Japonaiserie

Par : Jim
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Mimmo

Posts: 142

Membre

Très beau Macha..
😊
Avatar

Jim

Posts: 5099

Membre

Temps suspendu, instant arrêté, contemplation, voici qui caractérise cet esprit japonais que le français, disposant majoritairement de verbes d'action, restitue difficilement. Même dormir est une action ! C'est d'un fatiguant, mon bon monsieur ! Nous devrions nous astraindre à l'infinitif, ou à l'absence de verbe ; la simple déclaration du constat d'un état. « Le soleil darde ! », non ! « Fait chaud », non ! « Chaud », c'est amplement suffisant, ou « chaleur ». Quand ? En automne, donc : « Chaleur de l'automne », non ! « Automne chaud », ça suffit, tout est dit. La contrainte voudrait une syllabe de plus, p.e. : « automne brûlant », mais ça sent l'excès à plein pif ! Il faut être banal pour croiser l'exception ; là réside le défi. Peut-être « Automne brûlé ». Alors, peut-être que « rétention d'eau en la terre », c'est lourd et longuet, et puis, si elle est dans la terre, on ne la voit pas, l'eau, comment donc en parler ? « vapeur enfuie pas le col », une façon de dire ce qu'on ne voit pas par sa conséquence visible, why not ? On peut donc conclure par : « la terre respire », soit :

Automne brûlé
vapeur enfuie par le col
la terre respire
Avatar

Kerdrel

Posts: 1961

Membre

Souvent j'hésitai
on confond le Népenthé*
Au thé à la menthe


autre nom du Léthé
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

@Jim Oui, c'est toute la difficulté, mais pas seulement pour le haïku ! Dans tous les cas, un dictionnaire de synonymes me parait indispensable.

"Automne brûlé" me paraît très bien, et "la terre respire" aussi. La 2ème ligne me paraît plus énigmatique, on se demande un peu de quel col il s'agit (d'autant que "col" est ambigu, il pourrait s'agir aussi du col d'une montagne, ou du col d'une chemise). S'il s'agit d'une théière, elle semble avoir disparu dans la bagarre ?
Avatar

Mimmo

Posts: 142

Membre

Puisque l'odeur du thé monte et que la terre exhale.

Un cygne s'envole ?





Ce message a été édité - le 07-05-2025 à 18:40 par Mimmo
Avatar

Machajol

Posts: 6219

Membre

Le grand cygne blanc
ronds dans l'eau grâce et beauté
terre parfumée


S'invite l'été
l'éventail de mes dix doigts
évente l'amour



Avatar

Jim

Posts: 5099

Membre

Automne brûlé
au bout du col le thé fume
la terre respire
Avatar

Machajol

Posts: 6219

Membre

Le thé parfumé
en volutes de fumée
sur la terre bleue
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

Je vais finir par faire des émules dans le cadre du haïku… Tant mieux !

Automne brûlé
au bout du col le thé fume
la terre respire


Ça me semble déjà nettement meilleur, ça coule naturellement, c’est bien écrit, et on comprend mieux le « col ». Pour moi, il reste une ambiguïté sur le mot « terre » : logiquement, il s’agirait du matériau de la théière (« terre cuite »), mais quand on lit, on pense plutôt à la Terre, et on se demande un peu où est le rapport (d’autant qu’il existe des théières en tout un tas de matériaux). Je pense que (si c’est bien cela), il faudrait caser l’expression « terre cuite », qui en plus ferait écho à « brûlé », mais je ne sais pas comment le tourner (en si peu de syllabes). Dans le haïku, à mon avis, il ne faut pas que le lecteur ait à se gratter la tête, il doit y avoir un caractère de simplicité et d’évidence, en même temps qu’un « coup d’œil » inattendu : pas facile !

Le grand cygne blanc
ronds dans l'eau grâce et beauté
terre parfumée


Trop « joli » : grâce, beauté, parfum… Il faudrait suggérer ces termes plutôt que les dire.

S'invite l'été
l'éventail de mes dix doigts
évente l'amour


Pas mal, ça… bien vu en tout cas, pas trop torturé, à part peut-être l’inversion de la 1ère séquence ? La répétition de éventail / évente me paraît justifiée ici.

Le thé parfumé
en volutes de fumée
sur la terre bleue


Intéressant, notamment la rime et l’expression « terre bleue ». Sans doute pas tout à fait un haïku, mais on s’en rapproche.

Puisque l'odeur du thé monte et que la terre exhale.

Un cygne s'envole ?


L’idée me paraît bonne, il n’y a plus qu’à mettre en forme… (« Un cygne s’envole » ferait déjà une bonne fin : 5 syllabes).
Avatar

Mimmo

Posts: 142

Membre


Théière fumante..
au bord du fleuve, la brume
- un cygne s’envole


Ou : d'où s'envole un cygne

Perso j'aime moins cette version, mais elle est peut être plus logique..

