Portrait d'un étranger
Il croyait que l'exotisme, les palmes et les rivages de Thaïlande, le désert de Gobi, les palais rouges de Chine, les favelas multicolores de Rio, les îles de Polynésie, les peuples aux coutumes aussi diverses que leurs costumes bariolés, avec leurs musiques rauques, étranges comme ces cris étouffés qui grondent dans les profondeurs de volcans suspects d'éruption prochaine, que tout cela calmerait la peine cuisante résultant de tout ce qu'il avait perdu...
Or le temps s'écoulait, secondes fines comme le sable des plages sur lequel s'allongeaient des filles d'ambre engendrées par l'autre côté du monde. L'éternité badigeonnait d'un inaltérable azur les minarets blancs et les coupoles d'or, les temples d'or aux toits tarabiscotés dont les angles se relevaient en proue de gondole, les statues d'or géantes, assises sur les terrasses sculptées, qui contemplaient l'océan vert avec un inaltérable demi-sourire...
Des pluies illuminées trempaient ses cheveux, dans la barque du pêcheur qu'il aidait à lancer son épervier transparent, lequel avec un cliquetis mouillé frappait l'eau déployée à la manière d'une pieuvre dans le poème d'une sirène spectaculaire et terrifique ! Au retour, poissons pendus à l'épaule et pieds nus dans la boue du village, il s'essayait à une vie quotidienne résolument étrange, parmi les politesses asiatiques et les visages impénétrables.
Parfois, il avait croisé un guerrier bardé de mitraillettes qui menaçait vaguement de lui ôter la vie, ou de le prendre en otage pour en tirer rançon ; mais après quelques explications les yeux dans les yeux, l'ennemi lisait dans les prunelles du voyageur un désespoir d'une froideur terrifiante, comme s'il y rôdait l'ombre d'une divinité tellement maléfique que mieux valait, de peur d'en être contaminé, ne pas prolonger plus longtemps les palabres. Et d'un signe du canon de son arme, il congédiait l'étranger vers son destin.