Une expérience… J’avais écrit le premier poème depuis un certain temps quand je me suis dit : et si on essayait de le raccourcir, de le
densifier ? Du décasyllabe (4+6), je suis donc passé à l’octosyllabe (4+4), mais à part les premiers mots, le sens a changé lui aussi, de sorte que j’ai obtenu deux poèmes différents. Le but n’est pas d’essayer de le réécrire encore plus « court » (en hexasyllabes par exemple), juste pour démontrer sa virtuosité ; il était de produire à nouveau quelque chose de
poétique (ce n’est pas un jeu de société). Enfin, c’est mon avis, je ne sais pas ce que vous en pensez.
Traversée I
Appareillage ― océan noir et gros
Houle qui cogne, orgues qui vocifèrent
Rires de chiens, éclair brisé des crocs
Sang, coups de poings, épouvante... Lumière !
Trois heures dix... La nuit reprend son trot
Forêt de tours, aux frondaisons de pierre
Oiseaux frôlant en foule les vitraux
D’une rosace ironique et sévère
Mais ce regard ― cette douceur blessante
Lèvres de femme avouant leur émoi…
Qui êtes-vous ? Restez !... Lointaine ― absente…
Allons ― les doigts crispés sur la rambarde
Nous débarquons dans la brume blafarde
― Frère Valium, mère Vodka et moi.
Traversée II
Appareillage ― océan noir…
Sous le ciel sourd, la mer est grosse ;
Les goélands, que l’aube drosse,
Clament au vent leur désespoir.
Le matin pleure, il va pleuvoir ;
Loin, par-delà les flots véloces,
Le phare nu, pâle colosse,
Cligne et concède le départ.
Dans les décombres de la nuit
Et du caprice qui s’enfuit,
La foudre luit comme une dague.
Niant mes rêves rétrécis,
Je veux me perdre dans les vagues,
Je ne veux plus rester ici.