Théière fumante, suffit il à évoquer le parfum et la terre cuite ?

That his...

Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

J'aime bien ce genre de haïkus, même s'ils ne sont peut-être pas tout à fait "catholiques" : ceux qui laissent une impression, et même s'ils constituent une seule "phrase repliée", mais ce sont mes goûts à moi...

En tout cas "d'où s'envole un cygne" me paraîtrait moins bon, car phrase repliée et une certaine lourdeur. En première approche, je proposerais par exemple :

Théière fumante
les vapeurs montent du fleuve
‒ un cygne s’envole


mais on peut creuser la question. Là, on aurait l'idée de l'analogie entre la vapeur de la théière et la brume sur le fleuve, qui toutes deux s'élèvent comme le cygne, mais il n'y a plus l'idée de "terre". Je pense qu'il faut avant tout bien déterminer de quoi on veut parler, et se focaliser sur cette seule idée (avec la terre, la vapeur, la chaleur, la brume, le cygne, le fleuve... ça fait un peu trop pour un seul haïku ! 😎 )
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

P.S. Qu’est-ce qu’une « phrase repliée » ?

C’est un haïku composé d’une phrase normale, qui pourrait être de la prose, et qui semble avoir été découpée plus ou moins artificiellement en 3 séquences 5 / 7 / 5. On n’y trouve pas de « césure » (rupture de construction et/ou d’idée), d’où réprobation des puristes. Exemple (de moi) :

Les rideaux tirés / pour ne plus voir s’effondrer / ce ciel noir de neige


Là, on a une seule phrase (nominale), mais je ne le rejette pas, à cause d’une part de l’impression suggérée, d’autre part de l’oxymore (ciel noir de neige), ainsi que du verbe « s’effondrer ». Mais ce n’est pas un modèle canonique. Celui-ci :

Il m’emplit les yeux / le soleil rasant d’hiver / mouches violettes


serait déjà plus « correct » (la « césure » étant à la fin de la 2ème séquence)

Il aurait peut-être / encore fleuri ‒ clameur / de la tronçonneuse


Là, la césure est clairement en plein milieu, et elle est matérialisée d’ailleurs par un tiret long.

Nuages d’automne / je voudrais être un oiseau / ah, mais non ! le chat...


Ici, c’est plus discutable, on pourrait dire qu’il y a 2 césures, une à la fin de chaque séquence. Tout est une question d’appréciation : vaut-il mieux être 100 % catholique (ou plutôt « orthodoxe » d’ailleurs), ou bien peut-on arranger les choses à sa façon ? L’essentiel à mon avis est de savoir ce que l’on fait (mais on en apprend tous les jours…), et d’être satisfait du résultat, tout en restant en gros dans le cadre.
Avatar

Mimmo

Posts: 142

Membre


C'était dans l'idée de mettre le moins de verbes possibles..

En général, ce sont mes préférés (pas toujours non plus), mais ça a l'air tres difficile


👋
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3772

Membre

Longtemps Madeleine
une jeune fille en fleur
s’enticha de Swann
Avatar

Tontonjacques

Posts: 704

Membre

@Mimmo : Oui, il faut surtout éviter de faire du « narratif » (inclure plusieurs verbes d’action), ce n’est pas le lieu. On peut d’ailleurs se passer totalement de verbes. On apprend pas mal en lisant des haïkus récents, par exemple dans « L’Ours dansant » (petite revue gratuite, envoyée par mail, et patronnée par Dominique Chipot, qui connaît le sujet et procède à une première sélection). Ainsi, pour rester plus ou moins dans le thème, et sans que cela implique un jugement de valeur de ma part, on peut trouver dans le dernier numéro :

le thé versé / chante dans la porcelaine / stridence du téléphone

(Pascal Arnaud ; là, on a très nettement deux idées contradictoires)

le soleil infuse / sur la vieille théière / un lézard
(Françoise Deniaud-Lelièvre)

face au canal / mon regard à la dérive / cygne à l’arrêt
(André Ryk)

café crème / dans le ciel de cendres / un nuage blanc
(Francis Belime ; je tique un peu sur les « cendres »)


Autres thèmes :

plage paradisiaque / À Bali, un raz-de-marée / de plastiques
(Anna Joubert-Gaillard ; frappant et sonnant vrai, même s’il ne respecte pas le 5 / 7 / 5 ; en tout cas, il prouve que l’idée n’est pas de faire « joli » à tout prix)

éventail de spaghettis / dans l’eau en ébullition / dispute de mikado
(Christiane Dimitriadis ; celui-là me semble bien vu !


En voici un d’Issa (un classique japonais donc), qui semble être une « phrase repliée », mais c’est peut-être juste dû à la traduction ; en tout cas, c’est original et bien vu :

à travers le chas / de l’aiguille, ma fille / observe la lune


Etc. etc., il y en a plein qui me plaisent ou m’intéressent. Rien de génial peut-être, mais ça remet un peu les idées en place.