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Traité de versification

Par : Rickways

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Tontonjacques

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P.S. Voici un exemple de la distinction entre synérèse et diérèse :

"C’est un sommeil où l’on promène un rêve ;
C’est un parfum d’ancienne fenaison ;"
(Emile Blémont, Brumaire ; synérèse ; décasyllabes)

"Et, sur le charme pris aux splendeurs anciennes,
La jeunesse vivante a répandu les siennes"
(Charles Cros ; diérèse ; alexandrins; remarquer que "siennes" en revanche est sur 1 seule syllabe)

Posté à 11h15 le 27 janv. 25

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Jim

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Bienvenu parmi nous, Tontonjacques, et merci de tes commentaires justes. Tu m'ôtes un peu le pain de la bouche, car je prépare un commentaire-complément à ce traité de versification française (c'est long à dire, disons TVF) initié par notre bigchief Eric. Tu te trouves exactement dans l'esprit que nombreux nous partageons : curiosité et amélioration, exigence et simplicité.
Chouette que tu puisses nous faire bénéficier de tes compétences linguistiques !



Ce message a été édité - le 27-01-2025 à 12:00 par Jim

Posté à 11h59 le 27 janv. 25

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Pierre Lamy

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Je n'ai pas l’immense culture de Jim et Tontonjacques, pour lesquels j'ai infiniment de respect.

Pour autant, je ne suis pas tout à fait ignare et ne trouve rien à redire à l'ouvrage d'ÉRIC.

Coucou Coucou



Ce message a été édité - le 27-01-2025 à 12:42 par PierreLamy

Posté à 12h42 le 27 janv. 25

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Rickways

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Modérateur

Bonjour Tontonjacques,

merci pour ton retour constructif.

- Versification française : je ne l'indiquerai pas, il s'agit d'un site de poésie française, cela va de soit.

- Syllabe/pied : je n'ai pas compris ce qui n'allait pas dans la partie "Le vers" à ce sujet à moins que ce ne soit ailleurs sur le traité...

- "Poème composé de 2 strophes" : lequel ? dans quel partie ? je ne peux donc pas répondre à la question de l'intérêt.

- "Césure", effectivement le trimètre peut être utilisé, c'est pourquoi, j'ai précisé dans la partie "Rythme et césure" que les césures peuvent être doublées, déplacés, intérieurs ou secondaires, rejetées et enjambantes... cela reste une évolution de la métrie car l'hémistiche dans l'alexandrin à l'origine est bien une césure à la 6è syllabe (après il y a de grandes discussions sur ce sujet, qui ne sera pas le lieu de ce petit traité)

- Pour le décasyllabe, j'ai rajouté un point dans Ryhtme et Césure à ce sujet.

- Pour la haïku, j'ai essayé d'éclaircir mon propos.
(Il faut que je refasse l'illustration et que je vérifie le texte original)

- Pour l'iambe c'était une erreur, merci

- Pour la synérèse, on devrait lire vi/ent en deux syllabes si on respectait la lecture classique, mais cela entrainerait un vers de 13 syllabes, il y a donc une synérèse choisie par l'auteur.


Merci pour toutes ces remarques

Posté à 16h31 le 27 janv. 25

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Rickways

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Modérateur

Le plus simple pour m'aider, serait de proposer le texte modifié de la partie concernée en le reprenant et en mettant en gras ce que vous souhaitez modifier par exemple !

Posté à 16h35 le 27 janv. 25

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Tontonjacques

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Merci pour la réponse.

- Concernant la poésie française, certes, le site lui est consacré ; c’est peut-être mon goût pour la traduction de poèmes étrangers qui me déforme l’esprit : je suis toujours sidéré de voir des traducteurs « massacrer » le rythme et les rimes de l’original, pour ne garder que le sens, comme si le sens à lui seul représentait toute la poésie (à quoi bon, alors, écrire des vers ? la prose suffit bien). Il y a d’ailleurs des allusions à la poésie étrangère dans le texte (Dylan Thomas par exemple) ; de plus, les « limericks » sont typiquement anglo-saxons (langue dans laquelle ils « sonnent » très bien) ; je ne connais pas d’exemple en français, j’ai essayé à une ou deux occasions d’en écrire (en français), mais j’ai abandonné, ça ne donnait rien.

