Haïkus

Par : Machajol
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Machajol

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La tendre herbe verte
dans la rosée du matin
foulée de mes pas


Vapeur parfumée
le bol de thé me sourit
oh! suave goût


Un oiseau pépie
dans le feuillage jauni
automne doré


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Tontonjacques

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On voit que Machajol a bien suivi : effectivement, pas besoin de ponctuation quand elle n'est pas indispensable, et pas de majuscules au début de la 2ème et 3ème ligne !

Le poème d'Arielle n'est pas mal à mon avis, mais ce ne sont pas des haïkus, c'est UN poème unique. Un haïku, c'est en principe 17 syllabes, pas plus. Là, j'en compte 4x17. Pourtant certains couplets (par exemple le 1er ou le 4ème) auraient pu faire peut-être un haïku.

Andreas s'en rapproche déjà davantage, peut-être pas tout à fait assez original, malgré la symétrie pâquerettes / étoiles.

Bah, c'est en haïkant qu'on devient haïkeron, il n'y a pas lieu de se décourager. Mais lire des haïkus, ça ne mange pas de pain, surtout qu'on en trouve pas mal gratos sur le Web.

(Ajouté) :

Je vous livre le dernier mien, que je juge moyen, avec quelques explications :

adieux somptueux
à ton dernier ciel nocturne
hiver en partance


L’idée était d’essayer de caser : « (dernier) ciel nocturne d’hiver » et « splendide ». J’ai trifouillé un moment, essayé différentes variantes avant de m’arrêter sur cette forme :
- j’ai utilisé « somptueux » au lieu de « splendide » parce que ça m’arrangeait mieux, et que le sens est voisin
- j’ai accolé « somptueux » à « adieux » plutôt qu’à « ciel », parce que cela me semblait plus original et plus intéressant
- j’ai ajouté le possessif « ton », ainsi l’auteur s’adresse directement à l’hiver (sinon, j’aurais pu dire « ce »)
- l’expression « en partance » m’a semblé coller pas mal ici, l’hiver est un peu assimilé à un navire qui s’éloigne (et c’était meilleur que « nuit de fin d’hiver » par exemple)
- j’ai essayé de ne pas trop choquer phonétiquement ; si on ne fait pas la liaison, il y a bien le hiatus somptueux / à, je m’en serais passé mais ça me semble admissible, vu qu’on fait une petite pause à la fin de chaque ligne.

Ce n’est donc pas du tout du « premier jet ». Au début, j’avais d’ailleurs essayé de caser aussi « sur le seuil », mais ça me bouffait trois syllabes et finalement, on peut s’en passer. Au final, ça donne une impression à la fois de beauté (du ciel nocturne) et d’une certaine nostalgie (la fin de l’hiver). Bref, ce n’est peut-être pas le chef d’œuvre du siècle, mais disons que ça peut aller. Je ne sais pas ce que vous en pensez ?




Ce message a été édité - le 20-03-2025 à 16:04 par Tontonjacques
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Tontonjacques

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Après réflexion, la 2ème ligne me chagrine un peu quand même, trop de doubles consonnes :

à ton derRNier cieL NoCTuRNe


qui "accrochent" un peu, alors qu'on cherche à évoquer plutôt quelque chose de paisible et de nostalgique. Pourtant, il faut bien préciser "dernier" et "nocturne", sinon le lecteur ne voit pas de quoi on parle. Peut-être :

adieux sur le seuil
dernier ciel de nuit splendide
hiver en partance


Le sens est légèrement modifié, notamment il n'y a plus de possessif, et la première ligne fait supposer qu'il s'agit d'adieux à une ou des personnes. C'est peut-être le cas d'ailleurs, ce n'est pas précisé, même si c'est l'hiver qui est dit "en partance". Ambigüité pas forcément voulue au départ, mais assumée ; c'est quand même moins évident que dans la 1ère version. En tout cas, le mot "nocturne", qui pourtant était juste et bien adapté, n'écorche plus nos oreilles délicates.
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Tontonjacques

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Voici un haïku qui demande un minimum de culture (mais très peu, rassurez-vous)

Petit bananier
un jour tu deviendras grand
je serai Bashô


Bashô est le pseudonyme du premier grand haijin japonais, ultra-connu donc. Ce mot signifie "bananier", ses disciples ayant planté un bananier devant sa cabane. D'autre part, j'ai découvert avec surprise que les bananiers... poussaient en France, donc j'ai essayé, dans mon jardin (par contre, méfiance, ils craignent le gel). Bref :

- le jeune bananier deviendra un jour un grand et beau bananier, du moins je l'espère (même si pas trop d'espérances concernant les bananes)

- et moi-même je deviendrai un grand haijin reconnu, à l'instar de Bashô (c'est de l'humour).

Ce n'est pas trop difficile à comprendre, je pense, c'est à la portée de (presque) n'importe qui ; c'est humoristique et écrit très simplement. Si on n'abuse pas du genre, je pense que ça passe plutôt bien.
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Tontonjacques

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Le haïku, c’est aussi le plaisir d’en lire (des bons, de préférence), et pas seulement les siens. Dans « L’ours dansant » n° 41, de septembre 2024, j’ai par exemple remarqué ceux de Daniel Birnbaum, récemment décédé et dont j’ignorais tout. Son style serait sans doute le « clin d’œil », légèrement humoristique, mais jamais méchant. Le premier que j’ai lu de lui :

crac !
je viens de retrouver
mes lunettes


non seulement m’a semblé très bon (oui, je sais, il ne se conforme pas au 5 / 7 / 5), mais de plus m’a immédiatement rappelé un haïku japonais classique (de Buson), traduit comme suit :

Douleur. Dans la chambre à coucher
j'ai marché sur le peigne de ma femme
morte


Même principe, mais ici, tonalité tragique évidente.

