Le tambour, après les trompettes
(Travail d'atelier sur une phrase de Jean Cocteau.)
Champ contrechamp.
" Dans un nuage de poussière, un petit garçon transporte son tambour et ses singes."
- Oui, la poussière, mais je les vois
- Il y a le bruit qui attire le regard, dans le nuage de poussière, et alors, le tambour
- Oui, le tambour d’opérette rouge, rutilant
- Une petite cymbale, aussi
- Oui, un tambour, comme un jeu d’enfant
- Un jeu d’enfant qui joue du tambour
- Oui, mais au début, pas encore l’enfant, d’abord, les singes
- Vous voulez dire dans le nuage de poussière d’abord le bruit du tambour, qui est rouge, avec une cymbale, et les singes qui sortent de la poussière. L’un deux tient une petite sébile avec de la monnaie.
- Oui, quelque chose, une charrette qu’on a déplacée, ou une rafale de vent, a soulevé un nuage de poussière autour du bruit du tambour
- Ou des animaux, effrayés par un coup de cymbale, ou un pétard d’opérette, aussi. Un âne, ou des poules, peut-être.
- Oui, les singes, eux, restent calmes. Seule, leur tête, leurs yeux, ont de petits mouvements brefs, aigus, furtifs, comme s’ils disaient : « là, et puis, là. »
- On n’entend pas à cause du tambour.
- Oui, c’est l’enfant qui joue. Lui ne regarde rien, il avance doucement. Les deux singes, comme ses yeux.
- Un sur son épaule, l’autre sur une mallette en osier qu’il porte en bandoulière.
- Oui, le tambour, et la mallette en osier, en bandoulière, et qui sortent du nuage de poussière. Ou c’est la poussière qui maintenant, retombe.
Avancer.
C’est mon tour, à moi. Avant, eux, ils chantent, et moi, j’attends. Ensuite c’est mon tour, je dois le faire. Le pétard explose, j’avance. Passer à côté de cet étalage de fruits, des caisses d’oranges, posées à l’ombre, au pied des tréteaux. Rester bien droit, jouer. Pas grave si ce n’est pas très régulier. Jouer. Avoir l’air ailleurs, et comme si j’étais triste. Jouer triste.
Des habits, des robes de couleurs, des chapeaux, des écharpes. Une pièce, deux. Avancer doucement, ne pas avoir l’air de, mais guetter. Ralentir si je sens que, peut-être. Comme les singes, donner l’impression d’être sage, très sage. Encore des fruits, des jarres d’huile, une odeur d’olive. Deux femmes bien habillées, regards sévères. Elles ne m’aiment pas. Elles n’aiment pas ça. Continuer, ne rien montrer. Les singes.
Plus loin, des cages à poules, une odeur de fiente. Une pièce. Au bout de la place, revenir sur mes pas. Repasser, à côté des deux femmes. Sentir. Et puis les oranges, après. Jouer, avancer. Ne pas. Comme si.