Guy Vieilfault

Par : Salus
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Salus

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BELLE MARQUISE


Il y avait, rappelle-toi,
Comme un bruit doux de ballerines,
Un pianotis d’heures caprines
Dessus le toit.

Il y avait, rappelle-moi,
Hors le carcan des crinolines,
Cette nudité d’orpheline
Et notre émoi.

Il y avait ce quant-à-soi
Qui fièrement encor s’obstine
Malgré l’impudeur enfantine
En bas de soie.

Foin des messes et patenôtres,
Cette heure fut bellement nôtre
Quand toi et moi devinrent nous.
Et vous aimâtes, j’imagine,
L’amour tremblant, pâle androgyne,
À vos genoux...




Ce monsieur, Guy Vieilfault, à peine connu par les prix de concours qu'il gagna, plus un peu d'internet, ce monsieur est le plus grand poète vivant qu'il m'ait été donné de lire ; je le dirais verlainien sans aucunement en être épigone ; j'ai péniblement réuni à peu près tous ses vers, si ça vous branche, je vous en remettrai une louche.



BARBARESQUE


La voix du muezzin tonnait ses logorrhées
Comme un orage éclos pour apaiser nos fièvres.
Au soir qui s’annonçait, avec un bruit de lèvres
L’oasis étanchait ses palmes altérées.

Nos songes épousaient des sentes sinueuses,
Se moquant des tabous de sermons menaçants.
Sur le velours éteint d’un azur rougissant,
Nos amours s’écrivaient d’une encre paresseuse.

Hors l’enceinte du ksar, perché dans le lointain,
La nuit se piquetait de quelques lampes d’hommes
Perturbant nos leçons d’apprentis astronomes
Désireux d’influer sur un commun destin

Quand, la brise levée émouvant ton saroual,
Nous unissions nos mains et, nos doigts mélangés,
Par delà l’odorant horizon d’orangers
Nous épelions au ciel l’alphabet des étoiles.