- Pour les « pieds », j’avais cru voir passer ce terme quelque part, mais j’ai dû me tromper, c’était peut-être ailleurs, désolé. Les termes « pied » et « syllabe » sont souvent confondus en français.

- En revanche, le texte comprend bien un « Exemple de poème composé de deux strophes (un quatrain et un tercet): », dont je n’ai pas vraiment vu l’intérêt (ça ne ressemble pas à une citation d’un grand auteur) ; mais on doit pouvoir trouver de meilleurs exemples si nécessaire.

- Pour l’« Exemple de synérèse : », je trouve qu’il n’est pas non plus très bien choisi, car je n’ai jamais vu « vient » comptant pour 2 syllabes, dans un poème reconnu (par contre, pour les termes comme « ancien » ou les noms se terminant par « -ation », c’est pertinent) ; « purifi-er » (exemple de diérèse) est très juste aussi. Je crois d’ailleurs qu’il y a des règles concernant les mots susceptibles d’être « diérésés » ou non, mais je ne sais plus où.

Bravo en tout cas pour le boulot effectué !

Posté à 19h16 le 27 janv. 25

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Rickways

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Modérateur

Merci pour ces précisions.

Pour la poésie française, j'ai donc supprimer le limerick et supprimé l'information sur de Dylan Thomas pour la villanelle.

Pour le poème de deux strophes, l'idée à ce passage est de mettre un poème court avec deux strophes maximum contenant deux types de strophes différentes, si quelqu'un a cela en stock... Le but est simplement d'illustrer ce qu'est une strophe.

Pour la synérèse, effectivement c'est un mauvais choix, même si historiquement (Villon et compagnie se sont laissé le droit de joué avec les diérèses peu communes)
Tableau intéressant ici : https://jocab.over-blog.com/pages/Dierese_et_synerese_les_diphtongues-3241024.html
https://jocab.over-blog.com/pages/Dierese_et_synerese_les_diphtongues-3241024.html

voir aussi cet article : https://books.openedition.org/pup/1362?lang=fr
https://books.openedition.org/pup/1362?lang=fr

Mais du coup je ne sais pas quoi mettre comme exemple précis.
Si quelqu'un peut me dire !

Merci

Posté à 00h09 le 28 janv. 25

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Pierre Lamy

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Synérèse

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui

Diérèse

À prompte irradier ainsi qu’aile l’esprit.


(Mallarmé)

Les 2 dans le même poème

Ah ! l’Inspiration superbe et souveraine
…..
Emportant son trophée à travers les cieux d’or !

(Verlaine)

https://jocab.over-blog.com/pages/Dierese_et_synerese_les_diphtongues-3241024.html



Ce message a été édité - le 28-01-2025 à 08:30 par PierreLamy

Posté à 06h53 le 28 janv. 25

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Pierre Lamy

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Concernant le Rondeau je te propose ceci :

Comme son nom l'indique, le rondeau est inspiré par les rondes que l'on menait en chantant sur la place du village. En treize vers sur deux rimes il fut popularisé par Charles d'Orléans

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie
Gouttes d’argent d’orfèvrerie ;
Chacun s’habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau.

Plus tard, on a créé le rondeau nouveau sur 15 vers et baptisé Rondel la forme d'origine.





Ce message a été édité - le 28-01-2025 à 08:22 par PierreLamy

Posté à 07h08 le 28 janv. 25

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Tontonjacques

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Pour les exemples de poèmes contenant divers types de strophes, à part les cas bien connus de sonnets et de rondeaux, je n’ai pas trouvé grand-chose, ce n’est pas évident.

Il y aurait peut-être Vigny, La Mort du Loup :

(...)
Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C’est vous qui le savez, sublimes animaux !
 
À voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse,
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
— Ah ! je t’ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m’est allé jusqu’au cœur.
Il disait : « Si tu peux, fais que ton âme arrive,
À force de rester studieuse et pensive,
Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté.
 
