Glose N° 10
Superflues,
Très peu lues,
Ces berlues
Dévolues
Au Dieu Blues !
- Suite des « Scolies et Péroraisons Hystériques et Littéraires » :
Si mémoire ne me ment, nous étions restés au tout début du 18 ème siècle, la poésie et le classicisme ont un coup dans l’aile, Pégase vole bas, la grande épopée, trop ardue, est abandonnée, le lyrisme est pompeux et maniéré, il n’y a guère que Rousseau et quelques autres, qui fassent preuve d’un véritable style :
· Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778)
Les consolations des misères de ma vie
(extrait, V)
Ruisseau qui baignes cette plaine,
Je te ressemble en bien des traits.
Toujours même penchant t'entraîne :
Le mien ne changera jamais.
Tu fais éclore des fleurettes :
J'en produis aussi quelquefois.
Tu gazouilles sous ces coudrettes :
De l'amour j'y chante les lois.
Ton murmure flatteur et tendre
Ne cause ni bruit ni fracas ;
Plein du souci qu'amour fait prendre,
Si je murmure, c'est tout bas.
Hein ! Quand même...
D’autre part,Ecouchard-lebrun a beaucoup impressionné son époque, pour moi, il est le prototype du poète mal ronflant, et ronflant fort ! (on croirait lire le haïssable Rouget de L’Isle !) exemple :
Ode sur l'enthousiasme
Aigle qui ravis les Pindares
Jusqu'au trône enflammé des dieux,
Enthousiasme, tu m'égares
A travers l'abîme des cieux.
Ce vil globe à mes yeux s'abaisse ;
Mes yeux s'épurent, et je laisse
Cette fange, empire des rois :
Déjà, sous mon regard immense,
Les astres roulent en silence,
L'Olympe tressaille à ma voix.
Ô muse, dans l'ombre infernale
Ton fils plongea ses pas vivants :
Moi, sur les ailes de Dédale
Je franchis la route des vents.
" Il est beau, mais il est funeste
De tenter la voûte céleste. "
Arrête, importune raison !
Je vole, je devance Icare,
Dussé-je à quelque mer barbare
Laisser mes ailes et mon nom.
…J’exagère, il est quand même bien meilleur que l’auteur de « La Marseillaise !
A part ces quelques exceptions, c’est la poésie légère, façon Marot, ou plus tard Voiture, mais sans leurs vélocités spécifiques, qui fera les délices de ce siècle ou chacun se pique d’azur , ce qui ne le sublime pas… Voltaire sera, à mon sens le plus adroit et le meilleur de ces poètes, qui s’échinent à enrober des futilités de la plus exquise subtilité (!)
Voltaire :
Sur la métaphysique de l’amour
De l’amour la métaphysique
Est, je vous jure, un froid roman.
Fanchon, reprenons la physique :
Mais, las ! que j’y suis peu savant !
…C’est très bon, même avec les fautes de rime ! On devine un cerveau pétillant d'intelligence !
A cette époque, puisqu'on en parle, c’est le roman qui arrive en tête du peloton littéraire, doublant la tragédie d’une courte tête, puis enfilant le maillot jaune de la peinture des mœurs, avec Marivaux ou Le Sage, héritiers des grands burlesques, on se démarque de la tradition classique par une grande liberté de thème et une recherche tous azimuts, y compris grivoise, dont les lettres n’étaient plus coutumières depuis le plein
moyen-âge.
…Et puis je vous conseille la lecture de Jean-baptiste Rousseau, aîné de l’autre, mais qui n’a rien à voir avec sa famille ! (je le suppose, en tout cas) Celui-là, comme Voltaire, était excellent versificateur, mais se réclame de Malherbe, je le cite : « C’est l’expression qui fait le poète et non la pensée, qui appartient au philosophe et à l’orateur ». C’est un peu court, jeune homme, et je marque mon désaccord, mais ça donne à réfléchir et ça situe le mental de Jean-Ba, qui tricotait fort correctement, comme vous allez le voir : (la stance est entière)
· Jean-Baptiste ROUSSEAU (1671-1741)
Stances
Que l'homme est bien, durant sa vie,
Un parfait miroir de douleurs,
Dès qu'il respire, il pleure, il crie
Et semble prévoir ses malheurs.
Dans l'enfance toujours des pleurs,
Un pédant porteur de tristesse,
Des livres de toutes couleurs,
Des châtiments de toute espèce.
L'ardente et fougueuse jeunesse
Le met encore en pire état.
Des créanciers, une maîtresse
Le tourmentent comme un forçat.
Dans l'âge mûr, autre combat,
L'ambition le sollicite.
Richesses, dignités, éclat,
Soins de famille, tout l'agite.
Vieux, on le méprise, on l'évite.
Mauvaise humeur, infirmité.
Toux, gravelle, goutte, pituite,
Assiègent sa caducité.
Pour comble de calamité,
Un directeur s'en rend le maître.
Il meurt enfin, peu regretté.
C'était bien la peine de naître !
Pour moi, un régal ! (quelle chute !)
La philosophie fait majestueusement son entrée dans les salons, qui ne débondent pas, D’Alembert, Diderot et leurs copains commettent leur fameuse « Encyclopédie », afin d’offrir le savoir, lequel est parfois aussi douteux que ce que l’intention est louable ! Cependant, la révolution s’approche à pas de velours... Sortant du nombre, André Chénier, grand poète hellénique, qui y laissera sa vie, fera la clôture de cette cession déplorable par ses immensités lacunaires, mais il y faudrait des milliers de pages, et j’ai un texte sur le feu !
A Charlotte Corday
Quoi ! tandis que partout, ou sincères ou feintes,
Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes
Consacrent leur Marat parmi les immortels,
Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,
Des fanges du Parnasse un impudent reptile
Vomit un hymne infâme au pied de ses autels ;
La vérité se tait ! Dans sa bouche glacée,
Des liens de la peur sa langue embarrassée
Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux !
Vivre est-il donc si doux ? De quel prix est la vie,
Quand, sous un joug honteux, la pensée asservie,
Tremblante, au fond du cœur, se cache à tous les yeux ?
…C’est un extrait, Chénier est prolifique, philosophe, engagé, et préfigure, aux avant-postes du romantisme, quelque Victor Hugo corseté d'art antique, oui, car son génie n'atteint pas à la facilité d’image du gouleyant Hugo.
Cependant, Chénier reste un des meilleurs poètes de son temps !
A bientôt ?
A bientôt !
Salus