de lire sa ballade. Trissotin réplique :

...
La ballade, à mon goût, est une chose fade.
Ce n'en est plus la mode, elle sent le vieux temps.
...

MOLIÈRE, Les Femmes savantes, 1672. Vers 1006-1007.


Pourtant, le mot "BALLADE" portait encore suffisamment de prestige poétique pour être réutilisé et revitalisé dès le début du XIXe siècle dans un autre sens, ne désignant plus une forme, mais une tonalité générale. Plusieurs années plus tard, en effet, la ballade médiévale réapparut dans les recueils de Paul VERLAINE, Théodore de BANVILLE, Germain NOUVEAU, Laurent TAILHADE, Charles CROS, et j'en passe...

Charles CROS écrivit une "Ballade du dernier amour", tandis que VERLAINE en composait de nombreuses, dont : "Ballade à propos de deux ormeaux qu'on lui avait dérobés" (Amours, 1888)
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LE MÈTRE

Du Grec "metron", qui signifie "mesure". Sous ce terme, en poésie, est désignée la mesure donnée par le nombre de syllabes prononcées dans le vers : (mètre de 8 syllabes pour l'octosyllabe : mètre de 7 syllabes pour l'heptasyllabe). Employé comme tel, le mètre équivaut presque à "type de vers".

On peut le définir, également, comme l'organisation interne du vers qui dépend des relations entre les mesures liées entre elles par leurs rapports. Chaque type de vers est déterminé par le nombre de syllabes (toniques) prononcées qui le forment, leur longueur, par la place de la césure et des coupes. Un vers comporte des "accents rythmiques", des "équivalences de structure" et des "récurrences phoniques"

Dans la poésie classique, si on appelle tonique la dernière voyelle masculine, on peut qualifier par posttonique l'éventuel "E" féminin terminal qui ne participe donc pas du mètre. Disons, pour être clair, que dans la versification française, le mètre indique et constitue le nombre de syllabes dans un vers. C'est, par conséquent, une notion essentielle, puisque ce nombre constitue la clé de tout le système de versification classique.

Dans le mètre d'un vers, toutes les syllabes doivent être prononcées, le E muet jouant un rôle déterminant, soit prononcé devant une consonne et "H" aspiré, soit disparaissant dans une élision.

On sait très bien qu'on ne compte plus, aujourd'hui, la dernière syllabe d'une rime féminine, c'est-à-dire le "E" muet après la dernière syllabe accentuée.

Bien des poèmes médiocres respectent la métrique sans, pour autant, accéder à la poésie ; car cette dernière, même écrite avec l'utilisation d'un mètre régulier suffisant à la versification, dépend de beaucoup d'autres facteurs pour assurer ce que nous appelons : l'émotion poétique. Ces facteurs sont les accents, les rythmes et les sonorités. Sans oublier la stylistique relative aux inversions, aux enjambements et à l'harmonie, ainsi que les association d'idées, d'images et de symboles.

Le poète, avant de compter les syllabes sur ses doigts, doit compter, avant tout, sur son imagination et sur sa musique intérieure. Les mots doivent se grouper et s'harmoniser en images et sonorités.
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LA PETITE BALLADE

Le terme "Ballade" vient de "baller" qui voulait dire "danser". On le trouve, pour la première fois, en français, chez Adam de la HALLE, en 1260.

La "ballade" se présente sous quatre formes différentes :

- La ballade primitive
- La petite ballade
- La grande ballade
- Le chant royal.

Les "ballades" les plus connues et pratiquement les seules utilisées par les poètes modernes sont la petite ballade et la grande ballade.

Je commence dont par la petite ballade.

1°) - LA PETITE BALLADE :

Elle est composée de 28 vers sur trois rimes, elle est divisée en trois strophes de huit vers et d'une demi-strophe de quatre vers appelé envoi. De plus, elle est composée de vers en octosyllabes.

En voici le schéma :

ABAB/BCBC (1)

ABAB/BCBC (1)

ABAB/BCBC (1)

BCBC (1)

(1) Les derniers vers de chaque strophe ainsi que le dernier de l'envoi sont identiques.

