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Isidore Mévout

Par : Pierre Lamy

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Miouz

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Bonjour,

Je suis un peu perdue. J'ai cliqué sur le lien et je ne retrouve pas la suite immédiate des épisodes présentés ici.

J'y retournerai.
En tout cas, merci d'offrir le texte en continu.
Euh... je suis un peu enquiquinante, mais j'aimais bien les lire ici

! Salut

Posté à 13h08 le 22 mars 22

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Pierre Lamy

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Yaka
Sourire

Le Saint-Michel.

Atterrir en quelques minutes dans le Paris du second empire avait provoqué chez l’intrépide Isodore Mévout une vive émotion. Mais très vite s’y substitua la délicieuse impression de faire du tourisme en terre inconnue. Tourisme en immersion certes, il avait pris à cet effet toutes les précautions, mais tourisme quand même. Il éprouvait donc une sérénité du meilleur aloi.

Mais à l’instant d’actionner la cloche de la villa de Jules Verne, il sentit son coeur serrer. Il tira une première fois sur la corde puis attendit une trentaine de secondes. A l’instant même où il se décidait à tenter un deuxième essai, la porte s’ouvrit sur une charmante personne.

— Bonjour Monsieur. Que puis-je pour vous ?
— Bonjour Madame. Je vous prie d’excuser ma témérité. Je m’appelle Isidore Mévout et je prépare un mémoire consacré à Jules Verne. Mon plus vif désir est de pouvoir le rencontrer et de lui poser quelques questions de nature à nourrir cet ouvrage dont le projet me tient à coeur.
— À cette heure il n’est pas à la maison. Mais vous avez toutes chances de le trouver à bord de son bateau. Le Saint-Michel est à quai dans la partie la plus retirée du port de pêche.
— Merci mille fois Madame. J’y vais de ce pas.
— Bonne après-midi Monsieur et à bientôt j’espère.
— Merci encore et bonne après-midi Madame.

À mi-marée, le pont du Saint-Michel, qui sentait la peinture et le goudron de norvège, était trois mètres plus bas que le niveau du quai. Un vieux loup de mer y inspectait un gréement flambant neuf. Machinalement, l’homme leva les yeux sur le jeune homme, vêtu comme un citadin, qui observait son manège depuis une dizaine de minutes.

— Joli bateau, apprécia celui-ci. Vous en êtes le Capitaine ?
— En effet, que puis-je pour vous ?
— Je reviens de la villa « La Solitude » et l’on m’y a dit que Monsieur Jules Verne était à bord du Saint-Michel.
— C’est exact.
— Je m’appelle Isidore Mévout, je rédige un mémoire sur ce grand écrivain et je serais très honoré s’il acceptait de m’accorder un entretien.
— Je vais voir.

Le marin disparut dans l’habitacle et réapparut peu après, suivi d’un quadragénaire vêtu avec sobriété mais dont le maintien respirait la distinction. Isidore Mévout ressentit la même émoi que lorsqu’il avait constaté la disparition de la Tour Eiffel.

— Le Capitaine Alexandre Delong m’a dit que vous vouliez me voir ?
— Bonjour Maître. Je m’appelle Isidore Mévout, je rédige un mémoire à votre sujet et je serais très honoré si vous acceptiez de m’accorder un entretien.
— Vous êtes universitaire ?
— Plutôt chroniqueur. Je suis un de vos plus fervents lecteurs et je partage votre passion pour l’aventure scientifique. Je sais aussi votre amour de la mer dont ce superbe bourcet-malet flambant neuf est le meilleur témoin.

Isidore venait de toucher la corde sensible. Un instant dubitatif, le regard de l’écrivain venait de s’illuminer.

À quarante ans, il était ce qu’il est convenu d’appeler un bel homme. Le teint hâlé, la barbe brune et l’œil bleu, il ressemblait plus à un commandant de transatlantique qu’à l’image qu’on se fait habituellement d’un écrivain.

À présent que la glace était rompue, il se montrait en outre d’un commerce agréable.

— Vous tombez à point nommé. Le lancement du Saint-Michel a eu lieu au début du mois. Ce n’est pas un yacht de plaisance mais une chaloupe de pêche, un bourcet-malet comme vous l’avez reconnu fort justement. Il mesure 9 m de long et jauge une bonne dizaine de tonneaux. Je suis tombé amoureux de ce bateau, un simple assemblage de clous et de planches, comme on tombe amoureux d'une jolie femme. J’ai transformé la cale à poisson en cabine avec deux couchettes et un caisson contenant des cartes et des livres. Je dois me rendre ces jours-ci à Saint-Valéry-sur-Somme pour les formalités de douane et l'inscription sur le rôle de plaisance. En attendant je tire quelques bords en eau abritée pour le prendre en main.
Justement je dois appareiller dans une demi heure afin de profiter du dernier flot pour entrer en Baie. A la pleine mer, j'aurai tout loisir d'y tirer quelque bords avant le coucher du soleil. Cela vous plairait-il de nous accompagner ?
— Mille fois merci, rien ne pourrait me faire plus plaisir !

