Pour ma part, je pense qu’il existe effectivement une forme de « nature poétique », mais pas au sens d’un don réservé à quelques-uns. Elle repose surtout sur nos émotions, nos ressentis, notre manière d’être traversés par ce que nous vivons. La poésie cherche moins à raconter qu’à faire sentir, et c’est là que chacun peut y entrer.
Nous naissons tous avec cette sensibilité-là : lire, aimer, ne pas aimer, être touché ou non, c’est déjà une manière d’aborder le langage par l’émotion. La poésie n’est qu’une manière plus consciente de laisser cette sensibilité s’exprimer.
La technique, en revanche, peut être un soutien… ou un obstacle.
Beaucoup commencent par la forme : compter les syllabes, vérifier les rimes, cocher les cases du “beau techniquement”. Dans ce cas, les mots sont choisis pour entrer dans le moule, pas pour dire ce qui cherche réellement à se formuler.
Pour moi, la poésie devient vraiment vivante quand l’émotion précède la forme, et que la technique vient ensuite pour la servir, l’amplifier, lui donner une structure. Les rimes, les anaphores, les allitérations ne sont pas des obligations : ce sont des outils, utiles seulement lorsqu’ils soutiennent ce qui a surgi.