« Rarement, on trouve » dit Salomon le sot,
La moitié d'une idée dans le plus profond sonnet.
A travers toutes les inventions minces, on voit immédiatement
Aussi facilement qu'à travers un bonnet de Naples -
Rebut de rebut ! Comment une dame peut-elle le mettre ?
Pourtant plus lourd que votre étoffe pétrarquéenne,
Est le non-sens, que, comme du duvet de chouette, le souffle le plus faible
Frise en papier pendant que vous lisez. »
Et, véritablement, Salomon a bien raison.
Les frivolités en général sont bel et bien
Des bulles, éphémères et ainsi transparentes ;
Mais celle-ci est maintenant, vous pouvez y compter,
Stable, opaque, immortelle – tout cela par la force
Du nom cher qui y est caché.
Bien que Mallarmé passa le CAPES de l'époque pour enseigner l'anglais, sa connaissance de cette langue, tout autant que celle de Baudelaire, laisse grandement à désirer, tombant, comme un élève très moyen de cette langue, dans de nombreux contre-sens, faux-sens, et toute la famille des faux amis. Traduire « flirt » par « enjouement », il faut le faire ! Sans doute ignorait-il que ce mot venait du français fleureter... Comment purent-ils apprécier la poésie de Poe avec un tel niveau de langue, cela m'échappe ? Ils ne restituent ni la sémantique précisément, ni le charme et l'humour, encore moins la musique ! Mallarmé en a récupéré quelques tics, comme l'adjectif placé avant le substantif, traduire « in » par « en » plutôt que « dans », traduire la négation "non" par "ne" en oubliant le "pas", etc. Toutes choses banales aujourd'hui que nous devons plus à l'envahissement de la langue anglaise – qui possède ses beautés – qu'à ces innovations mal assimilées d'érudits besogneux. La traduction de Poe n'est pas chose aisée, je le prétends, m'y étant essayé bien que nullissime en anglais ; mais avec autant de patience qu'un bon dico, on peut, sinon parvenir à un résultat honnête, évaluer la difficulté de la chose.
La traduction de cette Valentine n'est pas de Mallarmé, ni de Baudelaire, mais de Léon Lemonnier, lequel préface et annote la traduction des poèmes de Poe par Mallarmé, en traduit quelques-uns quand ils ne le sont déjà par ce dernier, le tout édité chez José Corti en 1949, et on ne peut pas dire, bien qu'exacte, qu'elle soit jouissive !...