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Printemps des poètes 2018 - Vos poèmes et autres créations

Par : Rickways

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Aurorefloreale

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Ardeur de la fleur pourpre
Qui dans le froid souffre,
Printemps est à nos trousses
Et doucement se détrousse.

La rose a légèrement pâli
En son cœur plein d'envies,
De changer de doux coloris,
La fragile fleur survit.

Douceur de velours pour ses atours,
Entourée de la toile claire de vie,
Dentelles se dessinent sur la toile

Et éloignée des étoiles , un voile
Pour cacher toutes ses envies,
Tandis qu'Alizé gonfle la voile.

Le temps se fait priser...



Posté à 09h12 le 19 mars 18

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Ancienmembre

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Louons ici l’ardeur
du piment d’Espelette,
cinabre solanée
du genre pepsicum.

Subtil et baroudeur,
il aime qu’un poète
aux rimes surannées
lui fasse ici sa com.

Sitôt qu’on l’éparpille,
il flatte les papilles,
et swingue le be-bop.

Sur la moindre omelette,
ou sur la cotelette,
l’espelette est au top.

Posté à 11h10 le 19 mars 18

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Aurorefloreale

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Top aussi à ces mots gourmands d'épices!

Posté à 11h52 le 19 mars 18

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Ann

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LA TOILETTE DES CHATS SAUVAGES 3

Chez Mémé, on ne se lave que pour la messe.
Mais à la messe, on oublie toujours d’y aller.
Alors on ne se lave jamais.
Pourtant chez Mémé,
C’est tous les jours dimanche quand revient l’été.
Mémé n’est pas une mécréante ! Ah ça non !
Le dimanche est un jour sacré : on mange du poulet
Que Mémé a estourbi la veille, plumé et vidé :
Le blanc et les cuisses pour les enfants,
Le croupion pour Julius le chien
Et la carcasse pour Mémé
Qui racle les os avec un couteau pointu.

Le dimanche, on mange avec les doigts,
La salade croquante du jardin et les frites.
Un délice, ces doigts qui dégoulinent de gras juteux !
Chez Mémé, c’est la toilette des chats sauvages
Sauf pour paraitre devant les parents
A la fin des grandes vacances.

Paul a fait un trou au fond du baquet pour faire
Comme les baignoires de la ville
Mais il doit y manquer quelques choses
Parce que l’eau se sauve, c’est peut-être
Que l’eau aime filer dans l’herbe ,
Que l’eau comme Paul, n’aime pas le savon
Qui sent la rose, l’odeur des filles
Et qui pique comme le menton de Mémé.

Mémé n’a pas l’eau courante,
Elle dit qu’au prix que ça coûte,
Elle préfère celle qui reste au fond du puits.
On y puise l’eau et on y rafraichit le vin.
Le vin, c’est pour Mémé :
« Ça lui donne de l’ardeur ! », qu’elle dit.
Pourtant, elle pique du nez après le repas,
Pendant que l’arrosoir accroché au pommier tout sec,
Chauffe au soleil pour la douche commune.

Paul dit qu’il est le plus grand, qu’il passera après.
Mais après, il n’y a plus qu’une rigole de boue
Échappée du baquet percé qui arrosera
Un carré d’aromates grillant au soleil.

Il faudra attendre l’orage d’août
fatigué de la canicule.
Mais Paul est prudent, il sait
Qu’il ne doit pas rester sous l’arbre.
Il n’y a rien de pire que l’orage, sauf Maman
Quand elle vérifie les oreilles et les ongles…
***

Mais cet après-midi, il y a l’œuf
L’œuf pour le liéchi
L’œuf qu’il faut donner en main propre
Et les mains de Paul sont…
.................
Suite de
BUISSON ARDENT 1
MEME 2
....................
à suivre
Rosalia et le liéchi 4
Mais ayant écrit sans ardeur, j'ai pris du retard, nous sommes déjà le 19 mars !

