L'essentiel
Vulve bivalve, ivre, en ta lèvre émue
Jaillira ce jour clair et cette nuit,
Diptyque opaque où rien n'est ni ne nuit !
Par l'éclatante ou ténébreuse nue,
Tout nous advient d'un Grand Ordre inconstruit
Dont le vivant semble être un fruit fortuit,
Poussé, naissant, d'une île : confrérie,
Fleur d’existence éclose au creux béant,
Absence impavide, au vide aberrant,
Et partout, la fragrance et la féerie !
Jusqu'au cœur violé de l'âpre néant,
Ce mouvement de la matière, errant...
Folle faim du cosmos, immense ventre,
Vaste alchimie impensable d'Eros,
Ubiquité des fils de Thanatos,
Du Sablier coulant moins vite au centre,
Multiplicité de l'âme et de l'Os,
O toi ! Serpent qu'on dit Ouroboros,
"Qui te remords l’étincelante queue"*
Pulsion, tension, principe universel,
O vie issue, avec l'eau, de ce ciel
Dont l'horizon, tissé par une Parque,
Tourne et revient, se précipite en sel,
Dont l'horizon dessine l'essentiel !
* Valéry