La poésie sur internet
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Par : Jim
Bierstube Magie allemande
Et douces comme un lait d'amandes
Mina Linda lèvres gourmandes
qui tant souhaitent d'être crues
A fredonner tout bas s'obstinent
L'air Ach du lieber Augustin
Qu'un passant siffle dans la rue
Sofienstrasse Ma mémoire
Retrouve la chambre et l'armoire
L'eau qui chante dans la bouilloire
Les phrases des coussins brodés
L'abat-jour de fausse opaline
Le Toteninsel de Boecklin
Et le peignoir de mousseline
qui s'ouvre en donnant des idées
Au plaisir prise et toujours prête
O Gaense-Liesel des défaites
Tout à coup tu tournais la tête
Et tu m'offrais comme cela
La tentation de ta nuque
Demoiselle de Sarrebrück
Qui descendais faire le truc
Pour un morceau de chocolat
Et moi pour la juger que suis-je
Pauvres bonheurs pauvres vertiges
Il s'est tant perdu de prodiges
Que je ne m'y reconnais plus
Rencontres Partances hâtives
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus
Tout est affaire de décors
Changer de lit changer de corps
A quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays
Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
je m'endormais comme le bruit
C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenait mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien
Dans le quartier Hohenzollern
Entre la Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola
Elle était brune et pourtant blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Et travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu
Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t'en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke
Le roman inachevé – La guerre et ce qui s'ensuivit (1914 / 1918)
Posté à 14h12 le 23 mars 26
Voilà, ça, c'est un chef d'œuvre.
Posté à 17h13 le 29 mars 26
Je préfère la version amputée et chantée par Léo Ferré avec ce refrain :
Posté à 17h53 le 29 mars 26
Édité à 17h56 le 29 mars 26 par Pierrelamy
En écho:
Posté à 18h24 le 29 mars 26
Manset
Une voix !
Merci du partage .
Posté à 21h39 le 29 mars 26
Oui, c'est ainsi qu'ils vivent, les vainqueurs en pays occupé !
Qu'ils soient français en Sarre, ou, vers la même époque, allemands en Alsace-Lorraine, mais là, aucun poème de cette trempe magistrale pour en témoigner.
Quelques précisions quant aux clichés qui illustrent immanquablement les chroniques soldatesques :
O du lieber Augustin est une chanson populaire autrichienne. Auteur inconnu – souvent jouée dans les rues de Vienne pendant l'épidémie de peste de 1679-80 pour implorer protection.
Boecklin, un peintre suisse aux visions souvent morbides,
Lola, diminutif de Carolina, nom donné aux filles de joie (ex. L'ange Bleu avec Marlene Dietrich) depuis que la relation du vieux roi Louis 1er de Bavière avec la pétulante Lola Montez, danseuse espagnole, fit scandale dans les années 1850.
Rainer Maria Rilke était un Autrichien qui maîtrisait le français à la perfection
Seule, Gänseliesel (Babette la gardeuse d'oies) est une vraie ressortissante, populaire à travers toute l'Allemagne.
Sa statue orne la place centrale de Göttingen, cité universitaire de Basse-Saxe, chantée par Barbara. La coutume veut que les étudiants de tous pays qui ont réussi leurs examens escaladent sa stèle pour l'embrasser et lui offrir des fleurs.
Autres temps, autres moeurs !
Posté à 18h03 le 30 mars 26
Édité à 18h08 le 30 mars 26 par Oxalys
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