Poésies de Thierry Cabot

Par : Jim
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Jim

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L'enfance

Sans doute à jamais tu regretteras
Le neigeux appel des bateaux à voiles,
Les sommeils toujours habillés d'étoiles,
Qui voyaient au ciel tressaillir tes bras.

Sur les flots d'un songe aux blancs opéras,
L'enfance peignait ses ors et ses toiles,
La tienne qu'amer ici tu dévoiles
A ton cœur si vieux miné par les rats.

Combien semblaient purs les baisers volages !
Profonds les chants bus ! Vastes les voyages !
L'escalier fuyant riait sous tes pas.

Chaque matin neuf étreignant l'espace,
Faisait tournoyer comme des appas
Les sublimes fleurs de l'amour qui passe.


Pour peu que tu sois là

Pour peu que tu sois là, demain ou tout à l'heure
Comme un scintillement écumeux du désir,
Un miel de dahlia rose en automne qu’effleure
Le chant frais d’une main frissonnante à loisir.

Pour peu que tu sois là quand le deuil me décime,
Blanche, ineffable et pure et toujours t'élevant
Du sort le plus hideux à la plus neuve cime
Grâce aux mots par lesquels je redeviens vivant.

Pour peu que tu sois là, louve aux yeux d'émeraude,
Sous le jeune habit clair des souples amandiers,
Lorsque au bout de mes doigts quelque délice rôde
Et que mon cœur se fond dans tes cils incendiés.

Pour peu que tu sois là, magique de silence,
Longue et féline entre le don et l'ingénu,
Tandis que, vaste en nous, un songe ailé s'élance
Avec le charme saint d'un aveu retenu.

Pour peu que tu sois là parmi les douces neiges,
L'ample lumière ou les vents qui nous font trembler,
Je n'aurai tel un feu nourri de sortilèges,
Que ton amour infiniment à contempler.


Devant la mer

Secoue au moins le vide insultant qui te borne
Avec l'œil nébuleux d'une revêche nuit.
Ne goûte plus jusqu'à vomir le crachat morne
Du médiocre qu'étouffe une écharpe d'ennui.

Hume tes mots, sème ta voix, hisse tes rêves,
Décapite les murs flageolants à moitié,
Et fais encore en magicien des blondes grèves
S'élargir sous ta foi l'horizon tout entier.

Que peuvent les corbeaux que la vermine écrase ?
N'es-tu pas né pour vivre et plus noble et plus grand,
Né pour saisir et mordre au sel de toute phrase
Un peu du cœur naïf d'un soleil pénétrant ?

N'es-tu pas là, si fort et si plein de toi-même,
Si royalement jeune et constellé d'ardeurs,
Oui tellement chéri par l'immensité même
Qu'un enfant y boirait ses futures splendeurs ?

Le monde est vieux, bien sûr, mais l'aube n'a point d'âge.
Les jours sonnent, vêtus comme d'amples secrets.
Au-delà de tes mains, l'heure en vagabondage
Imprime à chaque élan on ne sait quoi de frais.

Le beau ciel presque nu teint les eaux rayonnantes.
La mer adamantine a des jeux orgueilleux.
Du fond de leurs clameur, soûles, tourbillonnantes,
Les vagues à l'envi brassent le merveilleux.

Vois trembler le matin à la musique neuve
Et vers l'azur égal sangloter les embruns,
Cueille le songe auquel ton infini s'abreuve
Quand, délice d'écume, il jaillit des flots bruns.

Oh ! combien il te faut de soifs à ta mesure,
Combien... combien tu veux, libre d'aucun soutien,
Ici toujours, malgré la haine et la brisure,
Déchirer l'habit sale où le vil te retient !

Sur les lames, regarde ! un vol blanc de mouettes
Embrasse l'or liquide au souffle bondissant ;
Car il n'est Miel dont maintes fois tu ne souhaites
Sentir à pleins poumons le goût bouleversant.

Plus loin, dans la ferveur capiteuse et la gloire,
Le vent large médite au seuil de l'éternel,
Et la lumière aiguë aux feux de sa mémoire
Rend le monde à son verbe immense et fraternel.

O rien ne dit assez l'éclat de ta naissance!
L'onde croule sans fin de chavirants échos.
En toi monte et s'agite une claire puissance
Mêlée à la chaleur des roulis amicaux.

Hymnes, fécondité, parfums d'avant déluge,
La mer lave les rocs ; l'air est délicieux.
Va d'une seule haleine y puiser un refuge,
Plein du sang de ton cœur ! plein du cri de tes yeux !


Muse, mon amante

Splendide, avec les ailes d'autrefois,
Tout m'emplira d'une extase première ;
J'habiterai le son et la lumière
Pour te chérir de somptueuses fois.

Les mots en nous, bénis comme des rois,
Flamberont mieux qu'une rose trémière ;
De ton corps plein, je ferai ma chaumière,
Semant le rêve... auquel sans fin tu crois.

Beaux, éveillés, malgré la nuit dormante,
Moi, l'homme soûl, et toi, la pure amante,
Célèbrerons les vagues du soleil ;

Puis magicien fleuri par ton empreinte,
Je tremperai ma plume au sang vermeil
Dans l'éclair nu de notre chaude étreinte.


Et si...

