La gageure du langage
J'ai le dégoût du trait, de la phrase et des mots
Agencés joliment pour sonner à l'oreille
Avec chaque envolée aux chants d'oiseaux pareille
Quand même ils nous peindraient les démons et les maux.
Je ne sais si l'on meurt, aussi, d'une "oversdose" ;
Mnémée est une garce et l'égérie un plomb ;
Découvreurs des envers, pour égaler Colomb,
Je m'étais dit : - Transgresse ! et défriche, innove, ose !
Repousse un peu l'azur vers des inexplorés
Où la lyre d'Orphée ajoutera des notes,
Comme les pommes d'or, jadis, des Argonautes,
Ont enrichi le conte et nous les ont laurés.
Avec dès lors l'élan pour unique boussole,
De Pégase sans mors me retenant aux crins
J'ai donc écrit des flots de vers qui, je le crains,
N'ont pas tous la souplesse élégante du saule.
Et si, pour quelques fois, la Muse m'a souri
En inondant de frais rayons ma simple plume,
Je voudrais pour toujours que son fanal s'allume
Pour suivre éperdument, de l’ardent feu nourri,
Les nymphes se riant des ægipans agiles,
Les chimères, les sphinx, l'hermaphrodite ému,
Tout un enchantement vif, par le songe mu,
Où dorment l'Atlantide, Avalon, Mû, tant d'îles,
Les atolls inconnus d'Océans nés, rêvés
Par l'alchimie, art pur, magie imaginaire,
Quintessence du sens, Grand-Œuvre littéraire
Qui, de l’Hyperborée, invente les névés,
Fait surgir du néant les striges et les anges,
Affole d'une image un usage obligé,
Pousse le sage au bord d'un vertige figé
Et transmute la mort en des amours étranges,
En un espoir sauvage où luirait le présent,
En une conscience, au plus vrai de la vie !
Immense cathédrale au fur des temps bâtie,
Temple d'ordre multiple où le grec se pressent,
Cristal né des accents de nacre délicate,
Précipité brillant des strates du logos,
Dont l'âge des joyaux prime l'antique Argos,
Pour, de lumière, atteindre à quelque lemniscate...