Hedy Lamarr est une actrice, productrice et inventeur américain, née Hedwig Eva Maria Kiesler le 9 novembre 1914 à Vienne (Autriche-Hongrie), décédée le 19 janvier 2000 à Altamonte Springs (Floride). Elle compte parmi les actrices mythiques du cinéma américain.
En plus de sa carrière cinématographique Hedy Lamarr est connue comme ayant, sous le nom de Hedy Kiesler Markey1 et avec son ami le compositeur George Antheil, déposé le brevet d'un système de codage des transmissions appelé étalement de spectre, proposé alors pour le radioguidage des torpilles américaines durant la Seconde Guerre mondiale, bien qu'il ne fût pas appliqué (Brevet des USA 2,292,387)2. La technique réapparut dans le domaine militaire dans les années 1960. De nos jours elle est par exemple utilisée par les systèmes de positionnement par satellites (GPS, GLONASS), les liaisons chiffrées militaires, les communications de la Navette Spatiale avec le sol, et plus récemment dans les liaisons sans fil Wi-Fi 3.
“On August 10, 1933, Hedy Kiesler married Austrian industrialist Fritz Mandl, CEO of one of the world's leading arms manufacturers. While her husband forbade her to pursue her acting career, (attempting to buy up all existing copies of "Ecstasy"), this proved to be one of the most valuable relationships to the scientific technology she would develop years later.” http://www.hedylamarr.org/hedystory2.html
“However, it is her contribution to science and technology that have had the most important and lasting impression, though little known outside the scientific community.” http://www.hedylamarr.org/hedystory4.html, et
http://www.hedylamarr.org/hedystory5.html
Dans une des transformations les plus étonnantes des temps modernes, Hedy évolua de tentatrice du grand écran à déesse de l'ingénierie. Loin d'être juste un symbole sexuel, elle pouvait également expliquer le fonctionnement d'un système à étalement de spectre par saut de fréquence – ce qui n'est pas une mince affaire. En 1941, de concert avec le co-inventeur George Antheil, elle proposa son système secret de torpilles radio-guidées qui permettait à la torpille de sauter parmi 88 différentes fréquences, rendant impossible la détection par l'ennemi de l'attaque sous-marine. Un codage de transmission en avance de 20 ans à l'époque, et utilisé aujourd'hui encore pour les positionnement par satellites (GPS...), les communications des navettes spatiales avec le sol, ou dans la technologie Wi-Fi.
Là encore les versions divergent. Certains se plaisent à peindre deux antinazis passionnés qui passent leurs soirées à discuter de la meilleure façon de battre Hitler : le compositeur George Antheil et l'actrice Hedy Lamarr ; cette dernière se souvient de plans qu'elle a lus chez son premier époux, Mandl ; après de longues soirées passées sur le seuil de la maison d'Hedy à simuler divers engins avec des allumettes et une petite boîte d'argent, en s'inspirant des rouleaux perforés des pianolas dont Antheil faisait un usage immodéré, ils inventèrent un système baptisé « étalement de spectre » autrement dit le « commutateur de fréquences » afin de guider des fusées par fréquence radio et de brouiller les détecteurs ennemis. Suivant les sources, Lamarr et Antheil apportèrent une contribution décisive à la victoire des Alliés puis leur invention fut oubliée. La plupart cependant affirment que le système était si avancé que la US Navy déclara qu'il était impraticable et considéra avec mépris l'explication que certaines parties fonctionnait comme le mécanisme d'un piano mécanique. La technologie évolua et en 1962 le système de Hedy fut finalement mis en place par la Navy.
Le Bureau des brevets américain détient en effet, daté du 10 juin 1941 et cosigné par Hedy Lamarr, la description d'un système de guidage de torpilles impossible à brouiller. Le brevet intitulé Spread Spectrum préconise de faire varier simultanément, et selon le même code enregistré sur deux cartes perforées, les fréquences de l'émetteur et du récepteur. Les progrès de l'électronique quinze ans plus tard firent que le procédé fut utilisé dans la crise des missiles à Cuba en 1962, jusqu'aux bombes dites « intelligentes » lâchées sur l'Irak. Lorsque le brevet fut déclassifié dans les années 1960, le dispositif fut également utilisé par les constructeurs de matériels de transmission. Aujourd'hui, la plupart des téléphones portables, pour améliorer leurs communications avec les émetteurs, mettent à profit la « technique Lamarr ».
Le seul ennui est qu'interrogée sur sa géniale invention, Hedy Lamarr a toujours affirmé n'y être pour rien, même si elle accepta avec joie le prix (très rétroactif) que lui décerna en 1997 l'Electronic Frontier Foundation américaine. C'est Antheil, disait-elle, qui en avait eu l'idée, et qui l'avait associée au brevet par admiration pour elle, comme il aurait pu lui dédier une symphonie.