Durant ses études à Polytechnique, Isidore avait servi un an comme enseigne de vaisseau sur une Frégate, dont six mois en mer et six mois en maintenance à Cherbourg. Il avait profité de cette seconde période pour apprendre les rudiments de la navigation à voile sur la chaloupe de plaisance du cercle des officiers. Il saurait donc faire bonne figure à bord du Saint-Michel.

En revanche, sa connaissance du terme « bourcet-malet », qui lui avait servi de sésame, ne datait que de quelques heures. Le volubile cocher l’avait employé en évoquant un patron pêcheur aux prétentions politiques et le mot lui avait plaisamment accroché l’oreille.

Posté à 14h30 le 22 mars 22

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Pierre Lamy

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Balade en mer

Il était dix huit heures, mais en cette saison le soleil était encore aussi haut qu’il l’était à midi aux approches de Noël. Poussé par le courant de la dernière heure de flux, barré de main de maître par un Jules Verne revêtu d’une épaisse vareuse en drap bleu, le Saint-Michel embouqua la Baie de Somme.

Le flot, après avoir recouvert les bancs de sable, commençait à s’en prendre aux prés salés. Ne sachant plus où se poser, des nuées d’oiseaux marins sillonnaient en tous sens un ciel turquoise dans lequel apparaissaient les panaches de quelques cirrus aux franges rosissantes. Sur le plan d’eau, à peine hérissé par un léger clapotis, des fratries de canetons jaunes comme des jonquilles suivaient à la queue leu leu leurs mamans.

La chaloupe filait au bon plein, babord amure. (Ce qui veut dire plus simplement, mais plus longuement, que sa direction faisait un angle d’une soixantaine de degrés avec celle d’une brise qui lui venait de la gauche.)

Isidore, qui passait le plus clair de son temps dans son labo de la Sorbonne ou dans la crypte qui servait de repaire au chronoscaphe, vivait un moment d’une extrême félicité.

Alexandre Delong et un matelot qui avait rejoint le bord à l’instant du départ surveillaient le comportement des voiles.
Il y en avait trois, deux voiles au tiers, la grand-voile et le tapecul (ou malet) et un foc établi sur un bout-dehors, auxquels, par temps calme, on ajoutait une voile de flèche hissée en tête du grand mat.

Pour être efficaces elles devaient être bien réglées, c’est à dire ni trop tendues, ni trop peu. Le calme de la Baie de Somme avait un prix : la brise y était volontiers capricieuse et les réglages devaient être changés fréquemment.

— Parés à virer ! hurla soudain le pacifique Jules Verne
— Parés ! répondirent sur le même ton ses deux équipiers.
— Envoyez !

Le Saint Michel pivota de cent-vingt degrés sur la gauche. Simultanément, les régleurs avaient libéré les voiles. Après quelques instants de flottement, elles accompagnèrent la manoeuvre en changeant de bord. Dès que le bateau s’ébranla, les équipiers les réglèrent pour ce nouveau cap. Quelques minutes plus tard, Le Saint Michel avait repris sa vitesse initiale.

— Cette chaloupe de pêche est décidément plus manoeuvrante que bien des yachts, se félicita Jules Verne en forçant la voix.
— Encore faut-il s’y prendre dans les règles de l’art, et vous y excellez, fayota Isidore.
— La force de l’habitude, jubila le grand écrivain. Savez-vous que je puise dans ces sorties en mer la force que je souhaite donner à l’ouvrage que je suis en train de terminer ?
Isidore, savait qu’il s’agissait de « Vingt mille lieues sous les mers », mais s’abstint prudemment d’en citer le titre non encore officiel en mai 1868. Mais cela ne lui interdisait pas d’interroger son auteur.

— Ainsi vous allez offrir à vos lecteurs impatients de nouvelles aventures maritimes ?
— En effet. Mais celles-ci présenteront l’originalité de se situer non pas à la surface, mais dans les profondeurs des océans.
— Dans un sous-marin comme le Plongeur ?
— Sur le principe oui. Mais, contrairement à ce bâtiment, il n’est pas conçu pour la guerre et fonctionne à l’électricité. Et surtout, il est conçu pour faire le tour du monde en totale autonomie.
— Ce qui pose tout de même le problème de la production d’électricité.
— Comme tout à bord, la nourriture, les vêtements, la lumière, elle provient de l’océan.
— Même l’air nécessaire à la vie de l’équipage ?
— C’est la seule concession au monde terrestre, mais il serait sot de s’en passer dès lors qu’il suffit de faire surface pour s’en procurer.
— J’imagine que tout cela implique un énorme travail de documentation.
— En effet, demain je dois justement me rendre à Amiens, où j’ai mon domicile principal, pour rencontrer quelques spécialistes susceptibles de m’apporter leurs lumières sur quelques points en suspens.

Isidore, qui pensait poursuivre l’entretien le lendemain fut un peu désappointé.

