Glose N° 12

Par : Salus
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Salus

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Glose N° 12


A dégoiser ces gloses
Auteur, tant que tu l'oses,
Tu te crois professeur ?
Moi ? - De tous frère et sœur !


Précis approximatif de poétique historique




...François de Malherbe meurt psychorigide mais célèbre, au début du 17 ème siècle, persuadé de son propre génie et de l'indigence des poètes de son temps ; son influence est palpable sur toute la poésie classique.
Il n'écrit pas d'ouvrage technique, mais nous savons que ses exigences tiennent avant tout de la clarté de l'énoncé et la subtilité de la rime ; il épure la langue de tout superflu, tient compte du parler populaire et se fonde souvent sur l'usage ; il proscrit les termes argotiques, et toute forme de vulgarité, fixe des rythmes, notifie les emplacements des césures, condamne le hiatus, les facilités, les chevilles (petits mots passe-partout qui aident à respecter le mètre ; aèdes, méfiez-vous-en comme de la peste, mais utilisez-les, ils sont là pour ça !).

Ce qui suit vient tout droit d'un article du Net : "S’opposant aux poètes de la Pléiade, qui, pendant la Renaissance, avaient voulu enrichir la langue, Malherbe désire l’épurer, la rendre plus claire.C’est ainsi qu’il a, selon les mots de Boileau "réduit la Muse aux règles du devoir»."

C'est vrai, on n'a pas parlé de "La Pléiade", quelle lacune ! en fin d'article, je vous refile un petit scriptum, promis !
Chez Malherbe, le lyrisme est formel, tout chez lui est tiré au cordeau, la sensibilité est la grande absente d'une œuvre plus stoïque et baroque que véritablement classique, mais la poésie classique lui doit ses premières lettres de noblesse.
Allez, encore quelques vers de ce brave garçon, originaire de Caen :

François de MALHERBE (1555-1628)


Beaux et grands bâtiments...

Beaux et grands bâtiments d'éternelle structure,
Superbes de matière, et d'ouvrages divers,
Où le plus digne roi qui soit en l'univers
Aux miracles de l'art fait céder la nature.

Beau parc, et beaux jardins, qui dans votre clôture,
Avez toujours des fleurs, et des ombrages verts,
Non sans quelque démon qui défend aux hivers
D'en effacer jamais l'agréable peinture.

Lieux qui donnez aux cœurs tant d'aimables désirs,
Bois, fontaines, canaux, si parmi vos plaisirs
Mon humeur est chagrine, et mon visage triste :

Ce n'est point qu'en effet vous n'ayez des appas,
Mais quoi que vous ayez, vous n'avez point Caliste :
Et moi je ne vois rien quand je ne la vois pas.


(Caliste, c'est une louloute d'époque, dont il est fou !)

Voila pour François Malherbe, on lui doit bien ça...

Puis arrive Descartes, mais c'est plutôt un philosophe, et Vincent Voiture, qui lâche la rhétorique pour la frivolité (à lire ! je vais vous en trouver) :

je crois que ça s'appelle :

"Errare humanum est*

Quand je me plaindrais nuit et jour
De la cruauté de mes peines,
Et quand du pur sang de mes veines
Je vous écrirais mon amour,

Si vous ne voyez à l'instant
Le bel objet qui l'a fait naître,
Vous ne le pourrez reconnaître,
Ni croire que je souffre tant.

En vos yeux, mieux qu'en mes écrits,
Vous verrez l'ardeur de mon âme,
Et les rayons de cette flamme
Dont pour vous je me trouve épris.

Vos beautés vous le feront voir
Bien mieux que je ne le puis dire;
Et vous ne sauriez bien lire
Que dans la glace d'un miroir.

Vincent Voiture 1597-1648



*A moins que ce ne soit : "Stances écrites de la main gauche" (?)

En fait le texte ci-dessus, (que je vous ai donné traduit en français moderne), était présenté à l'envers, et il fallait le lire dans un reflet, Voiture était un malin !
Hélas, mon seul document est dans un livre, et je ne sais pas, via le scan, vous l'offrir.
Bref, Voiture est sympa, badin, un peu mondain, et très intelligent !
Il incarnera, par opposition au pédantisme de son époque, ce qu'on finira par appeler " les honnêtes gens"

