yes, ça vient ! (merci pour cette motivante impatience, Sylvain !)
Donc, j'ai trouvé ces textes, qui disent tous deux à peu près la même chose - et pour cause, car le sieur Villon a repris le même thème (les fâcheux, critiques maroufles, malveillants et venimeux envieux de leur art respectif), le même thème et quasiment les mêmes mots ; ainsi c'est un hommage dévoilé par une copie non conforme, sur un fond commun quelque peu alchimique, que maître Villon rend à son grand prédécesseur, Deschamps, que je vous sert en premier ; et ce que je viens de vous dire servira de traduction, si j'ai pu le comprendre, faites un effort, vous y arriverez aussi, il convie ses zoïles à un repas bien dégueulasse !
(Villon, lui, leur fera frire la langue)
Ballade (97)
Par Eustache Deschamps
(j'ai bien peur qu'il ne manque, après ou avant le dernier vers, un morceau du texte, peut-être disparu)
Balade
De couperos, d'alun, de vers de gris,
De sal gemme, de souffre vif saillant,
De realgar, d'elbore blanc et bis,
De sublimé, d'arsenic undoyant,
De salpetre, de vitreol luisant,
D'amoniac et de bol armenique
Avec foison de chair de basilique,
En potage par morselès luysans,
En my la mer, cascun sur une brique,
Soient servis au disner mesdisant !
Après soient pour eulx servir convis
Tous envieux, au col un beau carcant,
Et portent ros : cox vielx et chas pourris
Sausse de fiel aigre et mal odorant,
Serpens farcis, cameline en doublant
Ayent avec, et pour boyre autentique
Yaue puant habondaument, si que
Leurs estoumas n'ayent frissons nuysans !
En tel estat moistement, loing de disque,
Soient servis au disner mesdisant !
Pour entremaiz soient boteraux pris,
Laisardes, tirs, couleuvres d'abondant,
Et pastés faiz d'arrement paremplis !
S'y aient tout jeuné IIII. mille ans,
De tous ces mès pour vivre par phisique
Soient servis au disner mesdisant !
OK ? (Les "e" muets, jusqu'à Villon et au-delà, se prononcent : lire "soiEnt", balade, à l'époque, ne prenait qu'un "l" et le reste est à l'avenant)
Donc, là on serait vers la fin du 14ème, puis Villon reprit le flambeau (vers la fin du 15ème), je vous ai trouvé une traduction pour celui-ci, c'est dommage, l'autre, plus ancien, aurait mieux mérité qu'on le traduise ; en tout cas personne du net ne semble avoir remarqué cette absolue similitude entre les deux textes ; je vous laisse juge :
Texte de la ballade dite "Des langues ennuyeuses" dans le français de l'époque, selon les "Lettres Gothiques" et essai de traduction en français moderne (Wikitruc)
En rïagal, en alcenic rocher,
En orpiment, en salpestre et chaulx vive ;
En plomb boulant, pour mieulx les esmorcher ;
En suye et poix, destrampée de lessive
Faicte d’estront et de pissat de Juisve ;
En lavaille de jambes à meseaux ;
En raclure de piez et vieulx houzeaux,
En sang d’aspic et drocques venimeuses ;
En fiel de loups, de regnards et blereaux,
Soiënt frittes ces langues ennuyeuses !
En servelle de chat qui hait pescher,
Noir, et si viel qu’il n’ait dent en gencyve ;
D’un viel matin, qui vault bien aussi chier
Tout enraigé, en sa bave et salive,
En l’escume d’une mulle poussive,
Detrenchée menu à bons cyseaux ;
En eau où ratz plungent groins et museaux,
Regnes, crapauds, et bestes dangereuses,
Serpens, laissars, et telz nobles oiseaux,
Soiënt frictes ces langues ennuyeuses !
En sublimé, dangereux à toucher,
Et ou nombril d’une couleuvre vive ;
En sang c’on voit es poillectes sechier,
Sur ces barbiers, quand plaine lune arrive,
Dont l’un est noir, l’autre plus vert que cyve,
En chancre et fix, et en ces cleres eaues
Où nourrisses essangent leurs drappeaux ;
En petits baings de filles amoureuses
- Qui ne m'entant n'ay suivy les bordeaux -
Soiënt frictes ces langues ennuyeuses !
ENVOI.
Prince, passez tous ces friands morceaux,
S’estamine , sacs n’avez de bluteaux,
Parmy le fons d’unes brayes breneuses ;
Mais, paravant, en estronc de pourceaux
Soiënt frictes ces langues ennuyeuses !
TRADUCTION :
En réalgar, en minerai d'arsenic,
En orpiment, en salpêtre et chaux vive,
En plomb bouillant pour mieux les amorcer,
En suif et poix, détrempé de lessive
Fait d'étrons et d'urine de Juive;
En eau de lavage de jambe de lépreux;
En raclure de pied et vieux vêtements ;
En sang de vipère et drogues venimeuses ;
En bile de loup, de renards, de blaireaux,
Soient frites ces langues envieuses !
En cervelle de chat qui hait pêcher,
Noir, et si vieux qu’il n’ait dent en gencive ;
D’un vieux mâtin, qui vaut bien aussi cher
Tout enragé, en sa bave et salive ;
En l’écume d’une mule poussive,
Découpée menu à bons ciseaux ;
Dans l'eau où les rats plongent leurs museaux,
Les rainettes, les crapauds, ces bêtes dangereuses,
Les serpents, lézards, et ces nobles oiseaux,
Soient frites ces langues envieuses !
Sublimé, il est dangereux à toucher ;
Et au nombril d’une vipère ;
En sang qu’on mets à sécher en paillettes,
Chez ces chirurgiens, quand la pleine lune arrive,
Dont l’un est noir, l’autre plus vert que ciboulette,
En chancre et tumeur, et en ces répugnantes cavités,
Où les nourrices lavent les langes ;
En petits bains de filles amoureuses
- Qui ne comprend n'a fréquenté les bordels -
Soient frites ces langues envieuses !
ENVOI.
Prince, dégustez tous ces morceaux de gourmets,
Pour trier vous qui n’avez, pour tamis grossiers,
Qu'une culotte souillée
Auparavant par des étrons de porc
Soient frites ces langues envieuses !
Ce message a été édité - le 16-07-2024 à 09:08 par Salus