La "ballade" est délicate à réussir car elle exige 14 rimes "B", 8 rimes "C", et six rimes "A". Le choix de la rime est primordial car elle doit satisfaire, sans faiblir, quatorze fois aux obligations du sens et de la mélodie.

L'envoi est ainsi nommé parce qu'il "envoie" le poème à une autre personnalité, une personne aimée, etc... Il commence donc par un vocatif : Prince, Sire, vous, etc...

Étant donné la grande répétition des mêmes rimes, il est recommandé d'éviter soigneusement les rimes en "ENT" (adverbes), "ION" peu jolies, et "IBLE" (adjectifs).

En voici une illustration parfaite, dans un poème de François VILLON, dont j'ai conservé le français d'origine :


Quoy qu'on tient belles langagières
Florentines, Vénitiennes,
Assez pour estre messaigieres,
Et mesmement les anciennes ;
Mais, soient Lombardes, Rommaines,
Genevoyses, à mes périlz,
Piemontaises, Savoysiennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

De beau parler tiennent chayeres,
Ce dit-on, Neapolitaines,
Et que sont bonnes caquetieres
Allemandes et Prussiennes ;
Soient Grecques, Egyptiennes,
De Hongrie ou d'autres pays,
Espaignolles ou Castellennes,
Il n'est bon bec que de Paris.

Brettes, Suysses, n'y sçavent gueres,
Ne Gasconnes et Thoulouzaines ;
Du petit-Pont deux harangeres
Les concluront, et les Lorraines,
Angloises ou Calaisiennes
(Ay-je beaucoup de lieux compris ?),
Picardes, de Valenciennes...
Il n'est bon bec que de Paris.

Envoi

Prince, aux dames Parisiennes,
De bien parler donnez le prix.
Quoy qu'on die d'Italiennes,
Il n'est bon bec que de Paris.




En voici un autre exemple de Clément MAROT :


DE S'AMIE BIEN BELLE (mis en français moderne)

Amour, me voyant sans tristesse
Et de la servir dégoûté,
M'a dit que fisse une maîtresse,
Et qu'il serait de mon côté.
Après l'avoir bien écouté,
J'en ai fait une à ma plaisance
Et ne me suis point mécompté :
C 'est bien la plus belle de France.

Elle a un oeil riant, qui blesse
Mon coeur tout plein de loyauté,
Et parmi sa haute noblesse
Mêle une douce privauté.
Grand mal serait si cruauté
Faisait en elle demeurance ;
Car, quant à parler beauté,
C'est bien la plus belle de France.

De fuir son amour qui m'oppresse
Je n'ai pouvoir ni volonté,
Arrêté suis en cette presse
Comme l'arbre en terre planté.
S'établit-on si j'ai plenté
De peine, tourment et souffrance ?
Pour moins on est bien tourmenté :
C'est bien la plus belle de France.

Prince d'amour, par ta bonté
Si d'elle j'avais jouissance,
Onc homme ne fut mieux monté :
C'est bien la plus belle de France.

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ANTITHÈSE

L'antithèse, du grec "anti" (contre), et "thésis" (proposition) est une figure de pensée qui présente deux idées opposées. Elle se manifeste sous des formes très divers ; le plus souvent, c'est un simple effet de contraste entre deux termes, comme dans ce vers de Victor HUGO :

Combien de poux faut-il pour manger un lion ?"

Elle est souvent mise en valeur par des structure bien reconnaissables. Par exemple par le rapprochement en un même syntagme, dans le cas de l'oxymore :

Ô fangeuse grandeur ! sublime ignominie !
BAUDELAIRE


Dans cet exemple ci-dessus, il y a deux oxymores, avec opposition de sens (bas/haut) entre l'adjectif épithète et le substantif : fangeuse/grandeur, sublime/ignominie.