Gémir, pleurer prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »

ou Apollinaire, le Pont Mirabeau :

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure (...)

ou Tristan Corbière, A ma jument Souris :

Pas d’éperon ni de cravache,
N’est-ce pas, Maîtresse à poil gris...
C’est bon à pousser une vache,
Pas une petite Souris.
 
Pas de mors à ta pauvre bouche :
Je t’aime, et ma cuisse te touche.
Pas de selle, pas d’étrier :
J’agace, du bout de ma botte,
Ta patte d’acier fin qui trotte.
Va : je ne suis pas cavalier... (…)

Il doit y en avoir d’autres...

Posté à 11h48 le 28 janv. 25

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Tontonjacques

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Concernant la diérèse, la règle semble être qu’il faut se rapporter à l’étymologie (latine) du mot… autrement dit, on n’est pas sortis de l’auberge. Ma règle à moi : si ça sonne bien, c’est OK, sinon, niet. Par exemple, je ne me verrais pas faire la diérèse sur « Di-eu », j’ai toujours prononcé Dieu, sur 1 syllabe (ou « vieux »). Pareil pour « souvienne », comme chez Apollinaire : pas de diérèse. Mais « studieuse », comme chez Vigny, ça me semble aller à l’oreille, donc : OK. C’est un peu empirique comme méthode, mais elle en vaut une autre…

Posté à 11h54 le 28 janv. 25

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Pierre Lamy

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Pour la diérèse,je consulte
http://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/

Ça ne marche pas pour les nouveaux mots. Je consulte alors ce tableau que j'ai cité plus haut :

https://jocab.over-blog.com/pages/Dierese_et_synerese_les_diphtongues-3241024.html

Posté à 12h06 le 28 janv. 25

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Jim

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Synérèse et diérèse


Mieux vaut comprendre qu'apprendre par cœur.

Les racines « syn » et « dié » signifient, ce qui rassemble pour la première, ce qui sépare pour la seconde. On trouve de nombreuses applications de cela, par exemple, symphonie / diaphonie, synchronie / diachronie, etc.

Dans ce qui nous occupe, il s'agit soit de rassembler, soit de séparer, deux voyelles d'un même mot ; ainsi, appliquons nous la diérèse sur « acti/on », et la synérèse sur « avion ». Une façon d'identifier la diérèse est d'observer l'origine latine du mot, car toutes les lettres se prononcent en latin, pas d'escamotage ! Dans le cas de « action » l'étymologie donne « ac-ti-um », ce qui permet de conclure à la diérèse ; dans le cas de « avion », le mot ne possède pas d'équivalent latin, ce qui le laisse en synérèse.
Le lion se disant « leo » en latin, il doit supporter la diérèse, à savoir « li/on ». Et ce fut un scandale quand Hugo écrivit, dans Hernani, l'alexandrin : « Vous êtes mon li-on superbe et généreux ! », cette prononciation n'étant pas d'usage courant.
Un autre exemple est « dieu » qui en latin équivaut à « de-us » ; il devrait donc y avoir une diérèse donnant « di-eu », ce qui n'est pas le cas, puisqu'on prononce « dieu » en une seule syllabe.

Il n'y a donc pas de règle générale, juste parfois une aide via le latin.

De plus, il ne faut pas oublier qu'une langue vivante évolue, à savoir qu'elle n'est pas identique à elle-même selon l'époque, le lieu et la classe sociale de celui qui la parle.
Une tendance est d'aller de la diérèse vers la synérèse, comme « ac-ti-on » tend vers « action » ; mais on trouve des contre exemples, comme « paysan » qui a évolué de « pésan » - en deux syllabes – vers « pé-i-san » en trois syllabes, autrement dit de la synérèse vers la diérèse.

C'est donc l'usage, en un lieu et à une époque donnée, qui décide, mais aussi la fantaisie de l'auteur, car rien n'interdit d'utiliser un existant endormi de temps en temps ; un anachronisme n'est pas une faute, et n'oublions pas que le maître joueur du langage c'est, par définition, le poète. C'est à lui de rompre, raviver, endormir, oser, inventer, en tant que digne héritier des troubadours, ceux qui trouvent. Il dispose, comme tout un chacun, de toute l'épaisseur historique de la langue, non uniquement de la dernière couche en cours d'utilisation.