A présent qu’il était lancé, Jules Verne était intarissable. Inversant les rôles il entreprit d’interroger Isidore sur la façon dont il avait apprécié ses livres déjà édités. Sur ce point le jeune savant était incollable. Il devait faire seulement attention à ne pas évoquer un ouvrage non encore publié en mai 1868.

Avec « Cinq semaines en ballon », le « Voyage au centre de la terre » et « De la terre à la lune », Isidore avait du grain à moudre et ne désespérait pas d’être invité à dîner, voire même à dormir à « La Solitude »

A vingt heures, l’Occident commença à se teinter de couleurs chaudes comme on n’en voit que sur les toiles des peintres romantiques et le Saint-Michel, profitant du reflux et de la brise portante, rejoignit à bonne allure le port de pêche du Crotoy.

— Le capitaine Alexandre va se charger de l’amarrage. Je ne voudrais pas faire attendre trop longtemps ma chère Honorine. Bien entendu, vous êtes mon invité. Nous aurons ainsi tout loisir de prolonger notre entretien. 

Posté à 14h31 le 22 mars 22

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Miouz

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C'est super.
Tu as dans tes narrations le sens des détails descriptifs, si bien qu'à la lecture, on imagine qu'on voit les scènes au cinéma.
A cela s'ajoutent des descriptions pleines de poésie. Ah ! Le vol des oiseaux sur la baie de Somme ! C'est beau.
J'espère qu'Isidore ne commettra pas d'impairs anachroniques. Mais il a l'air finaud. Donc ça m'étonnerait.

Merci d'avoir cédé à mon caprice de voir la suite ici !

Posté à 18h59 le 22 mars 22

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Pierre Lamy

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Merci Miouz
Salut

Des vertus du Sancerre

— Je suis vraiment ravie que vous ayez accepté l’invitation de mon époux. Voulez-vous que l’on décommande votre table à l’hôtel ?
— Le coche m’a déposé à votre porte et les évènements se sont succédés de telle façon que je n’ai pas pris le temps de réserver.
— Nous allons y remédier. Denise ? Pouvez-vous passer à l’Hôtel des Voyageurs afin d’y réserver une chambre ? Pendant votre absence, je m’occuperai du service.

Isidore se confondit en remerciements.

— Mon époux est friand de produits de la mer et au Crotoy nous en mangeons presque tous les jours. Avez-vous déjà goûté à la caudière ?
— Je n’ai pas eu cette chance.
— C’est une soupe de poissons. Nourriture de base des pêcheurs, elle est considérée comme un « plat du pauvre ». Mais tout dépend des espèces qu’on y met et de la façon de l’accommoder. Pour ma part je n’y mets que des poissons nobles et je la relève par des épices orientales.
— C’est en quelque sorte la bouillabaise en version picarde, précisa Jules Verne. Il n’y a rien de tel pour se revigorer après une bonne sortie en mer.

On ne pouvait que souscrire à l’assertion du grand écrivain. Isidore fit honneur à la caudière qui était délicieuse et se garda bien de refuser lorsque Madame Verne lui proposa d’en reprendre.

— Voulez-vous un peu de vin blanc.
— Je suis désolé, mais dès que je touche à une boisson alcoolisée, aussi faiblement titrée soit-elle, je suis sujet à des malaises.»

Isidore fabulait sans vergogne. Il n’était ni plus ni moins abstinent que ses collègues de la Sorbonne, mais il savait d’expérience que le bon vin le rendait volubile et qu’à partir de trois verres il devenait incontrôlable. Il ne fallait surtout pas qu’il oublie, ne fut-ce qu’un instant, qu’il dînait en 1868 !

— Avez-vous seulement goûté au vin de Sancerre ? Il est déjà mentionné par Grégoire de Tours comme le meilleur vin du Royaume et les médecins s’accordent à reconnaître sa parfaite innocuité.

La situation était cornélienne. Refuser risquait d’indisposer son hôte.

— Une fois n’est pas coutume. Je vais suivre l’avis des médecins.

Jules Verne salua le trait d’esprit et emplit le verre en cristal du jeune savant. Attrapoire de Dyonisos ou simple facétie du destin, le Sancerre était le vin blanc préféré d’Isidore. Celui qu’il ne s’offrait qu’aux grandes occasions. Il y trempa les lèvres par courtoisie et se surprit à en absorber une lampée.

— Alors ? s’inquiéta l’écrivain.
— Grégoire de Tours avait raison. Ce vin blanc est une vraie merveille.
— Que vous disais-je ? Soyez sûr qu’il ne vous procurera que de la félicité. Le Sancerre est, entre autres vertus, reconnu pour être le meilleur ami de la sole meunière.

Denise, qui était de retour, venait à point nommé de les servir. Les poissons étaient de bonne taille.
Isidore dont la faim s’était apaisée, n’en conservait pas moins suffisamment d’appétit pour leur faire un sort.

Après avoir dévoré la moitié de sa sole, Jules Verne, qui avait l’opportunité de savourer tous les jours les meilleurs poissons de la Manche et n’était à jeun que depuis le repas de midi, relança une conversation qui s’était interrompue pendant quelques minutes pour laisser place au seul chuintement des mâchoires.