Ou encore, toujours de Birnbaum :

belle soirée
sur un carré de pelouse
mon cercle d'amis

sept secondes
entre chaque vague
la mer a le cœur lent

ce chemin
tu veux le faire aussi
caillou dans ma chaussure


(etc.) Un peu plus ambitieux :

la buée des vitres
faite pour écrire
un poème de verre


Tout ici est clair, simple, quotidien, mais bien vu et bien rédigé : ce que je recherche dans le haïku. Outre la forme canonique, obsession habituelle des poètes occidentaux, il y a quelque chose qui s’appelle « l’esprit » du haïku : ici, la forme est (quasi) ignorée, mais l’esprit est bien là. Et on ne l’acquiert vraiment à mon avis (si on est Occidental) que par la lecture, et la réflexion. Et si le résultat peut sembler évident, la façon d’en fabriquer un ne l’est pas.

(Bien entendu, on peut préférer un autre style à celui de Birnbaum).

P.S. J'avais oublié celui-ci, un de ses meilleurs sans doute, surtout que c'est probablement autobiographique :

dernière note
dans l'agenda
chimio





Ce message a été édité - le 23-03-2025 à 09:08 par Tontonjacques
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Tigrou

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Neige de printemps
branches tordues par le vent
ma chatte se cache
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Tontonjacques

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@Tigrou
Ça, ça me paraît intéressant, ça commence même très bien (« Neige de printemps »), il y a bien deux clauses (la nature à l’extérieur d’une part, la chatte d’autre part), la forme est respectée. S’il faut critiquer, je dirais que je me suis un peu demandé pourquoi la chatte se cachait (peur du vent ? ce n’est pas tout à fait évident) et qu’il semble manquer quelque chose au niveau de l’effet produit (émotion ? humour ? surprise ? autre ?) – mais j’ai remarqué que certains haïkus « parlent » plus à certains lecteurs qu’à d’autres. Peut-être mieux « lier » les deux clauses entre elles ? En tout cas, ça me semble déjà honorable, félicitations.
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Tigrou

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Je pense que tu n'as pas de chat

😉

Je viens de perdre la mienne pendant 3 jours de tempête. Retrouvée enfermée dans un cagibi.

😊
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Tigrou

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Et celui-là ?

Tonton à Tati
et Jacquouille la fripouille
Avatar ravi


🤣
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Tontonjacques

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Euh... non.

Mais j'ai un chat ! J'en ai même 5, à vrai dire (enfin, 2 "officiels" et 3 qui se sont invités chez moi). Mais je n'ai jamais remarqué qu'ils se cachaient ou se perdaient particulièrement pendant les tempêtes. Ils disparaissent aussi par très beau temps.
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Tontonjacques

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Voici quelques-uns des haïkus japonais classiques qui m’ont incité à me tourner vers ce genre. Bien sûr, il s’agit de traductions, donc pas forcément fiables à 100 %, et le 5 / 7 / 5 est généralement perdu. Mais la qualité reste malgré tout (ils sont tirés du bouquin de Munier et Bonnefoy) :

De Bashô :

silence
le cri des cigales
taraude les roches

profond l’automne
mon voisin
comment vit-il ?


De Buson :

le papillon
posé sur la cloche du temple
endormi

une bourrasque -
les papiers blancs sur le pupitre
tous envolés


D’Issa :

l'arracheur de navets
montre le chemin
avec un navet

comme l'un de nous
le chat est là
prenant congé de l'an


De Shiki :

pelant une poire ‒
de tendres gouttes
glissent au long du couteau

averse d'été ‒
la pluie bat
sur la tête des carpes


(Autres) :
De Hyûkoku :

croque, craque
le cheval mâchant de la paille
un soir de neige


De Kikaku :

averse d'été
une femme solitaire
rêve à la fenêtre


D’Onitsura :

oh qu'ils sont verts
les filaments du saule
sur les eaux glissantes !


De Yaha :

quand le jardin
fut balayé de frais
tombèrent des fleurs de camélia



etc, etc, je ne vais pas tout citer, il y en aurait des dizaines. C’est vraiment un monde à découvrir. Je pense que si un haïku marque le lecteur, pour une raison ou pour une autre (humour, sentiment, sensation, coup d’œil, etc.), c’est gagné.
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Pierre Lamy

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claudiquant haïku
l'écriveron ne sait pas
compter sur ses doigts
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Arielle

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Mangeoire oubliée
par les oiseaux en amour
les nids sont en cours
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Tontonjacques

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Oui, ça ce n'est pas mal, et ça conforte ce que je vois de ma fenêtre d'ailleurs. L'expression "en amour" fait peut-être un peu précieux, et on note la rime. J'avais fait quelque chose de voisin, quoique à une saison plus avancée :

Le nichoir désert
la famille est donc partie
sans un au revoir ?

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Machajol

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Haïku

Anthologie du poème court japonais
Corinne Atlan et Zeno Bianu
Gallimard