Posté à 22h06 le 19 mars 18

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Ann

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LES PANIERS DU MARAIS 4

Mémé ne regardait pas à la dépense quand il s’agissait de choisir la meilleure qualité et que la nature ou l’huile de coude ne lui permettaient pas de s’en dispenser. Sinon, elle ne badinait pas avec les économies qu’on pouvait faire sans qu’elle ne se privât jamais des agréments de la vie qu’elle estimait bien trop courte pour s’encombrer de soucis inutiles au rang desquels, elle comptait les banquiers.
Un panier même troué, était un panier qui avait coûté de l’osier au marais et de la sueur à son aïeul. Elle consolidait donc les corbeilles avec de la corde qu’elle fabriquait avec de la fibre de lin qu’elle glanait début juillet. Mémé n’était guère fleurs bleues, elle avait le sens pratique aiguisé comme son opinel. C’était d’ailleurs, la première sortie qu’elle faisait avec les enfants revenus de la ville pour les grandes vacances qui commençaient désormais vers la Saint-Jean. « On part à l’herbe aux lapins » disait Mémé campée dans ses vieilles bottes de caoutchouc avec gravées dessus AIGLE car elle réservait les neuves pour des tâches plus nobles, c’est-à-dire que la paire était si neuve qu’elle n’avait encore jamais servi depuis son achat en 19… Combien ? Mémé était discrète sur cet achat impulsif.
On remplissait les sacs de jute de pissenlits qui recouvraient les modestes brassées de tiges de lin que Mémé avait prélevées tout juste pour sa consommation de l’année suivante car c’était un larcin fait aux champs cultivés.
Elle gardait des générations de vieux objets dont la matière première pourrait encore faire de l’usage. Elle ne jetait rien qui puisse encore servir, elle réservait méthodiquement dans des cartons à chapeaux et des boites en fer marqués à l’encre violette, les boutons et les lacets de soulier. Ses torchons étaient tirés du ventre de draps usés avant de finir en chiffons devenus doux par l’usure. Elle tirait ainsi partie du moindre morceau de tissu, elle tirait l’aiguille avec ardeur pour ne jamais tirer par la queue, le diable que d’ailleurs elle faisait fuir avec des tresses d’aulx pendues dans l’âtre. Les pulls démodés ou devenus trop petits retournaient se pelotonner dans une grande corbeille avant de reprendre du galon et les cotonnades, un temps, robe ou corsage, accordées les unes aux autres finissaient en divers patchworks. Les dentelles et les rubans et même les élastiques des culottes de coton retournaient dans la boite à couture qui béait d’indigestion passementière. Ses doigts d’or ravaudaient, reprisaient en points aussi invisibles que son modeste argent qu’elle engrangeait comme l’écureuil fait avec ses noisettes, en prévision d’un rude hiver. Les cachettes de Mémé étaient secrètes…

Quand Paul, le petit Luis et Juliette la plus jeune se bousculèrent à la porte de la cuisine pour expliquer la terreur que leur avait faite un rôdeur sortant du buisson d’épines, il ne fut jamais question qu’ils abandonnèrent les chères corbeilles dans les bois et moins encore qu’ils revinrent sans une récolte conséquente de mûres. Paul tenait dans ses mains, un œuf qui devait leur attirer les faveurs d’un certain liéchi. Mais les enfants n’avaient jamais entendu parler de ce fameux personnage. C’était la première fois que Mémé en parlait et encore ! Elle s’était contentée de dire qu’il fallait lui offrir un œuf. On ne savait même pas pourquoi !
Paul trainait les pieds à l’idée qu’il devait passer par la rivière pour se laver les mains tandis que les deux plus jeunes tremblaient à l’idée d’affronter le buisson et son occupant qui les avait tant effrayés la première fois. Mais le soleil commençait sa course vers l’horizon…

Posté à 22h39 le 20 mars 18

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Ann

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MENTHE OU ROSE 5

Volé à un bras de l’Eure,
Le ruisseau de Motet
Est un petit filet d’eau
Oublié aujourd’hui dans le remblai de la grande route
Menant à des zones dortoirs affligeants comme le crachin.
Les travaux sacrifièrent bois, potagers clos et peupleraies,
Mortifiant à l’occasion les collines d’en face
Depuis longtemps abandonnés des vignes,
Libérées des rires enfantins taquinant
Des grappes d’escargots copulant sur les brins d’herbe.
Débarrassées du soleil d’été, on leur troqua
Le sépia des cartes postales pour une grisaille de béton.