Nous entrons de plain-pied dans le 17 ème siècle, Louis XIII, Richelieu, qui ne rigolaient pas, l’intransigeance mystique du Jansénisme, l’orgueil, l'honneur et la bêtise font rage...
La société "précieuse" se goberge de stances, madrigaux, sonnets...Tous plus ou moins illisibles, la poésie descriptive remet le baroque et l'épopée au goût du jour, Boileau nous arrive dans un siècle qui, avec Balzac et Corneille, roule sur la glorieuse trace rigoureuse héritée de Malherbe, on commence à voir se dessiner, avec "les doctes" (sic !) une littérature et une poésie qui méritent pleinement l'épithète de "classique", tout ça est un peu confus, je le reconnais volontiers ; nous devrions plus nous concentrer sur les poètes de cette grande époque de l'écrit formel, La Fontaine (1621 / 1695), et Boileau (1636 /1711), mais nous passerons sans nous attarder sur Molière, Racine et autres Bossuet qui sont plus loin de notre sujet, encore que les vers de Racine sont, à mon sens, ce qu'on a fait de plus "grec" depuis l'antiquité ; c'est la grande époque classique, tous les principes de la doctrine sont réunis, ça va barder !

Salut,
Salus


P.S (comme ça on voit aussi Du Bellay, qui était passé à la trappe)

LA PLÉIADE :

On peut parler proprement dit d’école dans la mesure où les poètes répondent à un projet et un idéal communs qui s’expriment dans ce que l'on peut considérer comme leur manifeste : Défense et illustration de la langue françoise, 1549 Jean Du Bellay.

L’équipe s’est modifiée au fil des ans : la dernière liste présente Ronsard, Du Bellay, Baïf, Pontus de Tyard, Jodelle, Belleau et Dorat. Elle est née du regroupement et de la confrontation d’élèves formés dans deux écoles : le collège de Coqueret dont les condisciples sont Ronsard, Du Bellay et Baïf et le collège de Boncourt où se côtoient Belleau, Jodelle et La Péruse (remplacé à sa mort par Belleau).

L’histoire et l’aventure des poètes de la Pléiade ont été en quelque sorte reconstruites a posteriori, notamment par les romantiques du XIXème, mais rarement dans l’histoire de la poésie on a eu une impression à ce point forte d’avoir une tâche à accomplir et d’avoir des ambitions, des idéaux, des goûts communs à mettre au service d’un même projet.


Du Bellay Les Regrets


Je me feray sçavant en la philosophie,
En la mathématique, et medecine aussi :
Je me feray legiste, et d’un plus hault souci
Apprendray les secrets de la theologie :

Du luth et du pinceau j’esbateray ma vie,
De l’escrime et du bal : je discourois ainsi,
Et me vantois en moy d’apprendre tout cecy,
Quand je changeay la France au séjour d’Italie.

O beaux discours humains ! Je suis venu si loing,
Pour m’enrichir d’ennuy, de vieillesse, et de soing,
Et perdre en voyageant le meilleur de mon aage.

Ainsi le marinier souvent pour tout tresor
Rapporte des harengs en lieu de lingots d’or,
Ayant fait, comme moy, un malheureux voyage.



L’idéal de la Pléiade :

L’idéal des poètes de la Pléiade se construit sur la mise au placard de ce qui les a précédé.

- Ils mettent entre parenthèses les aspects séduisants de la production antérieure (poésie médiévale, marotique...) pour prôner la nécessité de purifier et renouveler l'enfantement lyrique.

- La production antérieure fait figure d'élaboration anecdotique à laquelle ils opposent l’idée d’une création poétique qui trouvera sa cohésion dans une inspiration commune, son souffle dans un idéal partagé.

- Tous les prédécesseurs font figure à leurs yeux de mauvais versificateurs, sinon certains : Marot, Heroët, Scève, Saint-Gelais en qui ils voient des précurseurs mûs par une inspiration individuelle originale.

...Une bonne nuit à vous !


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Michèle Corti

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Montez en chaire, professeur, nous vous saluons de tout cœur ! En chœur !
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Salus

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Merci, très chaire !
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Michèle Corti

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Quelle élévation ! 👋
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Aurorefloreale

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Merveilleux document en appui, une source de renseignements bien précieuse! Merci du partage fort intéressant!
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Oxalys

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Ah enfin, j'attendais "La Pléiade" passée au crible des gloses salusiennes.
Apparemment, elle a laissé des résidus de triste mémoire.
Je lui ai toujours trouvé un goût amer. Je mettais cela sur le compte d'un manque total d'aptitude à comprendre. Voilà qui me rassure.
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Salus

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Merciàvousdeux !

(Salucéennes)
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Oxalys

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merci bien pour la correction, j’en prends note dans mes tablettes.
Signé : la studieuse cancrelette😎