La poésie sur internet
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Par : Vuthy
Posté à 03h23 le 12 janv. 26
J'aime bien les textes de Léo Ferré, par contre chantés par lui-même ils m'inspirent peu, je trouve que c'est toujours un peu pareil, ça manque de mélodie et c'est plutôt geignard. Comme quoi, même un humain ne fera pas forcément de la bonne chanson. Brassens par exemple, qui certes fait dans un autre genre, me semble beaucoup plus intéressant à ce niveau.
Posté à 08h20 le 12 janv. 26
Cela dépend des chansons. Certaines, à mon avis ne peuvent être chantées que par Léo . Comme "la solitude" par exemple.
J'écoute Leo très très régulièremnt.
Merci Vuthy.
Posté à 11h01 le 12 janv. 26
Si on n'aime pas la version de Ferré, on peut toujours écouter celle de Mama Béa (chanteuse engagée qui l'adorait)
Les poètes
et en profiter pour découvrir son révolutionnaire "Les pissenlits"
Les pissenlits
et là, ça ira.
Posté à 07h24 le 13 janv. 26
Édité à 00h16 le 14 janv. 26 par Vuthy
A noter que Ferré a repris un poème de Rimbaud : "Les poètes de sept ans" :
Les poètes de sept ans
Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S'en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences
L'âme de son enfant livrée aux répugnances.
Tout le jour, il suait d'obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits,
Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies.
Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant, il tirait la langue, les deux poings
À l'aine, et, dans ses yeux fermés, voyait des points.
Une porte s'ouvrait sur le soir : à la lampe,
On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
Sous un golfe de jour pendant du toit. L'été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
À se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
Derrière la maison, en hiver, s'illunait,
Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son oeil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers. |
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots ! |
Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mère s'effrayait ; les tendresses, profondes,
De l'enfant se jetaient sur cet étonnement.
C'était bon. Elle avait le bleu regard, - qui ment !
À sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
Forêts, soleils, rives, savanes ! - Il s'aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l'oeil brun, folle, en robes d'indiennes,
À Huit ans, - la fille des ouvriers d'à côté,
La petite brutale, et qu'elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,
Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons ;
- Et, par elle meurtri des poings et des talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.
Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d'acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
Des rêves l'oppressaient chaque nuit dans l'alcôve
Il n'aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu'au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
- Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !
Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, âcrement prise d'humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, seul, et couché sur des pièces de toile
Écrue, et pressentant violemment la voile !
L'invention "illunait" est unique dans les annales !
Posté à 08h02 le 13 janv. 26
Édité à 00h16 le 14 janv. 26 par Vuthy
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