Traversée

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Tontonjacques

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Une expérience… J’avais écrit le premier poème depuis un certain temps quand je me suis dit : et si on essayait de le raccourcir, de le densifier ? Du décasyllabe (4+6), je suis donc passé à l’octosyllabe (4+4), mais à part les premiers mots, le sens a changé lui aussi, de sorte que j’ai obtenu deux poèmes différents. Le but n’est pas d’essayer de le réécrire encore plus « court » (en hexasyllabes par exemple), juste pour démontrer sa virtuosité ; il était de produire à nouveau quelque chose de poétique (ce n’est pas un jeu de société). Enfin, c’est mon avis, je ne sais pas ce que vous en pensez.


Traversée I

Appareillage ― océan noir et gros
Houle qui cogne, orgues qui vocifèrent
Rires de chiens, éclair brisé des crocs
Sang, coups de poings, épouvante... Lumière !

Trois heures dix... La nuit reprend son trot
Forêt de tours, aux frondaisons de pierre
Oiseaux frôlant en foule les vitraux
D’une rosace ironique et sévère

Mais ce regard ― cette douceur blessante
Lèvres de femme avouant leur émoi…
Qui êtes-vous ? Restez !... Lointaine ― absente…

Allons ― les doigts crispés sur la rambarde
Nous débarquons dans la brume blafarde
― Frère Valium, mère Vodka et moi.


Traversée II

Appareillage ― océan noir…
Sous le ciel sourd, la mer est grosse ;
Les goélands, que l’aube drosse,
Clament au vent leur désespoir.

Le matin pleure, il va pleuvoir ;
Loin, par-delà les flots véloces,
Le phare nu, pâle colosse,
Cligne et concède le départ.

Dans les décombres de la nuit
Et du caprice qui s’enfuit,
La foudre luit comme une dague.

Niant mes rêves rétrécis,
Je veux me perdre dans les vagues,
Je ne veux plus rester ici.

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Pierre Lamy

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Je n'en pense que du bien.
En partant du même incipit
Appareillage ― océan noir, tu aboutis à deux poèmes très différents.
Dans le déca, "et gros" affaiblit carrément le vers 1
Mais le vers 2 y est meilleur que dans l'octo.
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Tontonjacques

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Remarque intéressante. « La mer est grosse » est je crois une expression courante, mais effectivement l’adjectif (« gros ») n’est pas forcément indispensable ici ; il faut croire que j’y tenais malgré tout puisque je l’ai repris dans la 2ème version, ce qui m’a d’ailleurs orienté vers des rimes assez différentes.

Pour moi, la première version recelait un sens assez évident, la 2ème beaucoup moins – et j’aime bien les tercets, peut-être pour leur mystère justement. Dans la 1ère, j’ai essayé d’insuffler un rythme, brisé, chahuté, haletant, (inquiétant) ; ce n’est pas le cas dans la 2ème.

J’ai été surpris qu’un lecteur me dise en gros : « berk, ce mot d’appareillage, c’est pas du tout poétique ». Pourtant selon le CNRTL, « appareillage » a au moins 2 sens : « Ensemble d'appareils servant à divers usages »  ou « Action d'appareiller, de quitter le port ou la rade. » Pour moi, c’était évidemment le second ici ?

Si c'était à refaire, j’éviterais peut-être quand même les 2 rimes féminines – ou masculines – différentes à la suite (dans les 2 cas), mais c’est comme le ciment, une fois que ça a pris, pour corriger, wallou !