— Savez-vous que je suis né dans une île ? Une île de la Loire, mais une île quand même. Et depuis j’en porte les stigmates. Je ne peux voir partir un navire, vaisseau de guerre, bâtiment de commerce ou simple chaloupe de pêche, sans que tout mon être ne s’embarque à son bord ! Je pense que j’étais fait pour être marin, et si cette carrière n’a pas été la mienne depuis mon enfance, je le regrette chaque jour !
— Si vous aviez réalisé votre rêve, des générations de lecteurs auraient été privés de ceux que leur suscitent les aventures que vous prêtez à vos personnages.
— En effet sourit Jules Verne. Avez-vous lu « Les enfants du Capitaine Grant » ?
— Je l’ai suivi en feuilleton dans le « Magasin d'éducation et de récréation », mais j’avoue ne pas avoir encore acquis l’ouvrage.
— Et pour cause, il ne paraîtra que dans un mois, se gaussa Jules Verne, que la balade en Baie, la caudière et le Sancerre avaient mis d’humeur joviale.
— Et quand pourra-t-on lire « Vingt mille lieues sous les mers »?
— Dites-moi Isidore, auriez-vous le pouvoir de lire dans les pensées de vos interlocuteurs ? Je viens seulement de trouver ce titre qui me parait plus vendeur que le prosaïque « Voyage sous les eaux ».
— Je n’ai pas grand mérite. Sans doute l’avez-vous évoqué cette après midi sur le Saint-Michel.
— Si c’est le cas, c’est par inadvertance car je ne m’en souviens pas.
— Il s’agirait alors d’une simple coincidence. Dont vous me permettrez, j’espère, de m’ennorgueillir. 


Un ange passa cependant que Jules Verne examinait son hôte avec curiosité. Il se resservit en Sancerre après avoir remis à niveau les autres verres.

— Savez-vous, Isidore, que je m’intéresse aux facultés occultes de l’esprit. Aussi, le fait que vous connaissiez le titre de mon prochain ouvrage avant même mon éditeur, ne m’a nullement choqué. Ne suis-je pas moi-même un peu visionnaire ? Permettez-moi de faire un petit test.
— Je vous en prie.
— Comment s’appellera mon sous-marin ?

Isidore réfléchit quelques secondes en contemplant les poutres apparentes qui donnaient beaucoup de cachet à la salle à manger de la Solitude.

— Le Nautilus ?
— Exact. Comment avez-vous fait ?
— C’est, je crois le nom d’un des premiers sous-marins. Comme en outre c’est celui d’un céphalopode, il m’a semblé qu’il avait tout pour vous plaire.
— Votre clairvoyance me confond. C’est bien le Nautilus, et pour les raisons que vous avez avancées. Irez-vous jusqu’à trouver le nom du capitaine ?

— Pour ma part j’y vois moins un marin qu’un savant. Mais aussi un défenseur des peuples opprimés. En première analyse j’aurais proposé Personne, ou Nobody, mais je pense que leur traduction latine est plus pertinente. Je parie donc pour Nemo.
— Exact. Votre analyse est juste mais une telle clairvoyance ne peut être le simple fait du hasard. On continue ? Quelle est la nationalité du capitaine Nemo ?
— Le caractère un peu fou de son entreprise laisse à penser qu’il pourrait être britannique. Mais son esprit révolutionnaire plaide pour qu’il soit issu d’un peuple opprimé, comme la Pologne par la Russie ou l’Inde par le Royaume Uni. Je parie pour la seconde solution.

— Isidore, vous êtes tout simplement prodigieux.




Ce message a été édité - le 23-03-2022 à 05:44 par Pierrelamy

Posté à 05h40 le 23 mars 22

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Kerdrel

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récit passionnant, je viens de lire trois épisodes à la suite, sorte de retour vers le futur qui pourrait bien changer le cour paisible de l'histoire avec un grand H



Coucou

Posté à 09h30 le 23 mars 22

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Pierre Lamy

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Merci Kerdrel.
Salut

Le lendemain du premier jour.

Par trois cent brasses de fond, Isidore dînait à la table du Capitaine Nemo en compagnie du Professeur Aronnax. Le commandant du Nautilus ressemblait étonnamment à Jules Verne. Dans les assiettes s’offrait un plat composé d’algues de diverses couleurs et de boulettes irisées d’origine incertaine. Pour ne pas désobliger son hôte, l’universitaire parisien s’apprêtait à y goûter lorsque retentirent dans le sous-marin les échos d’une querelle de mouettes. Le vacarme s’intensifia jusqu’à tirer notre ami du profond sommeil dans lequel l’avaient plongé les péripéties de la veille.

Il quitta la salle à manger du Nautilus pour une chambre tapissée de toile de Jouy. Deux goélands en avaient choisi le balcon pour y régler bruyamment leur différend. Isidore qui avait négligé de fermer les volets la veille au soir, fut un instant ébloui par la lumière du jour. Sa montre indiquait huit heures cinquante.

