Forces

Par : Lau
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Lau

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C’est le printemps ! Revoilà le thyrse
Du lilas blanc qui pousse au soleil ;
Son gras feuillage ombre le sommeil
De la merlette, innocente actrice

D’un épisode où le chat, cruel,
S’avance en douce et son poil se dresse,
Bientôt sa griffe, implacable herse,
Tuera l’oiseau : naturel duel.

C’est sans compter l’inédite averse
Qui s’abat là, -le chat n’aime l’eau,
Qu’elle soit chaude ou bien même fraîche-.

Là, l’entends-tu, le son du fléau
Qui bat l’endosse, en ta pleine ivresse
D’occire, chat ? Ce printemps t’inverse.
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Salus

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Personne ne lit ce truc magnifique,
Câlin, fort, félin, au rimoir subtil ?
La perle aux pourceaux, aux cochons la figue !
(C'est amer mais bon comme du bétel !)
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Lau

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Tu le décris comme un trésor de Vix,
J’en suis tout confus ; ce com est dentelle.
La fréquentation dépend du trafic ;
Merci, ta lecture est du plus beau tulle.
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Salus

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C'est que je m'ennuie, à lire du vrac !
Et tous ces vers de mirliton (dit-il)
M'épuisent l'esprit ; je me dis : "Dételle"
Et puis, te lisant, je vois un navarque !
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Lau

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Fait de la soie au plus chaud de la vargue,
Du fil si doux du cocon d’un myrtil,
Ce grade grec m’inspire la mantelle
A qui je pique et le vol et le frac.
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Salus

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Te voilà bien rhabillé, refroqué,
L'hiver, pour toi, sera douce broutille !
Pour autant, ne crois pas que je mens, tel
Un hypocrite (aurais-tu rétorqué)


...On peut plus appeler ça du pingpong ! - C'est une conversation, sous-tendue par la proximité, éventuellement inverse, de ce qu'on osera plus non plus nommer "rime" ; à noter que seule la connivence littéraire officie dans ces jeux qui ne sont pas établis et qui se codifient d'eux-mêmes.





Ce message a été édité - le 24-03-2025 à 14:09 par Salus
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Lau

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Bien sûr que non ; mais volontiers, j’embarque
Vers « Au lecteur » au parfum volatil
D’ennui troublant le fond d’une bouteille,
L’ennui qui mord notre esprit qui se braque.

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Salus

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Mille lectures n'en émoussent pas le plaisir, on finit avec ça :


Au lecteur


La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C'est l'Ennui ! - l'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !


Charles Baudelaire