De la Barillette, il se perdait dans les herbes
Jusqu’au pont d’Ezy.
En fait, le ru en longeant le fossé nord du château de Diane
Faisait bien pâle figure, il n’avait en fait pas de nom véritable,
Il courait sans demander son reste,
Il suffisait qu’on y joue à l’abri des grands pour qu’il existât.
Fut-il un bief du moulin dont je ne connus que les dernières ruines.
Qu’importait ! Il y a plusieurs décennies, quelques enfants s’y attardaient encore…

Paul était circonspect tel un chat devant une souris verte.
Il se passa longtemps le poignet sous le museau
Avant de s’avancer au bord de l’eau.
Le petit groupe déposa alors l’offrande
Sur une épaisse touffe de roselière.
L’œuf de poule devait adoucir les humeurs du terrible liéchi.
« Hâte-toi Paul de te laver les mains ! Je te rappelle
Que nous devons rapporter notre récolte avant la nuit »
Les sages paroles de la petite Juliette
Se répandirent sur le tapis de faux cresson.

Accroupi, les paumes ouvertes, l’ainé des enfants
Entendit échappées d’un vieux saule tétard :
Ces paroles à lui seul adressées : « Menthe ou Rose ? »
— Menthe ou rose ? Tu te décides ? Tu es muet ?
Paul était lors une statue de sel
Au pied de la donzelle à l’escarpolette
Se balançant au-dessus du ruisselet.
La fillette quitta son perchoir :
« Menthe ou Rose ? Ou je te chatouillerai
Et les bras et la plante des pieds ! » fit-elle
Joignant le geste à sa menace.
Paul perdit pied dans un trou d’eau profond
Comme un gouffre de peur et de plaisir tout à la fois.
La fée car il s’agissait d’une fée, fit encore :
« Menthe ou Rose ! Fi de ta réponse !
Menthe à l’eau
A l’eau de rose !
A l’eau, tu es tombé »
— Tu es une tricheuse ! C’est quoi ton nom ? »
Paul n’obtint en réponse que les quolibets de ses frère et sœur.
— Te voilà propre en tout cas ! fit Luis
— Paul est amoureux, Paul est amoureux ! chantonna Juliette :
« Mais de qui, on ne sera jamais »
— D’un rond dans l’eau, de l’ombre de cette branche ! se moqua encore Luis.
Paul qui avait repris ses esprits, enfin presque, se rebiffa :
« Elle était là dans mes bras et je l’ai embrassée. »

Paul chercha longtemps, au crépuscule de ses soixante ans,
Il convola en dernières noces avec une certaine Myrtille,
Il y avait eu avant elle : Liseron, Sylvie, Anémone,
Hazel, Flora, Violette, Yveline…
Dans les bras de Wivine, il finit par mourir d’amour
Mais pour qui, on ne le sut jamais !

Posté à 19h38 le 03 avril 18

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Ann

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Suite de

BUISSON ARDENT 1
MEME 2
LA TOILETTE DES CHATS SAUVAGES 3
LES PANIERS DU MARAIS 4
MENTHE OU ROSE 5
L’ŒUF BRISE 6
LA SOUPE AU LAIT 7
OU L’ON FAIT CONNAISSANCE AVEC MAITRE KOSTIA 8
LE FORGERON 9
LES HARDIESSES DE MAITRE KOSTIA. 10
LE SHOW DES PUCES 11
LES CONFESSIONS DE MEME 12
UNE PIQUANTE ALLIANCE 13