Et si comme une sœur magnifique et troublante,
La foi s’illuminait dans les matins royaux ;
Si les yeux rendus saints par d’infinis joyaux,
Laissaient voir des bontés que nul or ne supplante.
Et si l’égal savoir d’heure en heure accompli,
Mi-songeant, mi-riant, égayait chaque école,
Plus capiteux, plus chaud qu’un feu qui caracole
Et dont l’élève aurait le visage embelli.
Si goulue au soleil, l’enfance à pleines lèvres
Baisait le nid fleuri de la suavité,
Au point que l’homme hier éteint puis dévasté,
En elle tout à coup, sût rallumer ses fièvres.
Et si le tribunal ruisselant de badauds,
Allait faire tonner l’adorable justice
Afin que moi, le faible, au despote je disse :
« Sous le poing de la loi, tu courberas le dos. »
Et si du beau travail cultivé pour lui-même,
Chacun labourait seul les fécondants chemins,
L’étincelle à la joue et la ferveur aux mains,
Clamant de tout son être : « oui, c’est cela que j’aime ! »
Et si l’amour total jusqu’à nous chavirer
Prodiguait à foison magie et découverte ;
O si face à la joie immensément offerte,
L’amour comme éternel voulait bien demeurer !


A Léane

Au feu de quelle étoile, à l'or de quelle rive,
Avons-nous quelquefois réchauffé nos pieds lourds ?
Dans quel espace vain flottant à la dérive
Et rongé par la lèpre invisible des jours ?

Qui sommes-nous, perdus comme un sanglot d'écume
Parmi les fleuves las où saignent nos élans ?
Qui sommes-nous, tachés de soleil et de brume
Et si riches de dons et de vœux chancelants ?

Or pitoyables nains mordus par l'éphémère,
Comme nous avons cru dépouiller l'éternel
En caressant nos biens d'une ferveur amère,
En couvant nos bijoux d'un émoi fraternel !

Pour quelques passions labiles et fuyantes,
Nous avons serré fort jusqu'à l'avidité
Des bras vertigineux et des mains défaillantes
Fleuris sous les yeux chauds d'on ne sait quel été.

Nous avons tant de fois chéri de fausses gloires,
Tant de fois lâchement fait sonner notre orgueil,
Tant de fois enlacé des rêves dérisoires
Malgré la suffocante image du cercueil.

Pendant que la vieillesse armait son poing sévère,
Comme nous avons mis de haine et de fureur
A briser le plafond de nos cages de verre,
A maudire le temps sournois et massacreur !

Comme nous avons dû, soûlés d'arrière mondes,
Cultiver en sursaut quelque louche au-delà :
Eldorados naïfs crevant d'espoirs immondes !
Glauques ailleurs vomis sur des airs de gala !

Et comme sans jamais prévenir les désastres,
Nous avons chaque jour tant et plus, tant et plus
Baisé de jeunes fronts aussi beaux que des astres
Et de chers doigts noueux, vacillants et perclus !

Mais qu'ici-bas du moins une flamme demeure,
Une épaule magique aux lumineux contours !
Que jaillissent du moins, volés à la même heure,
Les cris ensoleillés de millions d'amours !

Tant pis ! S’il faut demain périr d'un coup funeste.
C'est trop de vivre nus embués de néant,
Trop de mettre à genoux l'idéal qui nous reste,
Trop de guillotiner nos envols de géant.

Oh ! Tant pis ! Si le col majestueux des cygnes
Doit éclater bientôt comme un vulgaire fruit.
Tant pis ! Si quelques-uns traînent des maux insignes
Et d'autres maint bonheur depuis longtemps détruit.


Léane, ma poupée à la lumière blonde,
Les vents purs, ce matin, cajolent l'univers ;
Tes jolis pieds en feu, plus ondoyants que l'onde,
Volent sur le lit tiède et soyeux des prés verts.

Que t'importent les fous englués de nuit blême
Et leurs immenses deuils rougis de sang vermeil !
La vie en toi, Léane, éprise d'elle-même
Coule, telle admirable, une eau sainte en éveil.

Oui, va foulant l'espace ébloui qui t'adore ;
On dirait que l'azur boit chacun de tes pas ;
Nous avons dans les yeux la même douce aurore
Et je te comblerai de ce que tu n'as pas.

Léane, l'heure est vaste à qui se sent des ailes ;
Quelque chose de bon fascine et charme l'air ;
J'ai ta candeur, ma fée, au bout de mes prunelles
Comme si pour moi seul ton cœur devenait clair.

Cent effluves de joie illuminent tes gestes ;
Le monde étale au loin sa féconde santé ;
Conquête radieuse ! Aventures célestes !
Tu cours, pleine d'un songe inouï de beauté...

O tous deux ! Aimons-nous sans nuage ni voiles !
Léane, toi ma chair, l'enfant de mon enfant
Dont les petites mains font rire les étoiles,
O Léane ! Si frêle au soleil triomphant !


Arrière-saison

La pluie et le vent
Sur ton sein vivant
Roulent une eau grise.
Ils sont bien ailleurs,
Les soleils rieurs
Qui te rendaient grise.

A demi noyé,
Le portail mouillé
Puis les grilles mornes
Sifflent à mourir.
On ne voit fleurir
Qu'un sanglot sans bornes.

Sous ton noir chapeau,
L'émail de ta peau
Semble, deuil immense,
Pâle se figer,
Seul, comme étranger
A toute romance.

C'est déjà l'oubli.
Le jardin sali
Hèle en vain ses roses.
Et toi, que dis-tu ?
Pleine du têtu
Couperet des choses.


Poèmes extraits de " La Blessure des Mots "
http://p-o-s-i-e.over-blog.net/
http://www.pierdelune.com/cabot.htm