Les bories, du provençal "bòri" (Masculin, accent grave sur le "o", pas de "e", et le "s", en provençal, ne marque pas le pluriel !) sont en fait d'un nom usurpé et transformé, qu'on doit, je crois, à Frédéric Mistral ; l'appellation exacte et vernaculaire pour ce type de construction était "cabôt", qui donnera peut-être "cabane" ; originellement, le "bòri" terme dévalorisant, désignait plutôt quelque immonde gourbi, cambuse ou tanière, fait à la va-vite et de bric et de broc ; quant aux "cabôt", donc, le 19ème siècle vit un engouement surgir pour ces ingénieuses et mathusalémiques huttes de pierre, dont je vais tenter de vous expliquer la technique de montage : l'encorbellement.
- Il s'agit d'obtenir, avec des pierres brutes, un abri habitable permettant de se protéger de la pluie - surtout - mais aussi du vent, et qui puisse autoriser l’évacuation des fumées d’un foyer...
Ah ! Pas facile, juste avec des gros cailloux plus ou moins informes !
Mais nos ancêtres étaient des malins pleins de courage et d’inventivité, et puis, ils n’avaient pas le choix !
Plein de courage, parce qu’il faut énormément de pierres pour monter ça ! (je dirais qu’il y a plus de plein que de vide) Le plus probable est que le matériau vienne du nettoyage des champs et pâtures, patiemment accumulé sur plusieurs générations.
L’encorbellement, c’est la façon de pose des tuiles, chaque module recouvrant le précédent, si la ligne de pierres est assez longue, l’eau, tombant grosso modo verticalement, ruissellera, conduite toujours plus vers l’extérieur !
La seconde rangée (donc, dans le sens de l’épaisseur - conséquente - du mur) dépassera la première de quelques centimètres, et ainsi de suite, sans oublier, pour la stabilité, d’intercaler les rangées pour ne pas "sabrer" l’ouvrage, jusqu’à ce que "l’igloo" se referme de lui-même, à la hauteur déterminée par la surface au sol, en un cercle ouvert, plus ou moins grand, et qui se verra chapeauté par une large pierre plate (dite "lecque").
Sous l’orage, les murs seront alors mouillés dans leur largeur, mais l’habitacle, préservé, restera sec.
Contre le vent, les anciens devaient garnir les espaces entre les blocs, bien sûr seulement à l’intérieur, d’un mélange de terre et de paille, aujourd’hui disparu, en évitant de remplir les toutes dernières rangées pour permettre à la fumée de s’échapper tant bien que mal ; le foyer était central.
On estime les premiers de ces édifices remonter à la protohistoire (âge du bronze, environ moins 3000 avant J.C) ...et les derniers au début du 19ème siècle !
- Outillage nécessaire à la réalisation de ces abris : deux mains, avec pouce opposable, de bonnes vertèbres, et un peu de cerveau...
Merci pour votre attention.
- Le maçon -
Ce message a été édité - le 22-04-2020 à 22:13 par Salus