Elle prend forme, également, par "un effet de parallélisme" qui peut se produire entre différents types de groupements linguistiques, l'antithèse étant alors mise en "relief" par la "juxtaposition" :

Entre syntagmes :

Imagine qu'un soir
La lumière s'attarde sur la terre,
Ouvrant ses mains d'orage et donatrices, dont
La paume est notre lieu et d'angoisse et d'espoir

.

On remarquera ici la polysyndète qui détache chacun des éléments de l'antithèse.

Entre propositions :

Mais le vice n'a point pour mère la science,
et la vertu n'est pas fille de l'ignorance.


Les deux phrases, chacune occupant un vers, s'opposent terme à terme, à la même place : vive/vertu , mère/fille, science/ignorance.

Coulée dans le vers l'antithèse prend une forme qui lui donne une grande force, surtout quand elle est marquée par la césure de l'alexandrin, comme l'ont fait les Romantiques :

[i]Borné dans sa nature, infini dans ses vœux,
L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.
LAMARTINE


ou encore :

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître.
Alfred de MUSSET

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LE SYMBOLE

Le "symbole", du grec sumbolon, qui signifie "signe de reconnaissance" est une image qui tient de toutes les images. Autrement dit, de l'allégorie en ce qu'il peut être développé, et de la métonymie et de la synecdoque, par extraction d'une qualité ou d'un élément constitutif ; mais surtout de la métaphore, avec, il faut le reconnaître, une fréquente confusion entre les deux.

Citons cette remarquable définition extraite de "Sémantique de la métaphore et de la métonymie", de Le GUERN :

- "Le passage de la métaphore au symbole est souvent imperceptible ; il intervient au moment où l'analogie n'est plus sentie par l'intuition, mais perçue par l'intellect."

On peut dire, pour essayer de simplifier l'explication, qu'alors que la métaphore repose sur des sèmes communs qui ne recouvrent pas obligatoirement tout le concept représenté par le comparant, le symbole, lui, engage toute la représentation du mot. Autrement dit, dans "l'expression symbolique", ce signifié devient à son tour le signifiant d'un autre signifié.

On pourra donc dire qu'il y a symbole quand le signifié normal du mot employé fonctionne comme signifiant d'un second signifié qui sera l'objet symbolisé. Ouf !!! allez-vous me dire.

Un exemple, tel le "Cygne" de MALLARMÉ, pris au piège de la glace :

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie.
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.


Ainsi, dans la blancheur liée à la blancheur du lac, dans son col mince vainement tendu vers le ciel, "à la fois piégé et effort pour s'extraire du piège, le cygne figure en un seul objet vivant la douleur d'un "moi" qui n'a pu réussir son "hyperbole".

À la question "Qu'est-ce véritablement que le symbole ?" on pourrait réponde qu'il s'agit de la ressemblance brusquement apparue entre un objet présent et un autre invisible, entre une loi connue et une loi insoupçonnée.

C'est par le symbole que peuvent s'établir de mystérieuses correspondances entre le monde visible, celui de la nature, et le monde invisible, celui de l'esprit, que Victor HUGO avait su entrevoir, que BAUDELAIRE puis RIMBAUD annoncèrent à leur tour, en un mysticisme assez vague, mais en une poésie bien réelle.
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L'APOCOPE


On appelle "apocope" (féminin, du grec apokoptein, qui signifier "retrancher", l'annulation prosodique d'un "E" final non élidable.

Elle ne se produit, en poésie régulière, qu'en fin de vers. Au Moyen-Âge, elle pouvait figurer en fin d'hémistiche (césure épique), mais cette liberté disparut dès le début du XVIe siècle, pour ne reparaître dans une versification libérée qu'à la fin du XIXe siècle.

De manière plus générale on appelle aussi apocope toute suppression de phonème ou de syllabe en fin de mot, comme il se trouve souvent dans la langue courante ("ciné" pour "cinéma", lui-même forme abrégée de "cinématographe"

De même, parmi les licences poétiques, "ENCORE" peut remplace "encore", de même que "CERTE" peut remplacer "certes" pour économiser une syllabe sur le décompte d'une mesure régulière.