A l'époque de Villon, la langue qu'il parlait, outre celle des coquillards, était celle de Paris, alors que chaque région possédait sa propre langue. La langue française était une langue locale. Il faut attendre l'invention de l'imprimerie – le moyen – et le décret de Villers-côtterêts – la politique – de François 1er, en 1539, pour que commence l'unification linguistique qui autorisera à parler de langue française. C'est à ce moment qu'interviendront les grands normalisateurs – la Pléiade et consort. Et c'est le doux parler angevin - l'axe Paris, Rambouillet, Angers - qui sera progressivement imposé sur l'ensemble du territoire, non sans résistances... Et même sous Louis XIV, orthographe et syntaxe seront encore... flottantes. Ce que nous jugerions aujourd'hui fautif dans la pratique de la langue en un temps reculé, n'est en fait qu'une possibilité d'usage d'une langue non fixée. Ces fausses erreurs témoignent de la vitalité de la langue en question.

Exemples empruntés à Paul Valéry dans Corona & Coronilla

* diérèse, décasyllabe en 4/6

Loin de tes yeux, je suis inqui-étude

* Premier alexandrin achevé par une diérèse
qui rime avec l'octosyllabe achevé par « yeux » en synérèse
suivi par un alexandrin terminé par « cieux », lui aussi en synérèse
Le dernier vers cité est un alexandrin avec une diérèse dans son premier hémistiche.

Tu m'as dit que ton cœur n'est pas mystéri-eux...
Tu me l'as dit de tous tes yeux
Si vraiment qu'ils se sont fermés à l'or des cieux
(…)
Le suc délici-eux de toutes les tendresses


* premier alexandrin achevé par une diérèse
deux diérèses dans le second
le dernier aussi achevé par une diérèse, qui rime richement.

Saucisettes, cocktail, porto, gâteaux, bri-oche
(...)
L'invasi-on, les yeux, les propos mi-aulés :
Tous mes tendres secrets seront-ils vi-olés ?


* De ces deux alexandrins qui riment, le premier est en synérèse, le second en diérèse...

Que ce silence sait tout ce que nous dirions
Que nos gestes feraient ce que nous voudri-ons

Posté à 13h53 le 28 janv. 25

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Tontonjacques

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Oui, @Jim a sûrement raison, mais toutes ces considérations risquent de dégoûter l’apprenti poète (si à chaque fois il faut se plonger dans le Littré ou autre chose pour savoir si « on peut » ou pas, on va rapidement se tourner plutôt vers la culture des haricots nains en godets), c’est pourquoi je préconise de préférer le bon sens et l’oreille. Quand l’usage d’une diérèse est vraiment excessif ou inadéquat, ça s’entend.

Toutefois, il y a quelque chose de très vrai, c’est que l’usage évolue, et qu’on ne raisonne plus aujourd’hui comme au Moyen Âge. J’ai lu quelque part qu’autrefois, on pouvait considérer que le mot « destrier », en synérèse, ne faisait que deux syllabes. Aujourd’hui, cela m’écorcherait abominablement les oreilles, mais peut-être qu’autrefois c’était justifié. Ou justifillé.

Posté à 14h31 le 28 janv. 25

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Salus

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joli petit précis de versification, Jim ; on ne saurait mieux dire.
(Et j'aime assez assez le concept de "fausse erreur")


Oui, bien des mots en "ié" se prononçaient autrement (grief, ouvrier, sanglier, se disaient à peu près "gref, ouvrer, sangler, et quelques rares mots échappent à l'étymologie, à cause de l'usage, qui reste maître du parler comme de la littérature ; mais cette règle est un rappel, un hommage à l'histoire de la langue, et n'eût été ces consonances passant pour pompeuses ainsi que le parallèle lointain de l'évolution de la langue et de celle du vers, on en conserverait volontiers l'usage...





Ce message a été édité - le 28-01-2025 à 18:47 par Salus

Posté à 14h32 le 28 janv. 25

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