Au saut du lit, il s’étira, fit un brin de toilette et quelques mouvements de gymnastique, puis descendit prendre les nouvelles et son petit déjeuner.

Une ravissante serveuse, l’invita à prendre place auprès de la fenêtre. On y avait une vue imprenable sur le port.

— Thé, café, chocolat ?
— Un thé s’il vous plait.

La jeune femme revint avec une théière fumante et une corbeille de croissants ruisselants de beurre. Isidore constata sans déplaisir qu’elle ne portait pas d’alliance.

— Merci Mademoiselle. Vos croissants me mettent l’eau à la bouche.
— Ils viennent de la meilleure patisserie du Crotoy. Je vous souhaite un bon appétit.

Isidore repensa au dîner de la veille au soir. Stimulé par le Sancerre et la subtilité de Jules Verne, il avait frôlé la ligne jaune à plusieurs reprises. Un temps, il avait même pensé tout avouer.

Mais c’était jouer à la roulette russe. L’écrivain aurait aussi bien pu s’enthousiasmer à l’idée de rencontrer un visiteur venu du vingt-et-unième siècle que penser que son hôte était un fieffé mythomane. Pour se sortir du mauvais pas où il s’était engagé, l’universitaire donna quelques réponses fausses aux questions de Jules Verne et relança la conversation sur le thème du voyage vers la Lune.

Dans son livre dédié paru trois ans plus tôt, on utilisait un gigantesque canon pour lancer vers l’astre de la nuit le projectile où avaient pris place les trois astronautes.

— Vos lecteurs s’inquiètent d’être sans nouvelles du Professeur Barbicane et ses deux héroïques compagnons. Leur projectile tournera-t-il autour de la lune jusqu’à la fin des temps ou comme le laisse entendre le brave J.-T. Maston, trouveront-il le moyen de rejoindre la Terre ?
— Je m’attendais à cette question et je me demande si votre voyage au Crotoy n’avait pas pour seul but que de me la poser, s’amusa Jules Verne. Bien que Nantais d’origine et Picard d’adoption, pour l’instant je n’ai à vous offrir qu’une réponse de Normand.

Ce trait d’esprit fut salué par des rires sonores. Le jeune chercheur, qui avair refusé un troisième verre de Sancerre, posa encore quelques questions anodines sur « Cinq semaines en ballon ».

La conversation s’alanguissant et l’écrivain devant se lever aux aurores pour achever un travail en cours, Isidore, à grand renfort de remerciements, prit congé aux environs de onze heures et s’endormit à peine couché.

— Vous gardez la chambre ? demanda la serveuse lorsqu’il se leva pour sortir se dégourdir les jambes.
— Je ne sais pas encore. Je vous le dirai ce midi au moment du déjeuner.
— Entendu Monsieur. Bonne promenade.

Vingt quatre heures après son transfert en chronoscaphe, Isidore avait atteint son objectif, et de quelle manière ! Cette célérité des évènements le mettait devant un dilemme. Allait-il entreprendre au plus tôt son retour vers le vingt-et-unième siècle ou rester faire un peu de tourisme en ce joli mai de l’an 1868 ?


Cette seconde hypothèse comportait elle-même deux possibilités : rentrer à Paris afin d’y visiter les expositions et d’aller aux spectacle (c’était bien le diable si le Théâtre des Variétés ne reprenait pas une oeuvre d’Offenbach) ou profiter un peu des charmes du Crotoy.

L’eau étant encore bien trop fraîche pour la baignade, ces charmes se résumaient finalement à ceux de la serveuse de l’Hôtel des Voyageurs. Ce grand sentimental d’Isidore y aurait bien succombé. Mais quel avenir pouvait avoir une relation entre deux êtres nés à un siècle et demi de distance ?

Quand il revint de sa marche apéritive en bord de mer sa décision était prise : il prendrait le prochain train pour Paris. Il y avait un départ de Noyelles-sur-mer à 14 heures 30, le coche passait une demi-heure plus tôt devant l’hôtel, ce qui lui donnait le temps de faire honneur aux crevettes grises et à la lotte à l’américaine qui figuraient au menu.

Sa première journée ayant été fertile en évènements exceptionnels et en émotions de toutes sortes, Isidore prit le coche puis le tortillard comme s’il s’agissait de gestes quotidiens. Il alla même jusqu’à trouver ce dernier un peu trop bruyant. A la gare du Nord il héla un fiacre et le pria de le conduire jusqu’à l’église qui lui servait de relai spatio-temporel.

Isidore disposait d’un viatique largement suffisant pour prolonger son séjour dans un grand hôtel parisien et profiter d’une semaine de vacances dans la capitale.
Mais dans l’omnibus, cependant qu’il rêvassait devant un paysage aussi superbe que la veille, un étrange sentiment avait fait surface : l’incertitude. Nonobstant le succès de ses expériences sur les animaux de laboratoire, son retour au vingt-et-unième siècle gardait une forte part d’aléatoire. N’allait-il pas rater sa cible et revenir à une époque légèrement antérieure où il se retrouverait face à face avec un Isidore qui n’en était encore qu’à tracer des plans sur la comète ?

