Ouh là, bel effort ! (que j’ai lu avec attention, ou du moins essayé de lire). Mes remarques :
A / Générales
- C’est peut-être juste, mais trop abstrait, moi je cherchais surtout des informations concrètes. Par exemple, Meschonnic a, je crois, mis au point un système graphique destiné à représenter le texte du point de vue du rythme. Fort bien, voilà qui est intéressant. Les questions qui me viennent immédiatement à l’esprit :
- recensement simple et exhaustif des notions que Meschonnic cherche à représenter (je les ai cherchées dans son bouquin, mais pas trouvées ; à mon avis, on devrait tomber dessus immédiatement (sans devoir fouiller dans les 700 pages), et cela devrait être clairement précisé, par un schéma si nécessaire sur, disons une page ou deux.
- moyens utilisés par Meschonnic pour représenter ces notions (c’est lui qui choisit, d’accord, nous on voudrait juste comprendre, d’une façon très pratique et sans nous embringuer dans des théories fumeuses).
- Quant on utilise des termes peu connus ou à interprétation variable, le mieux est de commencer par définir clairement ce que l’auteur entend ici par lesdits termes. Par exemple, il parle de contre-accent, j’ai vainement cherché à comprendre ce qu’il entendait par là, même si j’ai péniblement essayé de l’extrapoler à partir de son texte.
- Par ailleurs, comme tout linguiste qui se respecte, Meschonnic nous fait comprendre que tous ceux, quelles que soient leurs connaissances, qui se sont intéressés au sujet avant lui, étaient des ânes, alors que lui seul illumine le paysage de son aura transcendantale. Je ne crois pas, non.
B/ Détail. (je reprends la numérotation proposée)
1. Il y a confusion générale entre le rythme et la métrique, bon, ça, j’avais fini par le comprendre, il le répète suffisamment. La métrique, d’accord, je vois à peu près ce que c’est. Mais le « rythme », justement, c’est quoi ? Eh bien lisez les 700 pages et vous en aurez peut-être une idée. À mon avis, ce que Meschonnic entend par là doit pouvoir tenir (en résumé) en 1 page maxi. Où se trouve ce résumé dans le bouquin ?
2. L’oralité : l’importance de ce point m’avait échappé, même si je me souviens avoir noté ici ou là des références au « souffle », à l’« intensité » ou à l’« énergie ». Il me semble s’agir de termes vagues et imprécis toutefois, moi je cherche du concret.
Par ailleurs, la différence entre « langue » et « discours », que je crois avoir comprise (même si un petit rappel liminaire en une phrase de l’auteur n’aurait pas été du luxe), ne me semble pas avoir de rapport direct avec l’« oralité » : elle existe tout autant dans l’écrit.
Quant à « l’organisation », je tombe encore une fois sur des généralités abstraites qui m’avancent peu.
« Le rythme est ce qui fait qu’un texte ne peut pas être dit autrement sans perdre sa force. » ; il me semble qu’il dit le contraire quelque part, un même texte peut être dit de façons différentes par différentes personnes (il dit d’ailleurs que tout texte, du simple fait de son existence – un bulletin météo comme un article du Monde – comporte un rythme).
3. Ah ben oui, c’est même rappelé directement ici. Bon, en, gros, le rythme est variable selon le sujet, eh bien nous voilà bien avancés.
4. La ponctuation : OK. Pour le reste, oui, sans doute, mais on reste dans la généralité.
5. Il y aurait donc une « théorie » du rythme et des « outils » ? Ça tombe bien, c’est exactement ce que je cherche. Et quels sont-ils, concrètement ? L’écoute, ben oui, c’est pareil avec un poème métrifié ; le corps, hum, un exemple peut-être ? La subjectivation, j’ai du mal avec ces grands mots, il veut peut-être dire le style, ou l’interprétation ? En tout cas, tout ça ne me paraît pas très nouveau, sans exemples concrets du moins.
6.
- Le rythme n’est pas « un nombre ou une alternance », mais « un mouvement du sens ». Moui, pourquoi pas. Sauf que je ne crois guère au « sens » en poésie, ou tout au moins ce n’est pour moi qu’une notion périphérique. Ne confond-il pas poésie et éloquence du discours, destiné à convaincre l’auditoire ?
- Ne pas confondre langue et discours, sur le fond je suis bien d’accord, ce n’est pas nouveau non plus (et je me souviens notamment avoir bien rigolé aux élucubrations d’un dénommé Kevin, je crois, qui cherchait à compter les syllabes d’un mot par lui-même, sans tenir aucun compte de son emploi dans le vers). Toutefois, une petite redéfinition initiale ne serait pas du luxe, ne serait-ce que pour vérifier qu’on parle bien de la même chose – les linguistes notamment, pour ne pas parler des philosophes, ayant une nette tendance à s’approprier les mots selon leur compréhension propre, mais sans jamais expliciter clairement ce qu’il signifient pour eux – de sorte que chacun comprend à sa façon, d’où discussions sans fin.
- La poésie serait une activité du sujet, euh oui, possible, sans définition et exemples clairs cela reste pour moi de la verbigération.
- Idem pour « la présence du corps dans le langage ». Que veut-il dire par là ? No sé, señor.
Bon, « en résumé », le rythme serait « la manière dont un sujet organise le sens ». Si je comprends bien, comme chacun peut l’organiser à sa manière (à supposer d’ailleurs qu’il s’intéresse au sens dans la poésie), on n’a pas avancé d’un centimètre. C’est bien décevant.
Mais je suis sûr que dans cette « jungle » que représente pour moi la « Critique du rythme », il y a quelques idées intéressantes, malheureusement elles sont totalement noyées dans le reste. Meschonnic a peut-être des idées, il n’a pas de méthode, et aucune idée de la pédagogie bien entendu. C’est cela que je lui reproche, même s’il est loin d’être le seul dans son cas.