George Antheil (1900-1959), le musicien en question, est un personnage qui vaut le détour, et qui compose avec Hedy une sorte de couple idéal pour incarner la culture scientifique. Dès son arrivée à Paris dans les années 1920, il se lie avec les milieux artistiques d'avant-garde. Stravinsky, Picasso, Joyce, Dali assistent aux concerts de ce musicien énergumène qui produit « des œuvres conçues par et pour les machines ! ». Fasciné par les pianos mécaniques (il en fera jouer seize sur la même scène), les hélices d'avion (dont il fit des instruments à percussion), les sirènes et les klaxons (l'Américain à Paris de Gershwin est évidemment George Antheil), il est le pionnier d'une musique intégralement mécanique n'annonçant rien de moins que notre moderne "Techno". Le peintre Fernand Léger appréciait tant cette approche nouvelle qu'il monta avec Antheil un Ballet mécanique accompagné de projections sur écran. "Bravo ! Quelle précision!" s'écria Erik Satie lors de la première, tandis que le critique musical du Paris Tribune écrivait en date du 21 janvier 1925 que la musique d'Antheil était conçue "pour en finir avec les grands orchestres… et avec le public". Erreur : on trouve sur la Toile un site très décoiffant 12 où est reconstitué, avec des moyens techniques différents mais en hommage à George Antheil, le Ballet mécanique, étrange mariage de l'art et de la science.
Hedy Lamarr a été beaucoup critiquée mais dans une série récente de portraits, elle apparaît bien plus complexe que sa réputation, déjà contrastée. Selon Antheil, "Hedy était un géant intellectuel comparée aux autres actrices d'Hollywood". Les apparences l'ont souvent desservie et la solitude et la mélancolie semblent s'attacher à elle. Chirurgie ratée et faits divers sordides, bruits contradictoires composent sa légende noire.
En 1949 Hedy remporte le seul prix de sa carrière, le Prix pomme acide de l'actrice la moins coopérative remis – en mains propres ? – par les Golden Apple Awards. Cette misanthropie ne s'exerce pas seulement à l'égard des journalistes : le Ciné-télé-revue du 18 au 24 juillet 1950 rapporte que « Hedy Lamarr n'aime plus guère que l'on parle d'elle. Elle déteste les interviews et se méfie de la sincérité de ses amis. Elle n'en a plus beaucoup du reste. Elle a connu trop de déceptions et elle les redoute. Elle vit presque comme une recluse. Surtout ne pas lui poser de questions trop précises : la laisser parler selon son cœur. Quand elle se sent du vague à l'âme, comme en ce moment, c'est à son enfance viennoise qu'elle pense le plus intensément. Et à son père. »
Par ailleurs des témoignages anonymes protestent de l'intelligence et de l'humour de la véritable Hedy, Eva ou Hedwig, loin de l'icône glacée de l'écran et de la femme narcissique et parfois superficielle de ses mémoires.
Mais qui était vraiment Hedy ? La jeune Viennoise de bonne famille qui fit scandale dans l'Autriche nazie avec la première scène de nu intégral au cinéma et fut contrainte à fuir en Amérique? La femme d'une prodigieuse intelligence, capable d'intuitions technologiques géniales dont on ne mesure qu'aujourd'hui la vraie portée, mais totalement frustrée dans son rôle de symbole sexuel ? La diva schizophrène, droguée à coups de pilules par les studios hollywoodiens et coupée de la réalité au point de se révéler incapable d'affronter les problèmes les plus banals ? L'actrice parfaite, à l'écran comme dans la vie, qui use de son charme immense pour faire l'espionne en faveur de l'Occident ? La femme réservée et solitaire, entre deux âges, dont la beauté s'est fanée sous les bistouris hésitants des premiers chirurgiens esthétiques, retirée en Floride et ne communiquant que par téléphone avec le monde ?
"The Ruptured Duck", le surnom de la prestigieuse médaille militaire The Honorable Discharge Lapel Pin, est attribué à Hedy Lamarr, qui, prenant l'avion pour fuir Mandl (celui-ci voulait l'assassiner car tout le monde avait découvert qu'elle était l'auteur des inventions militaires qu'il s'était attribué), avait comparé son terrible vol à un "segeltuch gebrochen" ("broken bird") mais cela fut traduit par "Ruptured Duck". L'expression fut reprise par les employés de l'usine qui fabriquaient le "Duck" pour commémorer le vol héroïque de Lamarr.
(extraits de Wiki)