Il n’y avait qu’une façon de mettre un terme à cette anxiété naissante : s’installer dans le chronoscaphe et, après les vérifications d’usage, appuyer sur le bouton qui déclencherait le retour.

Coucou



Ce message a été édité - le 23-03-2022 à 13:00 par Pierrelamy

Posté à 12h55 le 23 mars 22

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Miouz

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Voilà. J'ai lu les deux épisodes d'aujourd'hui.
C'est toujours aussi passionnant et bien écrit.

Salut

Posté à 16h14 le 23 mars 22

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Pierre Lamy

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Merci Kerdrel et Mioux
Salut

Dans le noir absolu, Isidore était incapable d’effectuer le moindre mouvement. En revanche il sentait son coeur battre à près de deux cents pulsations par minutes. Cette « tachycardie paroxystique », pour employer la langue pittoresque en vigueur chez les docteurs en médecine, s’était déclenchée quelques secondes après qu’il eut appuyé sur le bouton et que l’obscurité se fit.

Adepte du Yoga, Isidore était capable après un effort de calmer rapidement ses pulsations cardiaques par le pouvoir de la pensée et le contrôle de la respiration. Mais en cet instant, il avait beau multiplier les apnées à poumons vides, rien n’y faisait. Il ne pouvait pas non plus canaliser sa pensée. Le stress qu’il subissait était trop intense.

Au voyage aller, il avait été plongé dans l’obscurité pendant de longues minutes, mais celles qu’il subissait à présent étaient interminables.

Pour son futur immédiat, il élaborait les scénarios les plus pessimistes. Le logiciel du chronoscaphe pouvait comporter une erreur infime, mais suffisante, suivant le fameux effet papillon, pour l’expédier dans un passé antérieur au creusement de la crypte ou dans un futur où elle aurait été comblée pour couler les fondations d’un building. Enseveli sous des tonnes de roche ou de béton, il ne lui resterait plus qu’à espérer une agonie la plus brève possible.

Le passage du noir absolu à l’anthracite, puis au gris ardoise, puis au gris souris, puis au beige de la pierre meulière, écarta ces sinistres hypothèses. La crypte était intacte.

En quelques secondes le pouls d’Isidore reprit une fréquence normale. De son accès de tachycardie paroxystique ne restaient qu'un mauvais souvenir et la sueur qui imprégnait ses sous- vêtements. Comme à l'aller, il descendit de son habitacle et se pressa sur le parvis de la chapelle.

La Tour Eiffel n’avait pas réapparu !

Consterné, il se hâta dans les rues pour constater que les passants étaient vêtus comme à l’époque qu’il venait de quitter. Ce que confirma le passage d’un fiacre.

Un bug avait dû se produire et le chronoscaphe n’avait pas fonctionné. Le respect que je dois au lecteur m’interdit de citer ici les jurons que poussa l’universitaire dépité. Qu’on sache seulement qu’ils relevaient du répertoire des plus frustes des racailles et non de celui de ses pairs.

Comme la veille, il acquit une gazette du jour au premier kiosque rencontré. Elle était datée du 7 juin 1874. Le chronoscaphe avait fonctionné certes, mais n’avait fait qu’un saut de puce dans le temps.







Ce message a été édité - le 24-03-2022 à 05:23 par Pierrelamy

Posté à 05h19 le 24 mars 22

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Miouz

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Si j'ai bien suivi, l'écart dans le temps n'est que de six ans ?
Je vais remonter un peu plus haut pour vérifier.
Et j'attends bien-sûr la suite avec impatience.

Coucou Salut

Posté à 18h11 le 24 mars 22

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Pierre Lamy

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Merci Miouz
Salut

C'est dans la tempête que l'on reconnait les grands capitaines. Sain et sauf, bon pied, bon oeil, Isidore s’estima seulement victime d’un fâcheux contretemps. Un examen minutieux du système informatique de son chronoscaphe lui permettrait à coup sûr de détecter l’erreur qui lui valait cet atterrissage prématuré.

A la différence des animaux de laboratoire qui avaient inauguré son invention et dont les expéditions dans le passé s’étaient déroulées sans encombre, Isidore était sorti du chronoscaphe et, pour préserver le niveau des batteries, les avaient débranchées pendant ses prérégrinations. Il y avait donc eu rupture dans le processus. C’était dans cette direction qu’il convenait de chercher.

Lors de la fabrication de son véhicule spatio-temporel, il avait transformé la crypte en atelier. Il y disposait d’une panoplie d’outils mécaniques et informatiques à la mesure de son projet. A l’instant de pénètrer dans la crypte, un doute affreux surgit en son esprit. Doute qui devait se confirmer quelques secondes plus tard. L’atelier n’avait pas suivi le chronoscaphe dans son équipée. Il était resté benoîtement dans son époque.

En guise d’outils, Isidore ne disposait donc, ce 7 juin 1874, que d’un modeste vade-mecum comparable aux trousses de pharmacie qu’emportent les voyageurs hypocondriaques.

