Coup de tabac au cap Béar
(Mieux que ma sœur : à Carmen, bien sûr !)
Le vent qu'affole Eole souffle !
La voile faseye et je lofe ;
Le stick m'échappe ! Ouf ! Carmen s'offre,
Prend la barre qui se rebiffe
- Et la Méditerranée enfle -
En un clin d’œil que tant d'eau lave
Brutalement la mer se lève ;
A contre j'enlève la voile ;
Sous foc seul, le navire est ivre !
Nous arrivons à peine à suivre...
Or dans la nuit scintille un havre,
Dangereux, mais le vent nous l'offre
Car le "Pflum" refuse, féroce,
D'autre cap que d'aller en face !
Et sur les vagues où l'on vogue
Le safran s'affole et divague
Pendant qu'entre deux creux l'on vole !
Là, sur le flot noir qui dévale
Nous naviguons vaille que vaille,
Doublant sans voir le feu qui veille
A l'entrée au port de la ville
Dont le môle à contresens brille !
Demi-tour ! Le bateau bataille
Mais courageusement se fraye
Un chemin dans le flux, puis piaffe
Entre une déjauge qui frôle
Les hauts-fonds, et tout ce qui flotte,
Jusqu'à la jetée où la gifle
Qu' assène en rugissant le golfe
Sans cesse autour du petit phare
S'atténue, avec notre fièvre,
Dès que le quai frotte à l'étrave.
...Plus tard, nous irons sur la grève
Et l’œil rieur mais la voix grave
Nous évoquerons cette brève
Aventure qui va nous suivre
Tout le temps qu'il nous reste à vivre.