Récits de l'hiver ou de Noël

Par : Machajol
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Ann Miserey

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... [...] A l'aube de 2018, c'était un signe encourageant !
Un signe que la dinde se ramasserait encore des marrons comme chaque année. Mon ordinateur portable choisit le lendemain pour rendre son âme au père Noël. Quand je vous dis que la poisse me poursuivit ! A grands coups de cuillers à bûches, on enterra la hache de guerre bénie de bulles de champagne avec cette année pourrie qui finit comme elle avait commencé, sur le ton du grincement de scie. Je n'avais aucune intention de me laisser abattre par l'avalanche de franches contrariétés et d'insolubles soucis qui me touchèrent plus ou moins de près et souvent de trop près, ces mois précédents. Trop, ce fut trop ! Malgré mon manque soi-disant avéré de la moindre compassion pour mon prochain et même pour mes proches, assorti de mon solide sens de la dérision, j'atteignais pourtant les limites raisonnables de la patience.
Ce soir de réveillon à l'approche du fatidique passage, je m'apprêtai donc à déchirer la coiffe d'une bouteille du pétillant breuvage quand le sapin s'échoua sur la vénérable armoire aux confitures, liqueurs et autres trésors gustatifs et petits secrets familiaux. Les anges s'éparpillèrent décapités sur le carrelage éclaboussé de débris de verres colorés, clochettes et fanfreluches se mêlant aux épines de l'épicéa. Ô suspends son vol, un ange passa dans la douceur des boules de coton cramponnées encore aux branches dénudées. On fit bien une tentative de sauvetage en redressant le squelette dans son coin dédié. Je dégrafai alors le corselet de la belle, prometteuse de délices en mon palais que le végétal se vautra lamentablement de nouveau et c'est ainsi qu'il passa le pont de l'An Neuf.
2017 fut notre FÊTE : de la Saint-Sylvestre précédente à ses douze derniers coups de minuit qui sonnèrent enfin son glas. Jusqu’à ses dernières heures, l’année nous poursuivit de sa guigne et je savais qu’elle avait passé le mot à sa complice 2018.
Le bouchon sauta, les coupes tintèrent et on se promit bien que le mauvais œil ne nous y reprendrait plus. On s'offrit en étrennes trois cents soixante-cinq semeuses de menues joies quotidiennes repoussant le malheur comme l'ail fait des diablotins dévastateurs. Quand 2018 nous foudroiera en son milieu d’année par la mort annoncée de Fernand, je trouvai ainsi les ressources morales indispensables pour rebondir dans la vie.
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Machajol

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Merci Ann ! 😉
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Ann Miserey

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J’étais à peine sortie de l’adolescence que je passai le Rhin pour savoir si l’herbe y était plus verte qu’en ma Normandie natale. J’avais attendu avec impatience mes dix-huit ans et pourtant pointée présente au baccalauréat que je me savais inutile puisque je ne pourrai pas user mes jeans sur les bancs de la fac. Je n’attendis donc pas les résultats pour me poser à Hanovre chez nos voisins teutons.
Je commençai comme fille au pair, je finis dans des bras germaniques. Je m’appropriai ainsi certaines traditions de cette Allemagne du nord qui n’avait rien ni de la Bavière ou du Tyrol touristique pas plus que de ce parler berlinois dont on use dans nos parodies me divertissant beaucoup car j’aime bien me moquer.
C’est ainsi qu’à mon retour à Rouen, j’imposai dans mon nouveau foyer, les quatre bougies de l’Avent à la mode de chez moi. Il ne s’agissait plus de les planter sur une couronne qui accompagnait chaque après-midi, le thé ou le café long pour faire couler le lourd gâteau avec son incontournable coupelle de crème fouettée, le froid et le sport réclamant de la calorie.
La couronne qu’elle fut d’épines ou la représentant du soleil toute ronde comme une galette qui pourrait rouler tout autour de la terre comme Kolobok ce petit pain croustillant, se transforma en une bûche de bois de celles qu’on jette au feu avant la messe de Minuit pour réchauffer les petons du p’tit Jésus dans sa crèche. A défaut de la laisser consumer sous une pluie de contes en attendant l’arrivée du père Noël ou simplement de s’en empiffrer jusqu’à l’écœurement, je la posais sur le buffet tout le temps de l’Avent. Chaque année un peu pareil, jamais la même, elle fut décorée de fruits secs, d’oranges et de bâtons de cannelle. Elle fut souvent parcourue de rennes cherchant leur lichen sous la neige parsemée, allez savoir pourquoi de séduisantes amanites en sucre. Elle fut aussi la scène des animaux de la forêt hantée de lutins échappés des feuilles d’automne. Cette année dans les Landes loin du givre sur les carreaux et la magie du pain d’épices et du vin chaud, elle est minimaliste avec un génie espiègle, un ourson encapuchonné et des pignes argentées mais elle trône en belle place à côté du berceau encore vide de la crèche.
Cette tradition née dans mon jeune foyer normand perdure aujourd’hui dans l’esprit de mes enfants devenus eux-mêmes parents. Une tradition n’a pas eu besoin de planter ses racines dans un lointain passé pour qu’on s’y accroche comme à une bonne odeur d’enfance et qu’elle se disperse comme nos familles aujourd’hui devenues nomades.
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Michèle Corti