Il lui permit tout de même de constater que, bien qu’il les ait débranchées du véhicule, le niveau des batteries s’était abaissé pendant son absence.

Les ennuis volant en escadrille, à l’issue de ses tests, ce sont celles des appareils de contrôle, qui avaient les dimensions d’un smartphone, dont la charge atteignit la côte d’alerte. Il fallait impérativement qu’il trouve une source d’électricité pour les recharger.

Il était un peu tard pour y procéder. Le plus urgent était de trouver un gîte. Après quelques visites dissuasives, il trouva son bonheur dans un hôtel sans restaurant fort bien tenu, « Le Duc de Framboisie ». Comme il était sans bagage, le réceptioniste lui demanda de règler la première nuit.

Il y consulta quelques brochures consacrées aux divertissements en cours. A sa grande satisfaction, le Théâtre des Variétés reprenait « La Belle Hélène », le célèbrissime Opéra-bouffe d’Offenbach. Cette opportunité lui fit oublier la précarité de sa situation.

Il s’engagea d’un pas guilleret dans la direction indiquée par le réceptioniste et se surprit à fredonner en boucle :

« Dis-moi, Vénus, quel plaisir trouves-tu
À faire ainsi cascader, cascader la vertu ? »

Il n’en héla pas moins le premier fiacre rencontré.

En principe la représentation se faisait à guichets fermés, mais il en restait tout de même un d’ouvert en cas de défections de dernière minute. Il put donc s’offrir une place à l’orchestre.

Le lecteur se souvient peut-être de l’incipit de ce modeste récit : Les fées s’étaient penchées sur le berceau d’Isodore Mévout.

Une fois de plus elles avaient manifesté leur bienveillance en asseyant le jeune sorbonnard, égaré dans le Paris de 1874, aux côtés d’une ravissante quadragénaire dont la solitude et la vêture trahissaient un récent veuvage. Il ne pouvait rêver meilleur voisinage pour assister aux marivaudages de la Reine de Sparte. Sa jubilation était telle qu’il se félicita du bug survenu dans le système informatique de son chronoscaphe.

Le réceptioniste du « Duc de Framboisie » avait eu le nez creux en exigeant que la première nuit fut réglée d’avance.

Citoyen du vingtième arrondissement et familier du quartier latin, Isidore n’avait jamais dormi dans les beaux quartiers. Un enchaînement de circonstances peu commun lui en donnait cette nuit l’opportunité. Mais il n’en profita que fort peu. La veuve, émoustillée par les frasques de la Belle Hélène, ne lui laissa aucun répit jusqu’au point du jour.

Posté à 18h17 le 24 mars 22

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Miouz

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Il y a eu l'explication très convaincante du bug technique. Puis la soirée parisienne à l'opéra. Et enfin habilement suggérée, la nuit coquine.
On ne s'ennuie pas une seconde ! C'est super.

Posté à 20h12 le 24 mars 22

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Pierre Lamy

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Merci Miouz pour tes commentaires encourageants
Salut

— Bonjour Isidore. Avez-vous bien dormi ?
— Bonjour Adélaïde. Et vous même ?
— Comme un bébé ! Je suis réveillée depuis une demi heure et j’ai pris le temps de faire ma toilette et de me me vêtir. Je descends m’occuper du petit déjeuner. A tout à l’heure.
— A tout à l’heure.

La veille au soir, dans la pénombre, Isidore n’avait eu qu’un aperçu du luxe de la chambre. Au grand jour, il put en apprécier la débauche tout à fait dans le goût décadent du Second Empire. La salle de bains était à l’unisson.

Dans la salle à manger, elle aussi dans le style ostentatoire en faveur sous Napoléon III, Adélaïde se versait une tasse de thé devant un assortiment de mets digne du plus raffiné des buffets d’entreprise.

— Il est onze heures passées. Que diriez-vous d’un petit déjeuner à l’anglaise ?
— Que du bien.
— Thé ou café ?
—Thé.
— En ce cas je vais vous faire découvrir l’Earl Grey qui fait fureur en Angleterre et que je fais venir de Londres.

