Procès
L’amour, la beauté, la jeunesse ?
Acquitté !
Et des crimes absous ;
la lumière, un sanglot d’or entre les ombres ;
de l’amitié jamais absente à la solitude maudite,
d’anciens rires en instance : les pardons furieux de la trahison !
Aux mémoires immolées, pêle-mêle, des lectures et des moires
lamellées, et la soierie des vers dorés, montagnes bleues,
gouffres clairs,
horizons hauturiers, pélagiques, dégagés…
Un chemin - nulle part -
Puis ce sont des rochers, de gros blocs gris,
des dos de pachydermes verts de mousses et bruns d’humus
parmi les eaux éclaboussantes de sinuosités rapides et d’ardentes
cascades menues qui courent leur fraîcheur…
Un entrelacs de lianes, là, trempe de longues tiges à l’onde
où varie l’argent fluide ;
il tourne et passe aussi des poissons, paissant le fond fangeux.
Tout autour de la gorge, effrénée, la forêt semble une barbe
Infinie.
Dans l’air tremble la chaleur impavide du ciel .
L’amnistie va plus loin : blanchi aux tempes comme au ventre
de tous les péchés et méfaits de jeunesse, c’est un prévenu vierge
qui marche de nouveau, l’âme au bord des abysses, dardant un œil
scrutateur aux vertiges figés de chemins interdits.
Des anges païens lui sourient avec perversité.
La certitude est absolue - tant il n’est rien que ne doive effacer
le passage du temps. La vérité stridule sans cesse en une note aiguë,
un son rond et coupant qui chante un ravage définitif, mais c’est du vide
aléatoire et de cette goutte de vie et de feu qu’il nous revient obstinément
ce plaisir du présent et l’espoir insensé d’une seconde intemporelle…
Telle une danse de phalène,
en un seul vol dans un rayon de lune,
l’on s’accoutume,
et dans les sous-bois caressés par le vent
s’attarde une promesse
fausse
d’éternité.