Régulier ou irrégulier ?

Par : Pierre Lamy
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Pierre Lamy

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Dans un sonnet régulier, les quatrains ont les mêmes rimes, dans un sonnet irrégulier elles sont différentes.
Classique de chez classique, le sonnet régulier est censé être plus classieux. Mais il impose un choix judicieux des rimes sous peine de sombrer dans le burlesque involontaire.
Les rimes différentes évacuent ce problème et permettent se se consacrer à l'essentiel : le fond du poème.

Qu'en pensez-vous ?
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Arielle

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Privilégier toujours le fond à la forme, c'est une de mes (mauvaises ?) habitudes. La rime n'est, pour moi, qu'une aide à la musicalité d'un poème. Un peu de liberté ne trouble que les puristes dont je ne suis pas.
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Pierre Lamy

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C'est évident, la forme n'est là que pour servir le fond.
Mais si l'on choisit le sonnet il faut faire gaffe à ne pas le desservir.
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RommelPh

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Je trouve que les rimes aident à structurer le discours.
Une première idée : "Heureux qui, comme Ulysse..."
Une deuxième idée, liée à la première, sur les mêmes rimes, donc : "Quand reverrai-je hélas..."
Une troisième idée dans un tercet :
"Plus me plait le séjour..."
Troisième idée répétée plus précisément, sur les mêmes rimes:
"Plus mon Loire gaulois..."


Évidemment, on peut préférer l'irrégularité:
"Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées"
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Pierre Lamy

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Quand il est sans défaut, un sonnet régulier c'est bien sûr le top. Mais quand au second quatrain on a recours à des mots-rimes ayant le même radical, c'est plutôt relou.

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Salus

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Dans la mesure où elle pousse à l'excellence,
le sonnet est une forme magique, et qui le reste même quand sa structure "régulière" n'est pas respectée ; irrégulier n'est en rien synonyme d'une moindre qualité :

Le dormeur du val


C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


Arthur Rimbaud

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RommelPh

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Pour compléter, on distinguait 2 espèces de sonnets réguliers, selon la disposition des rimes des tercets :

Les quatre dernières embrassées:
Je serai sous la terre et fantôme sans os :
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.


Ou les quatre dernières croisées :


Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche










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Salus

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Le sonnet élisabéthain (anglais), fait partie, je crois, des formes fixes reconnues :
- 3 quartes, 1 distique.
Il connait deux formes :
ABAB/CDCD/EFEF/GG
ABAB/ABAB/CDCD/EE
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Kerdrel

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Le sonnet élisabéthain, anglais, son nom l'indique
est composé de trois Fourchettes et d'une twochette.

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Jim

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Profitons de ce poème de Mallarmé qui traine sur le site... « La chevelure vol d'une flamme à l'extrême » que l'on trouvera là :
https://www.lespoetes.net/poeme.php?id=3628&cat=ph

Il est une bel exemple de sonnet irrégulier chez un maître du genre ! En effet, si être régulier signifie pour un sonnet se conformer au modèle de Marot ou Pelletier, on voit que notre bijou s'écarte tant de l'un que de l'autre.
En effet, il est écrit en alexandrins et non décasyllabes, tel que le permit Ronsard, qui dès lors lui-même était irrégulier en la manière.
De plus les schémas de rimes des deux premiers quatrains ne sont pas identiques, bâtis sur 4 rimes et non 2, alternés et non pas embrassés.
Le sizain, étant construit sur un quatrain suivi d'un distique, est de type anglais (*), non pas français, lequel exige le distique en tête de ce quatrain. Enfin, son quatrain est alterné, tout comme les deux premiers, ce qui donnerait un schéma marotique s'ils étaient embrassés...

(*) on sait que Stéphanou, prof d'Anglais, aimait cette langue, au point qu'il en traduisit les poèmes de Poe. On comprend qu'il y eut une influence sur la vertu de la régularité.

A part ça, tout va très bien, madame la quiquize !
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RommelPh

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Ce sonnet pourrait être considéré comme de type élisabéthain, donc régulier. Mais cela serait une vaine querelle de mots.

A propos des décasyllabes et des alexandrins, et des rimes, j'aime beaucoup celui-ci, de Maynard :

Mon âme, il faut partir. Ma vigueur est passée,
Mon dernier jour est dessus l'horizon.
Tu crains ta liberté. Quoi ! n'es-tu pas lassée
D'avoir souffert soixante ans de prison ?

Tes désordres sont grands ; tes vertus sont petites ;
Parmi tes maux on trouve peu de bien ;
Mais si le bon Jésus te donne ses mérites,
Espère tout et n'appréhende rien.

Mon âme, repens-toi d'avoir aimé le monde,
Et de mes yeux fais la source d'une onde
Qui touche de pitié le monarque des rois.

Que tu serais courageuse et ravie
Si j'avais soupiré, durant toute ma vie,
Dans le désert, sous l'ombre de la Croix!