Hugo, le Grand Moulin à Alexandrins en chef (je lui pardonne uniquement parce qu’il a aussi écrit Les Djinns – il est vrai qu’il était jeune alors) a conclu je ne sais plus quel recueil par un poème intitulé « Amis, un dernier mot », qui m’a fait bondir sur ma chaise. Je lui ai donc répondu vertement en ces termes :
Un dernier mot, dit-il. Tu parles ! Plût au Ciel
Que ce pesant bavard s’en tînt à l’essentiel !
Mais non, c’est reparti, et le bougre s’obstine
À renchérir, pour mieux rallonger la tartine !
Le voilà qui s’épand sur Lisbonne et Milan,
Qui invoque l’Irlande et son sort désolant !
Il peint la Grèce en pleurs, et le destin tragique
De Dresde, de Modène, et du lion Belgique !
Je craignais, il est vrai, qu’il n’abordât le cas
Douloureux du Zambèze, ou du Tanganyika :
Non, sauvés. Mais un mot ! Un mot, pas quatre pages !
Nous savons que partout triomphe l’étripage ;
Épargne-nous, de grâce, Andorre et Saint-Marin,
Ou même Alexandrie et tes alexandrins.
Et, perfidie supplémentaire, j’ai remplacé la citation initiale :
« Toi, vertu, pleure si je meurs »
(André Chénier)
par
« Je suis le grand ventilateur
des bananiers ».
J’espère l’avoir ainsi rhabillé pour l’hiver.