Exemples d'apocopes :

Proclamons les princip's de l'art
Que pesonn' ne bouge !
La terr' glais', c'est comm' le homard :
Quand c'est cuit, c'est rouge.

Charles CROS
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Une descent' de lit en peau d'renne,
D'la rein' qu'est mort', la pauvre reine !

Alfred JARRY
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L'ASSONANCE

Sous ce terme deux fait différents sont regroupés. Ils concernent, d'une part, la "stylistique", et secondement la prosodie"

En stylistique, la répétition remarquable d'un même phonème vocalique. Ce peut être la répétition simple d'une même voyelle, comme dans ce vers de "PHÈDRE" où l'assonance en "i" souligne les quatre accents de l'alexandrin :

Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire.

Mais ce peut être aussi une combinaison de différentes voyelles qui peuvent alterner ou obéir à un effet de "chiasme", comme BAUDELAIRE, où les phonèmes remarquables de l'assonance sont également sous l'accent :

Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés

Il arrive souvent que les "assonances" soient mêlées à des allitérations : ainsi dans ce vers du même poème de BAUDELAIRE où le "chiasme", cette fois-ci, est réalisé par des phonèmes vocaliques et consonantiques :

Tout mon être obéit à ce vivant flambeau

En prosodie, il s'agit d'un phénomène d'homophonie finale de vers : c'est la répétition de la même dernière voyelle tonique, quelles que soient les consonnes éventuelles qui suivent.

L'assonance a été le premier système de liaison entre les vers elle prédomine entre le IVe et le VIIIe siècle. Les poèmes les plus anciens sont assonancés. C'est le cas, par exemple, de la Séquence de Sainte Eulalie (fin Xe siècle), de Saint Léger (début XIe siècle), et des premières chansons de geste.

Le recours à l'assonance reste prédominant dans la poésie médiévale du XIe au XIIIe siècle ; elle assure la continuité de "laisses" de quatre à trente vers, chacune étant caractérisée par une même voyelle répétée en assonance, qui changeait à la "laisse" suivante, avec également un changement dans la narration.

On la retrouve dans le "vers moderne" mêlée aussi à d'autres sortes d'homophonies finales, ainsi que dans ce quintil de "La Chanson du Malaimé" de Guillaume APOLLINAIRE (Alcools) :

Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu'il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte.


Il s'agit d'une "assonance" qui relie "Londres", "rencontre" et "honte". elle est accompagnée d'une "contre-assonance" en "consonnes dentales" qui court dans les cinq vers : d'abord une sonore (Londres), puis quatre sourdes (ressemblait ; (rencontre) ; (jeta) ; (honte). Ajoutons qu'une autre, en "r", relie Londres et rencontre

La rime : ressemblait à / jeta est une "rime équivoquée".

SOURCE :"Dictionnaire de poétique", de Michèle AQUIEN (Le Livre de poche, 1993)
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LA CONTRE-ASSONANCE

Alors que la rime résulte de l'identité de la dernière voyelle tonique à la fin du vers, "la contre-assonance" repose sur l'identité de la dernière consonne prononcée à la fin du vers (ou du dernier groupe de consonnes), quelles que soient les voyelles :

Il entendit la licorne
Hennir près de la lucarne.

Maurice FOMBEUSE


Une rimes à "licorne" serait, par exemple, "salicorne" ; à "lucarne" : "il incarne".

Le système des rimes "babebines" constitue un cas particulier de la contre-assonance. Le mot est d'origine relativement récente, mais la pratique est ancienne, sans avoir été très répandue. On trouve déjà une utilisation proche de la contre-assonance par Clément MAROT, ou par Marc de PAPILLON-LASPHIRE (XVIe siècle).

RIME RONFLANTE À GROS GRAIN

Qui croira aux vertus de l'ancien proverbe,
Le grand Monarque doit faire raser sa barbe,
S'il perd sa lance avant la joyeuse bouteille,
En coutelassant mieux il gagne la bataille.


