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Au fond d’une grotte
je me suis terré
pour cacher ma honte.
Dire les choses sans les dire
mais en les disant quand-même,
pensais-je.
Je t’ai blessé sans le vouloir
mais en le voulant quand-même.
Je m’étais fait mon petit cinéma.
C’est une explication amicale,
on sera encore plus copains après.
D’où, de quel tréfonds
a surgi cette colère ?
Je voulais, j’exigeais des explications.
Exiger des explications.
De quel droit ?
Comme si j’avais des droits.
Comme si quelqu’un pouvait
avoir des droits sur quelqu’un.
La colère est aveugle.
Aveuglément elle a frappé.
Tu as été blessée au hasard.
J’ai bredouillé des excuses.
Des excuses!
Comme si des excuses pouvaient réparer les outrages.
Les plaies mortelles, c’est à vie
et tu le savais, pauvre idiot,
toi qui exhibes tes cicatrices comme des décorations.
J’ai perdu une amie
et je me suis perdu aussi.
Au fond de la grotte je me suis enfoui pleurer mon chagrin.
Ailleurs,
se déversent dans les océans
des torrents d’eaux radioactives tueuses de poissons et de sirènes*.
Et,
tandis que des hommes de pouvoir sans cœur jouent au poker menteur,
on bombarde, on affame, on massacre
des innocents, des enfants.
Impuissant,
au ciel j’ai lancé
un cri de désespoir
elielilamasabachthani
Comme d’hab’,
le ciel n’a pas répondu.
Dans la grotte je me suis réfugié, hurler ma douleur.
Cette rage de détruire, vieille comme le monde,
vieille comme nous les hommes,
qui hissons notre sexe comme un étendard, comme une arme,
d’où vient-elle donc ?
Et ma colère ?
Ma colère, je la sens en moi,
prête à jaillir,
morsure d’un serpent.
Et là,
tapie au fond de mes entrailles,
sa sœur, sa fille, sa compagne,
la folie meurtrière qui n’attend qu’une occasion pour exploser.
N’allez donc pas demander qui sont les assassins de ces enfants.
L’assassin, c’est moi.
13/9/13, Licorne. Ailleurs.
17/6/25 version originale légèrement revue,
vittorio, alias Ggabrielle, anciennement Licorne
*Fukushima
Elielilamasabachthani
Dernier cri de Jésus sur la croix en araméen, la langue qu'il parlait.
« Seigneur, Seigneur, pourquoi as-tu permis (tout) cela? »
L’ araméen de l’ouest, langue parlée dans tout le Moyen Orient,
à cette époque.
(Pas de majuscules ni de ponctuation).
La version doctrinale :
« Dieu, Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »,
ou « Mon Père, Mon Père,
pourquoi m’as-tu abandonné ? »,
me semble moins vraisemblable, s’il était Dieu, Fils de Dieu lui-même.
Ce message a été édité - le 17-06-2025 à 11:33 par Ggabrielle