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C'est un vrai régal de mots et de souvenirs que tu nous livres là, Ann ! Merci pour ton humour revigorant !
Bizz pas glacées ! 😊
Bon, je vais brouetter du bois pour ma cheminée !
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Ann Miserey

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Tu as raison tes boules de poil ne doivent pas souffrir du froid.
Cette année pas de maison de campagne, pas de corvée de bois!

J'aime bien aussi les marrons glacés !
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Machajol

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L'homme, sur son carton
par Machajol



Mitaines trouées
Bonnet enfoncé
L'homme sur son carton
Les mains gelées


Hiver frisson

Là, il était las,
Le désespoir
Assis sur ce trottoir
Amer et solitaire
Les mains gelées
Dans ses mitaines

Hiver frisson

Les passants eux
Bien emmitouflés
Dans leurs manteaux de laine
Passent vite, tête baissée

Misère austère, figée


Un regard pour un sourire
Ma main tendue, un bout de pain
Ce bout de pain comme un festin

De cet échange silencieux
Une étincelle dans ses yeux

Illuminés par son sourire
La chaleur vous prend au coeur

Inoubliable, ineffaçable


Les passants, eux
Dans leurs manteaux noirs
Continuent
De ne rien voir


Hiver frisson

Un fait divers
Sur un carton



Retouché en 2018 !
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Machajol

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Un fait d'hiver !!!


Puisque nous sommes en hiver,

Noël étant passé !

Je vous propose de continuer avec quelques récits, de vos plumes, sur le thème de L'HIVER ; merci à ceux qui se prendront au jeu !



Ce message a été édité - le 26-12-2018 à 09:30 par Machajol
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Ann Miserey

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Puisque l'hiver annonce les espérances du printemps. De Noël, nous irons bien jusqu'aux Pâques.
J'ai recueilli ce petit mendiant d'amour et de pain... Malheureusement, il n'aura pas survécu.

Désert blanc (janvier 1993)

J’ai recueilli ce matin
Un caneton fruit d’amours tardives
Prisonnier du désert blanc
Qui recouvre la campagne.

Le poussin frigorifié
S’est blotti contre mon sein
Oasis de chaleur de sécurité
Je le nourrirais tout à l’heure
De mie de pain trempé dans du lait
Et le garderai auprès de moi
Si la Vie veut bien de lui
Jusqu’au printemps

Le désert comme un mirage
Aura disparu sans laisser de traces.
Je l’ai déposé sur un carton
Lui refusant mes doigts
A pincer, je ne suis pas sa mère
Il est sauvage et esclave
Des mes bons soins
Je refuse qu’il devienne
Il ira se régaler de vers
Et d’herbes tendres et m’oubliera
Pour la belle saison revenue
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Michèle Corti

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Hiver

Hiver déchire notre Terre Gifle et enfièvre les paupières
Des sans-abris, traîne-misères
Jetés sous le pont des galères
Hiver enneige les églises
Gèle les petites mains grises
Des enfants tombés dans la mouise
Sur les trottoirs des entreprises
Hiver célèbre les festins
Le foie gras s'achète à la tonne
Devant des yeux que rien n'étonne
Qui ne croient plus en leur destin
Hiver ramène les cartons
Couvertures et boissons chaudes
Aux laissés-pour-compte qui rôdent
En refusant toute prison
L'hiver engloutit tous les coeurs
De ceux qui verrouillent leurs portes
Et fait empirer la rancoeur
Des misérables en cohorte !




Ce message a été édité - le 27-12-2018 à 01:26 par Marcek
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Machajol

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L'hiver limpide


par Ombrefeuille

C'est un matin plus frêle aux frimas du chemin,
C'est un soir plus frileux aux branches dénudées,
La brume qui s'attarde aux collines drapées
D'un silence plus mat où l'horizon s'éteint.

Le vieux seuil au jardin frissonne au pas léger
De la neige première, irréelle danseuse
D'un ballet descendu de l'aube vaporeuse,
Sans un souffle, sans bruit, sans même rien troubler.

Dans les pierres du mur et sous l'ombre du toit,
Des moineaux sont cachés, tremblants et immobiles,
Résignés et tassés sur leurs pattes fragiles,
Les plumes bousculées par un vilain vent froid.

