Jusque là, tout allait fort bien lorsque, soudain,
La carotte eût un brin de cervelle. Autour d'elle
Dans le plus grand fouillis, poussaient des asphodèles,
Des tas de végétaux méritant son dédain.
Ce qu'en pensait le diable, elle en avait que faire !
Tous ces poireaux, ces artichauts, tous ces légumes
Tous ces fruits suspendus aux arbres, ces agrumes,
Tout cela, bien que lui ressemblant, l'indiffère !
N'étant pas un navet, ou une autre racine,
Il était évident, dans un hautain jardin,
Qu'un dieu de la carotte y régnât, y culmine !
Sûre d'elle, elle mit, menaçant du gourdin,
Tous les prés, tous les champs, tous les bois, au carré,
Son jardin couvrait tout, de tout était le centre !
Enfin, selon son goût, le monde était paré !
L'immensité tenue en son tout petit ventre.
Blanche de Küttingen la trouvait ridicule.
A grandir, borne-toi, sur ton petit lopin !
En vain lui soufflait-elle en tous ses vésicules ;
Elle lâcha dans l'herbe un virulent lapin...
©JIM