VAGUE EST LE PONT
Vague est le pont qui passe à demain de naguère
Et du milieu de l'âge on est des deux côtés
Le mur ne fait pas l'ombre et n'est pas la lumière
Qu'on appelait l'hiver qu'on nommera l'été
Il n'est pierre de moi qui dorme quand tu danses
Chacune est une oreille et chacune te voit
Ton immobilité me tient lieu de silence
Et chacun de tes mots tombe à l'envers de moi
Je dis à mots petits de grands espaces d'âge
Qui font en leur milieu croire qu'il est midi
J'ai peur d'être le pont qui prend pour son voyage
Le voyage de l'eau entre ses bras surpris
Il va neiger tantôt d'une neige si calme
Sur des rives de moi où j'hésite à courir
Que je m'attache à tout ce qui me semble halte
Sur la courbe attelée aux chevaux de mourir
MARINE
J'ai trouvé trois coquillages
Qui ne m'ont pas dit leur nom
Qui ne m'ont rien dit sinon
Que la mer savait leur âge
Ils m'ont conté les sillages
Le bruit que les bateaux font
Dans les oreilles du fond
Lorsque finis leurs voyages
Ils m'ont laissé des mystères
Que je dois garder et taire
Jusqu'à ce qu'un de mes fils
Apprenne dans la voilure
Le goût du sel et l'allure
Que mon père avait jadis.
De lacs en îles - Les semelles de la nuit
LE COUREUR
Parti depuis des millénaires
Qui sont devenus ses chemins
Voyez passer un mercenaire
A la pour suite de l'humain
Encore emporté par son erre
Il traverse nos lendemains
Son rival est son partenaire
Et c'est tout écrit dans ses mains
Or, jamais la bête de somme
Ne s'arrête pour dire à l'Homme :
« Halte ! » ou : « Je m'ennuie. » ou : "J'ai faim."
Ainsi le cœur bête de l'âme
Court, vole, rampe, nage et rame
Vers son pareil qui fuit sans fin.
De lacs en îles - Bouées et hauts fonds
Gilles Vigneault – Ed. : Christian Pirot – 1993
Ce message a été édité - le 21-06-2025 à 18:44 par Jim