Du haut de son rocher, il veille et il soupçonne,
Scrutant les flots lointains bien plus que l'océan ;
Comme si tout visage, à peine né céans,
Portait déjà le sceau d'une ombre qui façonne.
Pourtant, nul ne lui prend le fruit de ses saisons,
Ni ses mots, lentement mûris au fil des ans ;
Chacun vient avec ses blessures et ses chants
Porter un autre éclat au-delà des cloisons.
Mais lui guette toujours un ennemi qui tarde,
En serrant contre lui l'ultime sauvegarde,
Quand nul bras ne s'étend contre sa quiétude.
Le vent mêle pourtant nos voix sur le rivage ;
Que reste-t-il à vaincre, au bout de ce voyage,
Sinon l'écho ancien d'une sourde habitude ?
Ainsi, un tel talent, à force de veiller,
Confond parfois l’aurore avec quelque danger.