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Faust par E. Rostand

Par : Jim

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Jim

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     Pour vous en donner peut-être l'envie, voici un extrait du Faust de Goethe, traduit et adapté par Edmond Rostand, que je découvre... c'est de haute volée !
     Je ne saurais saisir la totalité de cette œuvre avec mes petites menottes, aussi ferai-je de la pub pour les éditions THEATRALES qui l'éditent depuis 2007.

Acte i – scène 3

FAUST
                                                                          Comme
L'espoir ne peut quitter le cerveau d'un pauvre homme,
Celui-ci fouille après des trésors, et le sot
Se tient pour satisfait s'il trouve un vermisseau !
Cette fois, cependant, ô médiocre immense,
Merci : tu m'arrachas peut-être à la Démence...
J'allais désespérer... Que la Science est peu,
Par quoi je me flattais de ressembler à Dieu !
A l'insecte de la poussière je ressemble,
Qu'un même pas écrase et renfouit ensemble !
Fatras dont mon étroit espace est retréci !
Ce qui me manque, hélas, le trouverai-je ici ?
Irai-je compulser ces milliers de tomes
Pour lire que toujours les hommes, vains fantômes,
Passèrent, et jadis se torturaient déjà,
Foule dont quelquefois un heureux émergea ?

(prenant une tête de mort)

Tête de mort, vers moi qu'est-ce que tu ricanes ?
Tête vide !... dis-tu qu'à travers les arcanes
Le cerveau dont ton crâne autrefois était plein
Erra, comme le mien, aujourd'hui, qui se plaint ?
Et, chercheur douloureux autant que ridicule,
Chercha de la clarté parmi du crépuscule ?
Et vous, n'êtes-vous pas des moqueurs évidents,
Avec vos crics, vos tours, vos cylindres, vos dents,
Instruments que j'ai pris pour les clefs des serrures ?
Vous aviez l'air de clefs, c'est vrai, par vos ferrures,
Et vos hérissements que la rouille rend roux ;
Mais vous n'avez pas pu soulever les verrous.
Nature, que tu sais obstinément te taire !
Ce n'est pas toi qui parlerais, involontaire,
Et lorsqu'il te plaît bien de garder un secret,
Pas un Inquisiteur ne te l'arracherait,
Avec des vis qu'on tourne ou des leviers qu'on presse !...
Mais pourquoi donc mon regard fixe-t-il donc sans cesse
Ce point ? Dirait-on pas, pour les yeux, que vraiment
Ce petit flacon noir, là-bas, est un aimant...
Voyageur égaré parmi la forêt brune,
C'est pour moi, brusquement, comme un lever de lune !
Salut, fiole unique !... Ah ! mes maux sont moins grands
Quand je te vois, mon cœur plus sûr quand je te prends.
Sur des bords étrangers luit une aube étrangère.
Allons, tournons le dos au doux soleil de terre !
Ces portes, devant qui tous restent hésitants,
Enfonçons-les. Prouvons aux dieux, - il en est temps ! -
Que d'eux notre fierté n'est point intimidée !
Hors de ce noir cachot ! Echappons à l'Idée !
Tant pis, si, pénétrant dans l'inconnu béant,
Nous nous sentons soudain glisser dans le Néant !...

Coupe, je t'oubliais pendant bien des années.
Jadis, tu scintillais dans les fêtes données
Par nos Pères ; tu déridais le plus hautain.
Et que de fois chacun, son tour venu, te tint,
Forcé de faire, en vers, et sur toutes les choses
Que représentent tes dessins, de folles gloses,
Et puis de te vider d'un trait!- je m'y revois !...
Je ne tendrai pas au voisin, cette fois,
Et je ne ferai pas d'esprit sur tes gravures !
Tiens, ce vin là produit des ivresses obscures
Et divines : remplis-toi donc de ce vin brun ;
Moi-même je l'ai fait, l'ai choisi sur plus d'un,
Je le bois de tout cœur, et d'un geste de joie
L'offre en libations au matin qui rougeoie !

(...)

FAUST

Pourquoi donc venir, parmi la poussière,
Venir me chercher, ô doux chants, pourquoi ?
Résonnez pour ceux qui sont en prière...
J'entends le message, - et n'ai plus la Foi.

Je ne crois plus la Bonne Nouvelle.
Mais pourtant ce chant, qui m'est familier
Depuis mon enfance, et me la rappelle,
Vient au monde, un peu, de me relier.

Ô silencieux et graves dimanches,
Où tombaient sur moi des baisers du ciel,
Où j'étais rempli de visions blanches,
Quand les carillons tintaient leur appel !

Saisi d'une ardeur indicible et pure,
J'allais par les bois et les prés en fleurs,
Voulant embrasser toute la Nature ;
Et puis, tout d'un coup, je fondais en pleurs.

Cloche du clocher, tandis que tu vibres,
Que de rire clairs, encore, j'entends !
C'était ton signal qui nous faisais libres.
Ô jeux d'autrefois ! Gloires du printemps !

Vous m'enveloppez, souvenirs d'enfance,
Et vous éloignez les pensées de deuils !
Je sens contre vous mon cœur sans défense,
Et mon pied s'arrête au sinistre seuil.

Tu m'as rajeuni, doux vol qui m'effleures !
Oh ! Chantez tous, les éveilleurs d'esprits !
Sonnez carillons ! Chants divins ! Je pleure
Et pleure, et la vie encor, m'a repris !

Posté à 16h35 le 04 juin 26

Édité à 17h05 le 04 juin 26 par Jim

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