Jules LAFORGUE l'utilisa dans plusieurs poèmes, parfois en alternance avec le système traditionnel de la rime :

LUNES EN DÉTRESSE

Vous voyez, la lune chevauche
Les nuages noirs à tous crins,
Cependant que le vent embouche
Les trente-six mille buccins !

Adieu petits cœurs benjamins
Choyés comme Jésus en crèche,
Qui vous vantiez d'être orphelins
Pour avoir toute la brioche !


Toutes les rimes féminines des quatrains du poème sont ainsi des "contre-assonances" : "fache/niche", "reproche/lâche", "riche/brêche", "touche/autruche".

On en découvre des exemples aussi nets dans les poèmes d'Arthur RIMBAUD qui associe, par exemple : "des huches/aristoloches" (jeune ménage). "Veines/vignes", "blesse/mousse" (Bannière de Mai), ou "Gaule/idylle" (Michel et Christine), ou encore : "sentinelle/nulle", "élans/selon", "seules/s'exhale" (L'Éternité).

VERLAINE, MPONTESQUIOU, LE CARDONNEL, FAGUS, ont également utilisé le procédé.

La "contre-assonance" ne fait pas partie de la versification traditionnelle que nous portons tous en nous. Nos habitudes ne nous permettent pas de la percevoir immédiatement, à l'audition, comme nous le faisons de la rime. Mais nous sentons, plus ou moins consciemment, qu'on a utilisé un système cohérent, différent de l'habituel. Il introduit toujours une espèce d'étrangeté, un subtil décalage qui se manifeste sans être forcément reconnu.

Un autre exemple de Pierre MENANTEAU, extrait de "Herbier pour un enfant poète".

CHIEN EN LAISSE

Par ce jour mouillé de Novembre
Où perce parfois le soleil
Un petit chien porte son ombre
Le long des tilleuls de ce mail.


La ""contre-assonance" peut être employée en même temps que le système traditionnel de la rime :

...
Leurs yeux qui sont faits
Pour d'autres lumières
Dans notre jour faux
Clignent des paupières.

Jean de La VILLE de MIRMONT (L'Horizon chimérique)

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L'ÉLÉGIE

Ce mot provient du grec "elegos", qui veut dire "plainte". L'élégie est un genre à l'antique qui, en Grèce et à Rome, était codifié par des règles très précises, mais au moment où le genre est remis à l'honneur en France, vers 1500, il ne s'agit pas de désigner par là une forme fixe, mais un poème lyrique fondé sur le thème du malheur, presque toujours amoureux (amours contrariés, ou interrompues par l'infidélité ou la mort). C'est ainsi que Thomas SÉBILLET la définit dans son "Art poétique", en 1548 : " De sa nature, l'élégie est triste et traite singulièrement les passions amoureuses, lesquelles tu n'as guère vues ni ouïes vides de pleurs et de tristesse".

La nostalgie est la mélancolie sont donc des thèmes propres au ton élégiaque : pensons à l'élégie de RONSARD "Sur la forêt de Gâtine". Au siècle suivant, BOILEAU en critique les excès sous forme de poème :

La plaintive Élégie, en longs habits de deuil,
Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil ;
Elle peint des amants le joie et la tristesse,
Flatte, menace, irrite, apaise une maîtresse.
Mais, pour bien exprimer ces caprices heureux,
C'est peu d'être poète, il faut être amoureux.


Les élégies du XVIIIe siècle sont plutôt libertines ; mais le recueil qu'André CHÉNIER intitule Élégies renoue, lui, avec l'atmosphère à l'antique, par des références au monde gréco-romain : tel le plus célèbre de ses poèmes, "La jeune Tarentine".

Avec les romantiques, l'élégie se renouvelle, plus sombre, plus méditative et mélancolique : la veine élégiaque est particulièrement illustrée alors par les Méditations de LAMARTINE. Dans la poésie moderne, rares sont les poètes qui se réclament de l'élégie en tant que telle.
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[i]Ce message a été édité - le 12-04-2020 à 11:09 par Laugierandre




Ce message a été édité - le 12-04-2020 à 12:06 par Laugierandre