Le ruisseau qui s'en va murmure la forêt
Où bondit la cascade, où le givre scintille,
Où la brise est limpide, où l'air lui-même brille,
Où chaque bruit jaillit et claque comme un trait.

Le matin est plus souple, il a gelé moins fort,
Le soir flâne en chemin parmi les giboulées,
Sous la neige vieillie quelques tiges sont nées,
Et tressaille déjà un flot qu'on croyait mort …
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Ombrefeuille

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Plein de beaux poèmes, comme s'il en neigeait ! 😃

Mille mercis, Macha, d'avoir mis ici mon poème "L'hiver limpide". Cela me touche vraiment.

Je vais à mon tour plonger dans mes "vieilles malles" et essayer d'en ressortir un ou deux poèmes d'hiver. C'est tellement chouette de partager !

A bientôt, en espérant que Dame-Neige aura la bonne idée de s'inviter à la fête pour de vrai 😃
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Ombrefeuille

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Chose promise, chose due !
En v'là un tout nouveau tout chaud (enfin tout chaud … façon de dire !) écrit entre hier et aujourd'hui 🙂


PETIT FLOCON

Il était une fois
Un flocon blanc, léger,
Qui voulut se poser
Ailleurs que sur les toits.

Né d'éternelles neiges,
Il se mit à descendre.
Il lui semblait entendre
D'ineffables arpèges.

La voûte ailée des cieux
Dansait, se déployait,
Scintillait, tournoyait,
Du givre plein les yeux.

Parmi vents et nuages
S'envolait, fantastique,
La route magnifique
Que suivaient les trois Mages.

Petit flocon, surpris,
Aperçut le traîneau
Où trônait, noble et beau,
Grand-Père Gel, assis.

Des forêts enchantées
Et de la plaine immense
S'exhalait le silence
Des nuits carillonnées.

Un souffle de travers,
Un courant d'air mutin :
Petit flocon, soudain,
Traversa les hivers.

Poussé vers nos contrées,
Il découvrit la ville
Et fondit, pur, fragile,
Sur mes paumes levées …


Grand-Père Gel est l'équivalent russe du Père Noël. Et son nom original se prononce à peu près comme ceci : Died' Maross'. Il est le père de Sniégourotchka, la Fille des Neiges.

Il m'a plu de mêler Noël, l'Epiphanie et les emprunts plus populaires, "profanes", car Noël et l'hiver, c'est tout cela à la fois. De plus, la fête liturgique de Noël dans certaines Eglises orthodoxes, Russie et Serbie notamment, tombe les 6 et 7 janvier, en même temps que l'Epiphanie chez nous.


Après ce cru de l'année, je vais plonger pour de bon dans mes vieilles malles, histoire de voir s'il ne s'y cacherait pas quelque "trésor" à partager 😃
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Machajol

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Très beau, Ombrefeuille, merci ! 👋
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Machajol

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L'hiver
par Machajol




Vaste étendue de neige bleue

Sous l'espace brumeux
De son ciel cotonneux
Le blanc crève les yeux

Scintillement

Dans les ornières traces de pas
Un lièvre roux est passé là
Le vent soulève poudre de neige
Volant comme un voile de rêve

Dure aux hommes cette terre
Façonne leurs comportements
Bourrus parfois et solitaires
Ils n'en sont pas moins solidaires

Vastes espaces où l'horizon
Sert de jonction entre le ciel
Et cette terre mortifère

Plaines austères sous le soleil
Timide encor du froid hiver
Blanche vallée au diapason

D'une chanson qu'un bucheron
Sifflote en rentrant le soir
Auprès de l'âtre en ostensoir


Poème posté le 08/11/17
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Ombrefeuille

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Merci, Machajol 😃
Ton "Hiver" est également très beau et vrai, fidèle à la rudesse de cette vie rurale et montagnarde.

Après avoir mis le nez dans mes vielles malles, en avoir respiré l'odeur et remué la poussière, je peux proposer un poème assez court, écrit en décembre 1994. Quelques retouches par-ci par-là, car je trouve qu'il sonne mieux ainsi, et le voici donc …


NEIGE

Sur les pentes, parmi le silence des cimes
Et sur le noir élan des arbres dépouillés,
S'étend la neige, vaste, et ses pas effacés
Peuplent l'éternité des transparents abîmes.

Les sentiers sont de neige, et de neige la source
Qui bavarde sans cesse entre les rocs plus vifs,
Où viennent se pencher les cieux méditatifs,
Dont la brise est de neige, et de neige la course.

L'instant semble immobile, et le profond cortège
Des vieux sapins dressés procure le repos.
Solitaires vallées, maisons aux volets clos,
Et sur les toits la neige, et sur le seuil la neige …