CITRON VERT ET CLOU DE GIROFLE 14


Mémé était morte depuis quelques heures.
Alors que Kostia était occupé à enrouler une longue boucle blanche tirée de sa tignasse, sur la marque de l’alliance qu’il lui fallut bien ôter comme la loi l’exigeait, il refusa fermement le transfert de la défunte. Comme le médecin insistait sur les avantages du funérarium, le veuf rétorqua à l’homme de l’art :
— Dis Toubib, c’est le gibier pas ma femme que je conserve dans la chambre froide et si ça te dit, ma cave tient au frais, ma réserve de vin et de cidre. Mémé disait toujours qu’il ne faut jamais se laisser abattre quelques soient les circonstances.
— Monsieur Zviaguintsev, un défunt dans une maison, c’est encombrant ! tenta une dernière fois le médecin.
— La mort, ça pue et ça attire les mouches ! Si ça vous dit ! Tuez les mouches mais ma femme restera chez elle jusqu’à ses obsèques, répondit fermement Kostia qui découpait des citrons et des oranges en deux. Il ajouta : « Ne restez donc pas figé comme un piqué. Rendez-vous utile, plantez des clous de girofle dans ces demi agrumes. »
— Vous faites un cocktail ? Le moment est-il approprié ? demanda le médecin qui rédigeait l’acte de décès sur un coin de la longue table de cuisine.
— C’est un truc pour chasser les mouches et ça embaume, si j’ose dire ! Mieux que l’encens et le buis !
Le médecin quitta la ferme, la porte resta entrouverte et Kostia sur sa chaise. Les petits-enfants étaient maintenant des hommes et Juliette, une jeune femme tout à fait épanouie, prenant doucement les traits de Mémé. Ils venaient d’arriver ensemble et même le matelot Paul Lemercier en permission pour trois mois.
Egrenant les souvenirs, ils rirent d’abord en berçant les filles de Cunégonde et de Chimène, les puces savantes de Kostia qui faisait encore un liéchi tout à fait acceptable :
— Je mangerais bien une omelette, fit Kostia. Qui cassent les œufs ?
— C’est le rôle de Paul, firent ses frère et sœur.
— Savez-vous que depuis le printemps, nous avons un hôte gourmand d’œufs et de lait ? Une petite princesse qui allaite trois jolies boules d’épines, fit Kostia qui portait bien ses quatre-vingt-quatre ans, les épaules larges comme une armoire et les cuisses d’un chêne centenaire.
— C’est sans doute l’amoureuse de Paul, fit Luis, célibataire endurci.
— Parle toujours, vieux bouc, tu préfères tes brebis et tes biques, se défendit Paul qui laissait dans chaque port, son bon souvenir à une jolie maitresse.
— C’est le loup de mer qui se moque du berger, fit Juliette la petite sœur qui avait une question qu’elle se gardait depuis si longtemps qu’elle ne put la retenir d’avantage : « Kostia, tu te souviens du temps où tu étais notre méchant liéchi, du temps où tu faisais ménagerie de puces. Nous étions toujours de la fête… Et pourtant, quand tu épousas Mémé… osa Juliette
— Ce fut de belles noces ! se précipita Kostia
— Mais à la mairie… reprit Juliette. De longues années, on se demanda pourquoi, nous fûmes tenus à l’écart, insista Juliette.
— Kostia, excuse notre sœur, c’est une fille, elle se mêle toujours de tout ce qui ne la regarde pas ! s’interposa Paul.
— Mes chers enfants, nous y voilà ! fit le veuf.
— Nous y voilà à quoi ? fit Luis
— Au secret de Mémé ! De toute manière, vous auriez su dès demain et je préfère que vous appreniez tout par ma parole ! fit le solennel Kostia
— Tu nous intrigues comme quand nous étions enfants et qu’on buvait les contes à dormir debout de Mémé, fit Paul
— Il ne s’agit pas là de contes du hérisson mais il y a du piquant dans le secret de Mémé. Je suis le seul encore vivant à connaitre toute l’affaire qu’il faudra bien avouer à votre oncle et père. Une difficile confession ! soupira Kostia qui commençait à peine à mesurer l’étendue de sa peine et la réalité de son veuvage.
Luis poussa la porte sur les indiscrétions possibles d’une visite tardive, Paul resserra les chaises dans l’âtre et Juliette apporta deux coussins pour Kostia, un pour la tête, l’autre pour les pieds. Le vieux poêle de fonte était froid, les hiboux chantaient une oraison pendant que les chauves-souris étiraient leurs ailes noires dans l’obscurité de cette nuit d’été. Les chopes de russes blancs avaient remplacé les bols de soupe au lait et Mémé restait muette.

« A la mairie ? On se tapa le carton ! Ce fut le curé qui gagna, c’était un fin tricheur que l’abbé Degourges. Ce jour, on lui pardonna cette faiblesse. On lui devait bien cela ! » C’est ainsi que commença la difficile confession de Kostia. Les mots venaient entre un hoquet de chagrin et une larme de cocktail.
On veilla ainsi toute la nuit et la nuit fut courte…

Posté à 18h46 le 27 avril 18

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