Isidore la remercia comme il convenait et s’abstint de lui préciser que lui-même en buvait tous les matins et que le week-end, il brunchait.
— Et que fait Isidore Mévout lorsqu’il ne fréquente pas le Théâtre des Variétés ? s’enquit la jolie veuve en trempant une mouillette dans son oeuf à la coque.
— Il cherche.
— L’âme-soeur ?
— Pas précisément. Je suis ingénieur et j’ai quitté la production pour me consacrer à la recherche scientifique.
— Feu mon époux était aussi ingénieur avant de devenir homme d’affaires.
— Et vous-même Adélaïde ?
— Naguère, j’étais danseuse de French-Cancan ; depuis mon veuvage, je suis actionnaire dans les affaires que m’a léguées mon mari.
— Y en a-t-il une où l’on s’intéresse à l’électricité ?
— Certainement. C’est votre domaine ?
— En effet. C’est un secteur de la Science très prometteur. On n’en soupçonne pas encore l’exceptionnel essor et l’étonnante diversité de ses applications. Avant la fin de ce siècle, soyez sûre que tous les immeubles parisiens seront éclairés à l’électricité et que le gaz des réverbères sera remplacé par cette nouvelle énergie.
— Seriez-vous aussi prophète, Monsieur l’Ingénieur ?
— Un peu.
— Je n’ai que peu d’appétit pour la Science qui me semble un peu rébarbative. Vous intéressez-vous à la peinture ?
— J’avoue n’être pas trés calé dans ce domaine, mais je ne demande qu’à apprendre.
— En ce cas, cet après-midi, je vous invite à m’accompagner au nouveau « Salon des Refusés » qui se tient depuis fin avril chez Nadar.
— Rien ne pourrait me faire plus plaisir.
— De voir les peintures ou de m’accompagner ?
— Franchement ?
— Franchement.
— Les deux me ravissent. Avec tout de même un petit plus pour la seconde hypothèse.
— Dites-moi Isidore, n’êtes-vous pas en train de me courtiser ?
— Adélaïde, on ne peut rien vous cacher.
— Confidences pour confidences, cette hypothèse, comme vous dites, ne m’est pas désagréable.

Depuis le 15 avril, une trentaine de peintres exposaient leurs oeuvres dans l'atelier du photographe Nadar, au 35, boulevard des Capucines. Pissaro, Manet, Monet, Renoir, Sisley, Berthe Morisot…

Nombre de ces peintres d'avant-garde avaient déjà participé onze ans plus tôt au «  Salon des Refusés « . Ils se singularisaient par une nouvelle technique picturale qui donnait la primeur aux effets de lumière et qu’un critique, croyant les ridiculiser, avait qualifier d’impressionnisme.

Adélaïde, qui avait déjà vu l’exposition, était littéralement emballée par cette nouvelle façon de peindre qui tranchait à la fois avec le réalisme et le classicisme.

« Ces artistes sont impressionnistes en ce sens qu'ils rendent non le paysage, mais la sensation produite par le paysage. Monet a d’ailleurs intitulé un des siens : Impression au Soleil levant . »

Isidore qui avait déjà vu beaucoup de ces oeuvres, ou du moins d’équivalentes, au Musée d’Orsay ou tout simplement sur Internet, feignit la surprise. Mais ne feignit pas l’enchantement. Il avait conscience de participer à un évènement de l’Histoire des Arts et son émotion était perceptible. Il regrettait seulement de ne pas pouvoir rencontrer un seul exposant.

Persuadée de faire découvrir la peinture d'avant-garde à un ingénieur, charmant certes, mais un peu fruste, Adélaïde, qui l’observait du coin de l’oeil était aux anges.

— Isidore, soyez franc, quelle impression vous à fait cette exposition impressionniste ? s’enquit à la sortie celle qui se prenait déjà pour une Pygmalionne.
— Adélaïde, le béotien que je suis ne trouve pas les mots pour exprimer son émotion. S’il n’était pas un chercheur désargenté, il achèterait à coup sûr nombre de ces peintures, ou si elles sont déjà vendues, ce qui est probable, il passerait commande.
— A ce point ?
— Ce matin, pour me taquiner, vous me disiez un peu prophète. Ce n’est pas tout à fait faux. Je suis persuadé que dans quelques décennies, ces toiles s’arracheront à prix d’or.

La veuve joyeuse allait de surprise en surprise. Le ton résolu de cette « prophétie » la persuada qu’elle avait découvert une pépite et qu’il convenait de tout mettre en oeuvre pour la conserver.





Ce message a été édité - le 25-03-2022 à 05:46 par Pierrelamy

Posté à 05h45 le 25 mars 22

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Miouz

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L'histoire en elle-même est très plaisante, et ce qui me ravit, de plus, c'est que dans la transcription des faits historiques, rien n'est laissé au hasard, rien n'est approximatif. Par exemple, le salon des refusés, etc...
Je ne sais trop pourquoi, et il faudrait que je vérifie, j'éprouve à lire ton histoire le même plaisir que lorsque j'ai lu les romans de Claude Izner (pseudo de deux soeurs qui écrivent ensemble).
Ces romans se passent à Paris dans les années 1890, je crois. On y trouve des renseignements sur le Paris de cette époque, une intrigue policière, et de l'humour en prime.

Merci de nous offrir ta nouvelle.
Coucou Coucou Coucou

Posté à 17h43 le 25 mars 22

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Pierre Lamy

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Merci Miouz
Ma culture est superficielle et doit tout à Internet.
Je m'en suis beaucoup servi pour mettre au point cette maxi nouvelle (nous n'en sommes qu'au tiers )
Je ne connaissais pas Claude Izner. Je vais tâcher de combler cette lacune. Merci pour le tuyau.
Salut



Ce message a été édité - le 25-03-2022 à 18:19 par Pierrelamy

Posté à 18h10 le 25 mars 22

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